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Adresse aux candidats à l’élection présidentielle

par Jean de Boishue, le 15 mars 2007

De grands défis attendent la France. Y sommes-nous prêts ? D’où cette adresse à ceux qui demain auront notre destin en main. La Fondation pour l’innovation politique a commencé ses travaux avec le début du siècle. Elle veut s’adresser à une génération qui a commencé à le construire. Elle souhaite apporter une contribution au débat public sur les points qui lui paraissent essentiels.Les vents du monde se font plus violents. Ils balaient beaucoup d’illusions que les Français ont pu nourrir naguère. La France peut-elle rester telle qu’elle est dans le monde qui vient ? C’est la question qu’en toute indépendance nous voulons poser à ceux qui entendent demain la diriger.
La France paraît petite au regard des puissances du monde les états-Unis, la Chine et de celles qui s’affirment la Russie, l’Inde. Qu’elle le veuille ou non, elle sera de plus en plus affectée par leurs décisions.
La concurrence est au coeur du monde ; elle le rend plus performant et plus prospère. Il n’est plus possible de s’y soustraire : individus, entreprises, institutions, nations, tous sont forcés de se remettre en question et de trouver de nouvelles manières de construire leur avenir.
Le monde que nous connaissons disparaît : nous ne léguerons pas à nos enfants l’environnement et le mode de vie que nous avons connus. Même en Europe, nous ressentons le retour de la pauvreté. Tous les équilibres sur lesquels reposait la société sont bousculés par le changement démographique et les migrations.
Deux milliards d’êtres humains vivent dans la misère ; leur avenir ne peut pas nous être indifférent.
Ces évolutions dont on perçoit les signes avant-coureurs inquiètent et passionnent à la fois ; en tout cas, elles désorientent les Français. L’individu se sent démuni face aux défis de ce monde nouveau. Il craint l’effet que peut avoir sur la France un monde livré aux rapports de force entre les états, voire entre les cultures. Il mesure les limites de l’état providence, de l’Union européenne et des Nations unies tels qu’ils existent aujourd’hui. Il s’interroge sur ce que peut encore lui apporter la politique.
Les Français craignent parfois que les principes qui ont forgé leur identité soient devenus inopérants aujourd’hui.
L’idéal de la France s’est affaibli. Notre démocratie est figée ; notre société se complaît dans ses habitudes. La vie publique demeure fermée aux femmes, aux jeunes, aux étrangers. D’étroits cénacles de spécialistes, hermétiques les uns aux autres, s’arrogent l’autorité. Beaucoup de Français sont attirés par le repli. La nation française est comme éclatée dans le chacun pour soi. Le sentiment de partager une idée, un destin, s’est défait ; les communautés se recroquevillent sur elles-mêmes. L’égalitarisme est allé si loin que beaucoup sont prêts à s’abandonner à la collectivité pour sauver leur petite sécurité. Les Français s’emparent des maux du monde pour justifier leur défection : les inégalités servent de prétexte à la « sursocialisation », les menaces sur l’environnement à l’apologie de la décroissance, la peur des conflits au renforcement du pacifisme. La classe moyenne constate que le savoir et la compétence ont perdu leur valeur et leur prestige ; devenue frileuse, elle redoute d’être laminée par l’ouverture au monde.
L’état, pourtant omniprésent, ne semble plus avoir l’autorité nécessaire pour susciter un nouvel élan.

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