Dominique Reynié dirige la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), un club de réflexion libéral et pro-européen de centre droit, qui a publié fin mars une étude d’opinion sur les « Européens face à la crise grecque ».
La crise grecque peut-elle entraîner une remontée de l’euroscepticisme ?
L’on observe, en Europe, deux types de réactions, qui peuvent nourrir deux euroscepticismes inverses. Les pays du Nord (Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas) ne comprendraient pas que l’on aide un pays sans contreparties solides, alors qu’eux-mêmes ont fait beaucoup d’efforts. Pour les pays du Sud (France, Italie, Espagne), plus solidaires et compassionnels, si l’on n’aide pas un pays en difficulté, c’est une remise en question de la légitimité de l’Europe. Cette crise pose la question de la transaction politique. Qu’est-ce que l’Europe offre en contrepartie de l’abandon d’une part de souveraineté nationale ?
Quelle est, plus précisément, l’opinion des Français ?
Il y a un paradoxe. Nous sommes attachés, plus que d’autres, à la puissance nationale. Mais est aussi solidement ancrée l’idée que l’Etat n’a plus les moyens de ses prétentions, que le monde est devenu trop vaste pour que l’on puisse raisonnablement y réussir mieux tout seul plutôt qu’avec les autres.
Si les pays du Sud ont plus de compassion pour la Grèce, n’est-ce pas parce qu’ils craignent pour eux-mêmes ?
Je crois en effet que les pays du Sud se projettent comme des pays potentiellement en difficulté. Ils sont donc sensibles à l’idée d’un filet de sécurité, dont ils pourraient être les bénéficiaires… Ce qui est intéressant, c’est aussi que l’on observe partout une réelle inquiétude face à la dette des Etats. La crise grecque peut contribuer à en faire un thème politique majeur. Avec l’idée, nouvelle, que, si l’on se retrouve en grande difficulté, on peut être seul.
La dette sera-t-elle un thème structurant de la campagne de la présidentielle de 2012 ?
Probablement. D’autant que le vieillissement de la population correspond à de la dette programmée. En 2007, François Bayrou, le président du Modem, en avait fait un axe majeur de sa campagne. Cela dit, le sujet est très anxiogène et peut aussi, pour cela, être occulté.
En France, les deux principaux partis, l’UMP et le PS, sont sur une ligne proche, de solidarité avec la Grèce…
Ils savent que tout mouvement vers une sorte d’euroscepticisme produirait des effets sur les marchés financiers, sur les taux. Pour un parti de gouvernement, ou qui aspire à l’être, il n’y a pas d’intérêt raisonnable à jeter de l’huile sur le feu. En revanche, les partis périphériques ont intérêt à occuper cet espace politique. Ils vont donc le faire.

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