La multitude de régimes de retraite est jugée source d’injustices.

Face aux défis du vieillissement, accentués par l’augmentation de l’espérance de vie, divers dispositifs ont été mis en place, aboutissant à un système où toute personne qui part à la retraite se voit allouer un revenu de remplacement. Mais rien ne dure et l’idée d’une fragilisation du système est dans les esprits, nourrie par les débats accompagnant les nombreuses réformes depuis 1993. L’importance de la question des retraites tient d’abord à la place que ce système occupe dans les représentations politiques de notre société. Acquis social majeur, la retraite est l’une des figures principales de notre Etat social, au fondement de l’adhésion collective à la convention démocratique. L’importance de la question tient ensuite au poids démographique des retraités, qui n’ont jamais été aussi nombreux. Fin 2016, tous régimes confondus, 17,2 millions de personnes percevaient une pension de droit direct ou dérivé, soit un Français sur quatre. Cette évolution démographique induit un impact économique de plus en plus fort. Première dépense sociale en France, le montant total des prestations retraite représentait 308 milliards d’euros en 2016, soit 13,8 % de notre PIB, contre 11,4 % en 2000.

En 2016, la pension moyenne d’un retraité s’élevait à 1 389 euros brut par mois. Le niveau de vie des retraités est désormais supérieur à celui du reste de la population et le taux de pauvreté parmi eux (6,6 %) est nettement moins élevé que celui de l’ensemble de la population (14,2 %). Néanmoins, des écarts persistent, en particulier entre les sexes. La pension des femmes (1 065 € brut par mois) est ainsi inférieure en moyenne de 39 % à celle des hommes (1 739 € brut par mois), tandis qu’elles représentent une part grandissante des retraités (52 %).

Face à ces évolutions démographiques, économiques et sociales, l’inquiétude des Français sur la soutenabilité de leur système de retraite les amène à penser qu’ils devront travailler plus longtemps pour percevoir des pensions d’un montant moindre qu’espéré.

L’enquête « Les Français jugent leur système de retraite », menée par la Fondation pour l’innovation politique et basée sur un échantillon de 3 000 personnes (dont 750 retraités) interrogées par l’Ifop, révèle un jugement public très sévère. Le fonctionnement du système de retraite ne semble pas clair pour 56 % des actifs et, parmi les chômeurs, cette proportion dépasse les deux tiers (68 %). L’insatisfaction est partagée par 80 % des jeunes (18-34 ans) et majoritaire chez les retraités (55 %). Non seulement les deux tiers des personnes interrogées (67 %) le trouvent « injuste pour eux-mêmes », mais près des trois quarts (72 %) estiment que le système est « injuste pour la plupart des Français ».

L’insatisfaction est plus forte chez les femmes (79 %) que chez les hommes (65 %), et elles sont plus nombreuses à exprimer leurs inquiétudes quant à l’avenir : 80 % d’entre elles (71 % pour les hommes) répondent que le montant de leur retraite ne leur permettra pas de vivre de manière satisfaisante. L’insatisfaction est encore plus forte au sein des classes sociales les plus modestes. La moitié des personnes disposant de hauts revenus (49 %) se disent insatisfaites de ce système, mais la proportion atteint 84 % chez les personnes disposant d’un salaire mensuel brut inférieur à 894 euros. La multitude de régimes de retraite est jugée incompréhensible et source d’injustices. Ces différences entre les régimes n’apparaissent pas justifiées (79 %). Le système de retraite des entreprises publiques (RATP, SNCF…) est considéré « plus avantageux » par 84 % des sondés, de même que celui des fonctionnaires (79 %). Inversement, la plupart des personnes interrogées estiment que le système défavorise les agriculteurs (93 %), les artisans et les commerçants (89 %), les salariés du privé (72 %) ou les chefs de petites et moyennes entreprises (59 %).

Il résulte de cela que, tant financièrement que politiquement, le statu quo n’est pas tenable. La réforme des retraites actuellement en discussion voudrait marquer le passage d’un système à logique professionnelle constitué de 42 régimes aux règles différentes à un système universel où les règles seraient communes. La simplification, l’équité, l’adaptation aux évolutions de la société, la mise en place d’un système de retraite pérenne sont autant de principes qui doivent s’inscrire dans un débat de société plus global sur le système de protection sociale et sur le modèle de solidarité et de justice entre les Français. Il faut regarder les réformes menées dans des pays voisins, non pour les imiter mais pour y trouver des enseignements, voire des sources d’inspiration. L’étude « Retraites : leçons des réformes italiennes », écrite par Michel Martone, ancien secrétaire d’Etat italien aux Affaires sociales, et publiée par la Fondation pour l’innovation politique, insiste ainsi sur la nécessité de disposer de temps pour mettre en place un profond dialogue avec la population.

Dans cette perspective, la Fondation pour l’innovation politique s’est associée à la Fondation Jean- Jaurès pour organiser, en présence de Jean-Paul Delevoye, alors haut-commissaire à la réforme des retraites, un cycle de rencontresdébats intitulé « Un système universel de retraite ? Parlons-en ! ». En mars et en avril 2019, quatre villes ont accueilli ces rencontres-débats : Orléans, Niort, Montpellier et Nancy. Notre ambition était de porter le débat dans les différents territoires, tout en sollicitant le relais des médias et des réseaux sociaux pour mieux irriguer nos discussions. Ce cycle de rencontres-débats en province était ouvert aux différentes sensibilités syndicales et politiques, les invitant à dialoguer avec des experts de haut niveau, des universitaires, des élus et des membres de la société civile. Nos « petits débats » décentralisés nous sont apparus à tous très féconds. Ne serait-ce pas une méthode qu’il faudrait prendre le temps de déployer partout sur le territoire pour accompagner la réforme des retraites ? •