EXCLUSIF – Plus de trois Français sur quatre envisagent un vote antisystème en 2022 selon une étude Fondapol-Opinionway que dévoile Le Figaro.

S’abstenir ou voter blanc, voter pour Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, voire pour Nicolas Dupont-Aignan ou un candidat du NPA: 77 % des Français – plus de 3 sur 4 – disent envisager au moins l’une de ces hypothèses pour l’élection présidentielle de 2022. C’est l’un des enseignements majeurs de l’indicateur de la protestation électorale établi par la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), avec l’institut OpinionWay, en partenariat avec Le Figaro.

Ce baromètre est inédit. D’abord par son ampleur. Il repose sur un échantillon de plus de 3000 personnes, le triple de l’échantillon habituel d’un sondage. Par son objet ensuite: tous les six mois, jusqu’à la prochaine présidentielle, ce panel sera interrogé non pas sur ses intentions de vote, mais sur son attitude électorale en général. En sachant que s’abstenir ou voter blanc, même si ce n’est pas comptabilisé in fine dans les résultats en suffrages exprimés, a aussi une signification politique. Ainsi, comprendre le phénomène de la «protestation électorale », selon les termes choisis par la Fondapol, c’est mesurer tous les signes électoraux qui expriment une contestation, un refus de l’offre politique établie, une colère, un rejet radical du «système». Cette attitude intègre ce que l’on qualifie parfois de «populisme» tel qu’on le voit grandir sur la scène électorale en Europe et ailleurs dans le monde. Mais cette étiquette ne résume pas à elle seule ce phénomène.

Cette forme de «dissidence électorale», comme l’analyse ici Dominique Reynié, directeur général de la Fondapol, n’est pas nouvelle. À la dernière présidentielle, 36,69 % des électeurs inscrits (48,41 % des exprimés) avaient déjà voté pour Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Dupont-Aignan, trois candidats «antisystème», et 51,3 % des Français s’étaient abstenus aux législatives qui avaient suivi.

Mais deux ans et demi de macronisme n’ont pas réduit cette fracture. Au contraire. Notre indicateur Fondapol-OpinionWay-Le Figaro révèle une France plus tentée que jamais par la protestation. Cela s’exprime par un potentiel électoral élevé pour Marine Le Pen. 17 % sont «certains» ou ont «de fortes chances» de voter pour elle en 2022 – ce qui, avec une abstention d’environ 25 %, ferait un socle de 23 % de suffrages exprimés ; et 31 % au total disent «possible» de voter pour elle ; autant que pour Emmanuel Macron. Sur un nouveau second tour Macron-Le Pen, les Français sont à ce stade divisés en quatre blocs: 30 % pour le chef de l’État, 23 % pour la présidente du Rassemblement national, 27 % pour l’abstention ou le vote blanc, et 20 % d’indécis.

Les ressorts du dégagisme restent forts

Surtout, et c’est l’un des intérêts majeurs de cet indicateur, les Français gardent ouvertes différentes attitudes possibles. Ainsi, 53 % des électeurs de Mélenchon en 2017 et 40 % de ceux de Macron n’excluent pas de voter blanc ; 32 % des électeurs de Fillon et 16 % de ceux de Mélenchon disent possible un vote RN en 2022 ; 8 % de l’ensemble du corps électoral français répond oui aussi bien à un vote LFI qu’à un vote FN ; 90 % des Français qui soutiennent le mouvement des «gilets jaunes» sont prêts à choisir une solution protestataire (abstention, vote blanc, vote Le Pen, Mélenchon, Debout la France ou NPA). Ces taux d’adhésion à une solution ou une autre de rejet atteignent des records chez les Français les moins diplômés ou ayant les revenus les plus faibles. À mi-mandat, les ressorts du dégagisme restent donc présents. Mais, dans le même temps, 57 % des électeurs de Mélenchon réclament un autre candidat LFI que lui en 2022, et 42 % de ceux de Le Pen veulent un autre candidat qu’elle. Comme si la tentation du dégagisme frappait aussi les dégagistes.