La peur diminue, l’espoir augmente modérément mais la colère ne faiblit pas. Voici les résultats d’une étude pour la Fondation de l’innovation politique, qui cartographie les émotions des Français selon les Régions, en réaction au coronavirus. Madeleine Hamel, chargée de mission et auteure de cette cartographie des émotions, commente les résultats sur Europe 1.

INTERVIEW

Peur, colère, et espoir. Les émotions des Français ont été analysées pendant le confinement dans le cadre d’une étude, pour dresser une cartographie des réactions face à l’épidémie de nouveau coronavirus. Madeleine Hamel, chargée de mission et auteure de l’étude de la fondation pour l’innovation politique « Covid-19 cartographie des émotions en France » en analyse les résultats, dimanche sur Europe 1. « Sur la période du confinement qui a été mesurée du 24-25 mars au 8-10 mai, on a des niveaux de colère qui sont très élevés, plus élevés que les niveaux de peur ou d’espoir », indique-t-elle.

L’espoir stagne, la peur diminue, la colère reste

« Si on regarde en termes de tendance et d’évolution, la peur commence à des niveaux assez élevés et diminue tout au long de la période, on a un espoir qui baisse subrepticement mi-avril pour ensuite remonter mais qui reste plus ou moins à des niveaux stagnants, et on a cette colère qui reste à des niveaux plutôt élevés », poursuit-elle. « On est autour de 46,6% en moyenne au 8-10 mai. Et elle ne faiblit pas. »

L’appréhension des réactions des Français par région donne des résultats très différents, et parfois surprenants. « On a mis en parallèle les régions, ainsi que le nombre d’hospitalisations dans celles-ci. Et ce qu’on observe c’est que des régions comme l’Île-de-France ou le Grand Est, qui sont les plus touchées, ne sont pas celles dans lesquelles on observe le plus haut niveau de peur ou de colère. On a des régions qui font parties des régions peu touchées, comme l’Occitanie ou encore le Pays de la Loire, qui témoignent de niveaux d’angoisse et de colère très élevés », explique Madeleine Hamel.

Une appréhension des conséquences de l’épidémie ?

L’étude pointe un aussi optimisme prudent chez les Français. D’abord en baisse continue du 24-25 mars au 30 avril – de 36,7% à 29,9% – la proportion des optimistes a remonté à la veille du déconfinement, pour retrouver un niveau similaire à celui au début de la période. La Bretagne fait, à ce titre, figure d’exception. C’est la seule région où, au début de la crise du Covid-19, la proportion de répondants ressentant de l’espoir quand ils pensent à l’évolution de la crise du coronavirus est plus élevée (43,6 %) que celle ressentant de la peur (43 %) ou de la colère (37 %).

La région de distingue également par la faible proportion d’habitants disant ressentir un sentiment de colère : 39,2% contre 46,6% sur l’ensemble des Régions étudiées. Si ces chiffres peuvent s’expliquer par le faible taux d’hospitalisation en Bretagne, c’est également le cas en Occitanie, où, malgré tout, la colère est particulièrement forte.

Parmi les explications de cette colère, la chercheuse évoque plusieurs hypothèses, qui ne peuvent être vérifiées par son étude. En Occitanie, la colère pourrait être une manifestation de l’appréhension de la population face aux conséquences du coronavirus. En effet, dans la région, le tissus économique est très lié avec le secteur de l’industrie aéronautique, largement éprouvée par l’épidémie. Plus généralement, le sentiment de colère pourrait également être lié à une frustration, une lassitude du confinement et des mesures de déconfinement, perçues comme trop tardives pour ces régions moins touchées.

Retrouvez l’article sur Europe1.