Le maire de Lyon, sénateur et soutien de la première heure du fondateur d’En Marche !, a défendu devant la Fondapol le projet du candidat. Très concret.

Les dirigeants d’entreprise vont-ils voter Emmanuel Macron ? Si beaucoup sont embarrassés par les affaires Fillon, ils ne sont pas encore totalement convaincus par le programme du candidat d’En Marche !, qui veut à la fois chambouler le système d’assurance-chômage et celui des retraites en France. Trop risqué pour certains, trop flou pour d’autres.

Invité par la Fondapol (la Fondation pour l’innovation politique, think tank libéral dirigé par Dominique Reynié), Gérard Collomb, maire de Lyon, sénateur et soutien de la première heure d’Emmanuel Macron, a retracé mercredi 30 mars ce programme avec les yeux et le vécu d’un élu local. Bien plus concret que ne le sont souvent les exposés de son « champion » ! Il a prévenu :

« Nous voulons changer le modèle économique. »

Voilà comment. Une révolution en quatre points. Verbatim.

1/ L’assurance-chômage devient un droit à la reconversion

« Quand on a fondé la Sécurité sociale, il n’y avait pas de risque chômage. Aujourd’hui nous disons que c’est une obligation nationale et que nous voulons un modèle de flexisécurité. Comme le dit le prix Nobel Jean Tirole, ce ne sont pas les emplois qu’il faut protéger mais les personnes. D’où la nécessité aussi de réformer la formation professionnelle. Dans ce domaine, on n’est pas dans le meilleur usage des fonds publics. Depuis que nous avons fait la métropole de Lyon [fusionnée avec le conseil général, NDLR], je suis celui qui s’occupe du RSA et je sais à quel point après trois à quatre ans de chômage, on se désocialise. Ce n’est plus une assurance-chômage dont nous avons besoin, c’est un droit à la reconversion. »

2/ Le même système de retraite pour tous

« Notre système de retraite a perdu sa crédibilité. Dans les jeunes de 30 ans, 80% pensent que de toute façon ils n’auront pas de retraite. Ce que propose Emmanuel Macron, c’est de le réformer. C’est une mesure qui va demander un peu de temps. Il propose d’avoir un système comme en Suède : un système de retraite par points qui unifie l’ensemble des régimes, parce qu’aujourd’hui, on ne sera plus toute sa vie dans un même emploi, on passera du public au privé, on reviendra peut-être au public. Quand on a 40-45 ans aujourd’hui, personne ne sait ce qu’il aura à la retraite. Les reconstitutions de carrière sont très compliquées. La Suède a fait la réforme par points qui permet de cumuler des points en fonction des sommes versées. Lorsqu’on constate que la durée de la vie s’allonge, il n’est plus nécessaire de vivre ce happening que l’on fait en France tous les trois ou quatre ans : on constate que le régime est en déficit, qu’il faut repousser l’âge de la retraite et tout le monde descend dans la rue. En Suède au fur et à mesure que l’allongement de la durée de la vie se produit, chacun a besoin d’un peu plus de points et cela se fait de manière automatique. Dans un pays comme la Suède, vous partez à la retraite quand vous voulez. »

3/ Un pacte girondin

« Nous sommes dans un pays jacobin très centralisé, il faut en finir avec ce système-là. Les lois qui sont votées le sont aujourd’hui pour toute la France. Ce n’est pas toujours efficace. Je prends l’exemple du logement. Un système d’aide à la construction de logement est-il bon pour toutes les villes, là où il n’y a pas assez de logements comme là où il n’y en a pas besoin ? Non, bien sûr, c’est un gâchis formidable. On devrait avoir une appréhension différente des territoires, c’est ce qu’Emmanuel Macron appelle le « pacte girondin », qui permettrait de contractualiser avec les différents territoires, les différentes régions, les grandes villes, les territoires ruraux en fonction des besoins de chacun. Nous pensons que le système institutionnel français doit être différent selon les territoires. J’ai créé la métropole de Lyon, c’est-à-dire que j’ai réuni ce qui était la communauté urbaine de Lyon et le conseil général. Ça nous permet de mutualiser, de faire diminuer la dépense publique et en même temps de rendre un meilleur service. Un exemple : la communauté urbaine de Lyon s’occupait du développement économique et connaissait donc les chefs d’entreprise, mais c’était le département avec ses travailleurs sociaux qui était chargé de faire en sorte que les gens au RSA reviennent vers l’emploi ; mais ces gens-là ne connaissaient pas l’activité économique et les besoins des chefs d’entreprise. Nous avons réunis ces équipes chargées du développement économique et de l’insertion dans une même direction et nous avons 1.000 entreprises lyonnaises qui se sont engagées pour l’insertion. Les choses se passent mieux et petit à petit nous allons faire diminuer le nombre de personnes au RSA en les ramenant vers l’emploi. »

4/ Un nouveau pacte européen

« C’est quand nous aurons fait ces réformes de structure que nous pourrons nous occuper de l’Europe. Nous disons toujours aux Allemands, il faudrait que l’Europe soit comme ci comme ça et eux nous répondent : quand vous n’aurez plus de chômage de masse, quand vous aurez réduit vos déficits publics, quand vous n’aurez plus une dette abyssale, que vous n’aurez plus des déficits du commerce extérieur extraordinaire, revenez nous parler. Après on pourra proposer à un groupe restreint au départ un vrai pacte européen où l’on harmonisera nos politiques de recherche, industrielle, économique, que l’on harmonisera davantage nos systèmes fiscaux et sociaux et je pense que cela redonnera une dynamique et quand les autres pays européens verront qu’il y a à nouveau une aire de croissance, ils reviendront vers l’Europe, vers des politiques communes et plus volontaristes. »

Avec quelle majorité ?  

Gérard Collomb n’a toutefois pas pu échapper à une question fondamentale sur ces réformes : avec quelle majorité Emmanuel Macron les mettra-t-il en œuvre ? « Il n’a jamais eu autant d’amis », a répondu en souriant le maire de Lyon.

« Il est obligé de dire je veux une majorité cohérente, pas une majorité de circonstance. La grande erreur du quinquennat de François Hollande est d’avoir choisi au départ dans son équipe des personnes qui n’étaient pas d’accord avec la politique qu’il voulait mettre en œuvre. On va essayer d’avoir une majorité stable en accord avec le projet politique. Nous y travaillons de manière sérieuse en ce moment. »

Emmanuel Macon veut aussi éviter un deuxième écueil : celui du discours du Bourget :

« Quand vous êtes élu sur le programme de Mélenchon et que vous en mettez en œuvre un autre, les gens se sentent floués. Nous nous disons ce que nous voulons faire. »

Sophie Fay