LE CERCLE/TRIBUNE – Pour Salima Saa, membre du conseil de surveillance de la Fondapol, l’Europe peut devenir un leader en matière d’environnement.

À l’aube de nouvelles élections européennes, les raisons de croire à l’Europe ressemblent à des actes de foi. Le 26 mai 2019 devrait être l’occasion d’impulser une nouvelle Europe tournée vers l’avenir, d’une Europe qui apaise les peurs, enfin capable d’éveiller de la fierté. L’Europe est une promesse face au défi des nationalistes et aux tenants du repli économique. Elle peut être un rempart face aux Gafa, aux vagues migratoires et un moyen de protéger nos modes de consommation.

Pourtant, même le pire défaitisme ne saurait nous retirer que l’Europe est l’espace public le plus performant au monde en matière d’environnement, notamment en matière de gestion de la ressource en eau ou de gestion des déchets. Or l’environnement est un nouvel actif stratégique, comme les infrastructures ou notre système de santé. Il peut atteindre ou protéger la santé de nos enfants. Il peut attirer ou dissuader les touristes ou les entreprises. C’est selon. Surtout,c’est la transition écologique qui écrira bientôt l’histoire des nations et qui décidera des grands équilibres du monde.

Bataille culturelle

Il est temps que l’Europe prenne la mesure de sa responsabilité vis-à-vis du reste du monde. Il lui faut incarner cette souveraineté environnementale. Plus que jamais, sous la présidence Trump, nous pouvons incarner ceux qui veulent préserver la vie, le long terme, et l’inventivité en matière écologique. L’Europe doit se donner les moyens d’exercer toute sa souveraineté dans le cercle du monde. L’Union peut et doit engager la symétrie de réciprocité américaine sur l’environnement.

Face à la domination du dollar, l’Europe doit montrer le chemin de la vie. Le 26 mai prochain, donnons à l’Europe les moyens de gagner la bataille culturelle et opposer aux dirigeants américains une vision écologique et innovante du vivre ensemble au XXIe siècle. C’est aussi l’héritage des Lumières que de repenser notre relation à notre environnement et d’en proposer une vision où l’individu, éduqué et libre, à toute sa place.

Révolution copernicienne

Le rétablissement de cette souveraineté extérieure exige que l’Europe retrouve une pleine légitimité en matière de souveraineté populaire intérieure. On ne peut pas faire l’Europe sans les Européens. L’Union doit procéder à une nouvelle révolution copernicienne. Il nous faut reconquérir physiquement l’espace intérieur, et réconcilier les citoyens avec la démocratie en les associant et en les responsabilisant. L’environnement et l’agriculture, liés, sont le terrain rêvé pour des réformes visibles par tous les citoyens.

À nous de transformer la réglementation européenne environnementale d’une contrainte en un moteur de progrès tangible. Nous pouvons faire de l’UE un marché haut de gamme pour les services aux populations essentiels (transport, eau, biodiversité, énergie, l’alimentation, l’agriculture). L’Europe peut être leader dans l’appel au recyclage à grande échelle. Tout laisse à penser que, si on n’amplifie pas nos capacités de tri et de recyclage, la planète ne survivra pas faire face à la montée en puissance de la Chine et de l’Inde…

On pourrait  associer les greentech à un grand projet de société créateur d’emplois. Les emplois et les métiers liés à l’environnement sont non-délocalisables, directement liés au territoire. Il nous reste à attirer les emplois délocalisables des entreprises étrangères, en mettant l’accent sur l’excellence européenne en matière de technologies, de mobilité durable et d’économie circulaire.

Un modèle qui aspire au respect

La souveraineté écologique européenne doit être un modèle de réinvention des relations entre les pouvoirs publics et les entreprises. Pour accélérer la transition écologique, il est urgent que les entreprises s’en emparent, et qu’elles fassent évoluer leur modèle.

Concrètement, elles sont déjà en train d’inventer de nouveaux modèles de production et de nouveaux produits et services qui confortent le leadership écologique européen. L’Union doit les aider à consolider leur croissance et à renforcer leurs capacités d’innovation. L’Europe de demain doit se traduire en croissance et en emplois pour faire reculer la précarité des plus vulnérables et faire reculer les inégalités.

L’Europe peut être le berceau et la vitrine d’un modèle à ressources limités efficient. L’Europe est aujourd’hui le seul modèle au monde qui aspire au respect des équilibres fondamentaux et non à la suprématie. Osons la bataille culturelle mondiale pour la transition écologique ! Osons garantir à l’Europe une souveraineté écologique exemplaire !

 

Salima Saa est membre du conseil de surveillance de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol).