Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique était ce dimanche invité par Emilie Aubry dans l’émission « L’Esprit Public » pour livrer, aux côtés du professeur de relations internationales Bertrand Badie, de l’économiste Daniel Cohen, le politologue Dominique Reynié et de l’ancien Ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine., une analyse politique et géopolitique de l’actualité.

Première partie : Européennes / Partis : chacun cherche son jeune ?

Qu’est ce qu’elle disait de notre époque cette affiche rajeunie pour les prochaines élections européennes ? Que fallait-il lire derrière le choix de Jordan Bardella, 23 ans, au Rassemblement national, celui de Manon Aubry, 29 ans, chez les Insoumis, de François Xavier Bellamy, 33 ans, pour les Républicains, sans oublier Ingrid Levavasseur, 31 ans, pour une liste Gilets Jaunes. Et le « senior » de ces nouveaux espoirs de la politique, Raphaël Gluskmann, 39 ans ( !) qui attirait à lui toutes les lumières de cette gauche en lambeaux qu’il avait l’ambition de réparer.

Fini le temps des quinquagénaires, celui des Européennes de 2009 et de 2014, où la moyenne d’âge des candidats tournait autour de 54 ans, en 2019 les sexagénaires François Asselineau et Jean Lassalle feraient figure de candidats vieillards et nul ne savait dire s’il fallait y lire une signe de renouveau ou de déclin.

Les partis envoyaient-ils au front de jeunes pousses pour réinventer l’Europe ou au contraire par anticipation d’une abstention record et de scores nécessairement décevants ? Était-ce le temps des jeunes pour l’Europe ou celui des Vieux qui n’y croyaient plus ? On entendait aussi parler d’« un Effet Macron » : selon certains, le président à peine quadragénaire avait « ringardisé » tous ses aînés, « un effet crise des élites » disaient d’autres, les états majors faisant le pari que la jeunesse les protégerait du dégagisme ambiant? En clair : jouer la carte de la jeunesse pour se refaire une santé ! Des états-majors qui rafraîchissaient essentiellement la façade, sans ripoliner l’arrière-boutique, ainsi chez les Républicains, les Morano, Dati, Hortefeux figureraient en bonne place sur la liste, juste derrière la jeune garde.

Restait à savoir si la jeunesse attirerait la jeunesse, pour un scrutin, celui des Européennes, qui la fois précédente n’avait mobilisé dans les bureaux de vote que 27% des moins de 35 ans, la majorité des votants ayant plus de 60 ans. Savoir enfin si la jeunesse des candidats allait mécaniquement de pair avec le renouveau des idées, des grilles de lecture et des pratiques…  Se dire de toute façon, que c’est Henri Michaux qui avait raison lorsqu’il écrivait : « La jeunesse, c’est quand on ne sait pas ce qui va arriver ! »

Deuxième partie : Venezuela : chacun compte ses alliés ?

A Caracas ces derniers temps on défilait aussi beaucoup dans les rues, et pas seulement le samedi. Dans ce pays paradoxal qui détenait les plus importantes réserves pétrolières mais où le peuple manquait de tout, la réélection de Nicolas Maduro avait donné lieu à de nombreuses accusations irrégularités de toutes sortes (opposants jetés en prison notamment), et 10 jours après son investiture, le jeune président du parlement Juan Guaido s’était donc auto proclamé président par intérim, prenant la tête de l’opposition au successeur d’Ugo Chavez.

Depuis le Venezuela avait donc 2 présidents. L’un, Guaido, tendait la main aux militaires (essentiels dans cette histoire) et aux fonctionnaires avec lesquels il souhaitait enclencher un processus menant à des élections libres). L’autre, Maduro, parlait de putsh, de coup d’état dans lequel il voyait l’intervention de puissances étrangères à commencer par celle des Etats Unis de Donald Trump, et des gouvernements de droite dans la région, citant le Brésil.

Une crise sociale et politique majeure, qui contraignait la communauté internationale à se positionner, et il n’était pas inintéressant de voir ce que cela disait « des grandes lignes de partages du monde contemporain », pour reprendre l’intitulé du cours de relations internationales du Professeur Badie à Sciences Po il y a quelques années. Russie, Chine, Cuba, Turquie, Syrie, Mexique derrière Maduron tandis que Londres, Paris, Berlin, La Haye, Lisbonne, et Madrid demandaient des élections normales, faute de quoi elles reconnaîtraient Guaido. Comme une ambiance guerre froide un peu vintage qui aurait pu faire sourire s’il n’y avait pas ces milliers d’arrestations sommaires (de journalistes français notamment), de morts et de violences redoublées dans un pays déjà exsangue.

Deux visions du monde, deux systèmes de valeurs, une re-bipolarisation du monde, où chaque camp parlait de démocratie, les pro Maduro jouant les légitimistes, quand les pro Guaido plaidaient le renversement d’une dictature.

 

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