« La gestion de la crise géorgienne, la présidence de l’Union européenne puis la situation économique, trois véritables coups de tonnerre, l’ont fait entrer dans une relation plus intime avec la fonction de président de la République. »
Nicolas Sarkozy semble se montrer sous un nouveau jour, plus posé, comme s’il prenait davantage de recul. À quoi l’attribuez-vous ?
Dominique Reynié : C’est une réalité observable. Autant une forme de décontraction était nécessaire en 2007 pour moderniser la fonction, autant certains excès pouvaient, depuis, passer pour de l’irrespect. Il en a tiré les leçons. Il n’était pas imaginable qu’il n’y ait pas une forme de révision dans son comportement. Mais le tournant n’est pas si récent. Il date de l’été 2008. La gestion de la crise géorgienne, la présidence de l’Union européenne puis la situation économique, trois véritables coups de tonnerre, l’ont fait entrer dans une relation plus intime avec la fonction de président de la République.
Il est aussi plus à l’écoute ?
Non , je crois qu’il a acquis de l’expérience. Il peut avoir les meilleures relations avec ses conseillers, Il est probable que tous n’ont pas le même avis. C’est lui qui, au final, tranche. C’est la solitude de sa fonction, qu’il n’a d’ailleurs pas le droit de partager. C’est lui, qui a été élu.
Ces derniers temps, il a eu à se prononcer sur des questions qui divisaient sa majorité, de la taxe carbone aux tests ADN. Il a dû aussi gérer les bévues d’Hortefeux ou de Besson. Que révèle de lui la façon dont il a agi ?
Une manière plus mesurée d’ajuster ou de réprimander. Il y a quelques mois, il l’aurait fait de façon plus spectaculaire. Aujourd’hui,il exerce le pouvoir de façon plus classique. Les responsabilités liées à la fonction provoquent, à une vitesse accélérée, une profonde modification de la personnalité. La sphère publique est très envahissante. Et ce n’est pas nouveau. On explique, depuis les 14e – 15e siècles, le renoncement douloureux du monarque à son intimité. Peu à peu, la fonction vous oblige à vous déprivatiser. Chez Nicolas Sarkozy,c’est d’autant plus visible qu’il ne dissimulait pas sa vie privée.
Les Français ont élu quelqu’un qui surfait sur son image de battant. Ne risquent-ils pas d’être déçus par ce même personnage, de le trouver insipides’il se montre plus posé ?
C’est un risque. La crise économique l’oblige à moins de légèreté. Mais dans ce contexte, les Français préfèrent peut-être ça.
Un président qui donne l’impression d’avoir enfin enfilé l’habit et une opposition en totale déliquescence, Nicolas Sarkozy est assuré d’un second mandat…
Non ! Dès les législatives de 2007 on notait un recul de la majorité. Alors, que l’opposition soit en grande difficulté, ça ne fait aucun doute. Mais on peut rater une campagne. Il peut y avoir des erreurs irrattrapables. Suivant l’évolution de la crise, on peut imputer à Nicolas Sarkozy certaines responsabilités. Il peut aussi susciter un vote de rejet. C’est ce qui s’est passé en 1981 pour Giscard. Beaucoup de Français ont voté Mitterrand parce qu’ils ne voulaient plus du président sortant. Et puis, qui aurait pu imaginer que Jospin ne soit pas au second tour. Il manque encore beaucoup d’éléments.

English
Français







