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Nicolas Bouzou : « Comment réduire la dette publique sans sacrifier l’activité ? »

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Directeur de la société de prévisions Asterès, l’auteur met en garde contre la politique keynésienne du gouvernement. Il préconise quatre types de mesures pour stabiliser l’endettement public.

Depuis quelques semaines, on entend en France un discours absolument lénifiant sur la question de la dette publique. Il faut, dit-on, ne pas perdre de vue que le soutien à la croissance doit passer avant la réduction de la dette ; que la notation de l’État français reste correcte ; que l’on nous prête aujourd’hui à des taux très faibles… Ceux qui tiennent ce discours devront s’expliquer devant les Français lorsque des mesures d’austérité extrêmement douloureuses devront être adoptées dans l’urgence. Car il en est de la réduction de la dette comme de celle du stock de CO2 : plus l’on attend, plus l’effort à faire sera brutal, en espérant que cette négligence coupable ne nous emmène pas à la catastrophe avant d’avoir pu réagir.
Les États ont eu raison d’accroître considérablement leur déficit budgétaire en période de récession. Lorsque la demande privée s’effondre, la demande publique doit prendre le relais. L’argument est fruste, mais correct. Cela dit, la potion keynésienne ne peut virer au poison si on en abuse. En 2007, l’État grec rémunérait ses créanciers au même niveau que les États allemand et français, aux alentours de 3,5 % à 10 ans. Aujourd’hui, la Grèce paie 6,5 %, l’Allemagne, 3,2 %. Ce spread a des conséquences très concrètes pour la Grèce. Le taux d’intérêt moyen payé sur sa dette étant supérieur au taux de croissance de ses recettes fiscales, la dette publique suit une progression exponentielle. Dans ce type de circonstances, la question n’est plus de savoir si l’on augmente l’âge de la retraite d’un ou deux ans, si l’on ne remplace pas un fonctionnaire partant en retraite sur deux ou sur trois, ou si l’on commande 1 ou 2 doses de vaccin, mais de combien l’on baisse les salaires des fonctionnaires ! Veut-on prendre le risque d’en arriver là ?

On nous dit que la probabilité que la France se retrouve dans la situation grecque est inférieure à 10 %. Argument facile à retourner, dans la mesure où les conséquences d’une crise des finances publiques sont potentiellement dramatiques. À titre personnel, je ne monterais pas dans un avion dont on me dirait qu’il n’a que 9 chances sur 10 d’atterrir en un seul morceau.
On nous dit également que la réduction de la dette aura nécessairement des conséquences négatives sur la croissance. C’est justement cet adage d’un keynésianisme mal dégrossi qu’il convient de faire mentir. Bien entendu, si l’on veut réduire les déficits en augmentant brutalement le taux de prélèvements obligatoires, nul doute que l’on provoquera une récession. Mais on n’est pas obligé de mener une politique économique aussi maladroite.
Il existe quatre types de mesures qui doivent permettre de stabiliser l’endettement public en maîtrisant les dépenses et sans dommages sur la croissance.
Premier type de mesures : étendre l’effort de mutualisation des achats de l’État. On ne peut que se satisfaire de la création, en 2009, d’une fonction achats au sein de l’administration centrale pour les dépenses courantes. Cet effort de mutualisation doit être poursuivi dans bien d’autres domaines, la formation par exemple, comme l’a fait le Canada avec succès.
Deuxième type de mesures : externaliser ce qui peut l’être. La France est l’un des pays où l’externalisation des services publics est la moins développée. Le ministère de la Défense a été le premier à pratiquer l’externalisation. Les autres ministères ont plus ou moins suivi le mouvement. Il apparaît nécessaire de consolider ce mouvement- là où cela est possible, en s’inspirant des exemples étrangers.
Troisième type de mesures : diminuer le nombre de niveaux des administrations locales. Nous avons en France six niveaux d’administrations : européen, national, régional, départemental et communal (plus les regroupements de communes et d’agglomérations). L’empilement des niveaux de collectivités locales provoque le gaspillage. Il faut faire des choix et renforcer le poids des régions en diminuant simultanément celui des départements.
Quatrième type de mesures : séparer ce qui relève de l’assurance-maladie et ce qui relève de la solidarité. Depuis 1945, le système d’assurance-maladie ne distingue pas ce qui relève de la mutualisation des risques et ce qui relève de la solidarité. La partie relative à la solidarité, faisant partie intégrante de notre modèle social, doit être pérennisée. La part relative à la mutualisation doit faire l’objet d’un achat individuel rendu obligatoire pour une couverture équivalente à la couverture actuelle. Cette proposition présente l’avantage de réduire les cotisations sociales et de diminuer les dépenses de la Sécurité sociale, sans diminuer les dépenses de santé.
Commencer à mettre en œuvre ces dispositions constituerait une formidable assurance anticrise des finances publiques. Il fait peu de doute que les Français, plus conscients de ces problèmes qu’on ne le pense, sauraient gré au gouvernement qui aura le courage de s’y atteler.

2 réponses à Nicolas Bouzou : « Comment réduire la dette publique sans sacrifier l’activité ? »

  1. LAURENT dit :

    toujours les mêmes solutions : externaliser, mutualiser, segmenter, grouper ou dégrouper, bref faire bouger les lignes structurantes de notre société, y compris au passage au prix de la destruction de ce qui permet de faire société… manipuler les concepts et raconter une proto histoire, telle est la pensée simpliste d’une trop grande partie de cette élite française (« européïste »), qui se prétend telle, alors qu’elle n’est qu’au service d’intérêts qui la dépassent, mais dont elle attend les miettes !
    signé : un prolo

  2. Jean-Marie dit :

    Le gouvernement devra s’atteler à la réduction des déficits et de la dette dès la sortie de crise. L’essentiel est que la dette publique ne dépasse pas 100% du PIB, ce qui risquerait d’entraîner une baisse de la notation financière de la France, comme cela a été le cas pour l’Espagne et l’Irlande en 2009

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