« Le vote pour l’euro va l’emporter »

Pour Dominique Reynié, Macron est en mauvaise posture, mais il sera quand même élu « par un front monétaire, pas un front républicain ».

Le front républicain de 2002 n’est plus une évidence ?

Il n’y a pas d’anti-fascisme. Très peu de Français vont voter pour cette raison-là. Il n’y a donc pas de front républicain, contrairement à 2002. 49 % des électeurs ont voté pour la rupture. La France est en quasi-insurrection (électorale en tout cas) avec un candidat présidentiable qui ne fait que 24 %. Et il n’a aucune ressource ou presque. Si tous les électeurs de Fillon et de Hamon votaient pour lui, il ferait 5O % à peine… Le Pen a pour elle une France de protestation, qui peut aussi protester par l’abstention.

L’épisode Whirlpool est-il un tournant?

Le vote contre Le Pen ne sera pas assez fort, celui pour Macron encore plus faible. Mais le vote pour l’euro va l’emporter. On va assister à un referendum sur l’euro, un vote patrimonial, très personnel. La perception domine que les candidats proposent toujours des grands bénéfices collectifs qu’on ne voit jamais et se transforment en pertes individuelles. Pour la France, pour la République, pour l’Europe, le progrès, la liberté, contre le fascisme : aucune de ces raisons n’est convaincante pour une majorité des Français. Le seul ressort, c’est le pragmatisme et l’intérêt personnel : l’euro. Macron sera élu par un front monétaire, pas par un front républicain.

Votre analyse du comportement de Macron depuis dimanche ?

Les hourras, les bravos, le triomphe, le restaurant, c’était catastrophique. Il fait preuve d’arrogance, d’absence de compassion et d’empathie. Dans l’épisode Whirlpool, il a bien rattrapé le coup, mais il s’en est fallu de peu. Macron oublie deux évidences : il doit publiquement dire d’une façon claire que son sort est entre les mains des électeurs. S’il leur fait comprendre que de toute façon il sait qu’ils voteront pour lui pour éviter Le Pen, il donne l’impression de ne pas respecter leur liberté, ce qui est grave. Ensuite, il doit montrer aux électeurs qu’il cherche à les convaincre. Ce n’est pas le cas pour l’instant.

Il est coincé par le positionnement centriste qui l’a amené au second tour ?

Exactement. Le Pen connaît ses thèmes. Lui, il ne peut pas s’exprimer clairement à gauche, ni à droite. Ce sillon devient une crevasse. Il est au fond. Peut-il en sortir sans se faire canarder ? On lui a déjà reproché de parler sans rien dire. Va-t-il continuer ? Le 3 mai, il débattra face à Marine Le Pen. S’il n’arrive pas sur une bonne dynamique, un élan, il se fera exploser, parce qu’elle est puissante,

Propos recueillis par CORENTIN DI PRIMA