Alors que la question des quotas de boursiers dans les grandes écoles est au cœur de l’actualité, les étudiants de GEA de l’IUT de Saint-Denis ont eu l’idée d’un colloque posant les questions de la méritocratie et de sa pertinence dans la lutte contre les discriminations.Partenaire de cet événement, la Fondapol était présente à cette conférence qui réunissait des universitaires tels que Agnès VAN ZANTEN, sociologue, directrice de recherche au CNRS, Dominique REYNIÉ, directeur général de la Fondapol et professeur des universités à Sciences Po, Karim AMELLAL, écrivain et maître de conférences à Sciences Po, Rachad ANTONIUS, sociologue et professeur à l’université du Québec à Montréal mais aussi Chantal DARDELET de l’ESSEC, animatrice du groupe « Ouverture sociale » de la Conférence des Grandes Écoles, Claude MOREL, préfet délégué pour l’égalité des chances en Seine-Saint-Denis, Aziz SENNI, entrepreneur, cofondateur de Business Angels des cités et secrétaire national en charge des entreprises au Nouveau Centre et Gonzague De BLIGNIÈRES, président de Barclays Private Equity France, cofondateur de Business Angels des cités.
La conférence était animée par Dominique REYNIE et Nadhéra BELETRECHE, ATER à l’IUT de Saint-Denis et doctorante en philosophie.
La France à l’école du mérite
La tradition française républicaine fait de l’école le lieu même de l’expression méritocratique. Mais l’école favorise-t-elle vraiment le mérite ? Agnès Van Zanten propose d’analyser les mécanismes du mérite tels qu’ils sont définis par l’école et montre ainsi qu’il s’agit d’une interprétation partielle, biaisée et subjective. Existe-il alors une forme de mérite qui soit plus républicaine que les autres ?
Dans ce contexte, des initiatives se mettent en place afin de faciliter l’accès des jeunes les moins favorisés aux formations les plus prestigieuses. Tel est le cas avec le projet porté par Chantal Dardelet au sein d’une des premières écoles de management européennes, l’ESSEC.
Dans cette course au succès et à la reconnaissance, Karim Amellal montre qu’au-delà de la spécificité française qui consiste à accorder beaucoup d’importance aux grandes écoles, il existe une autre trajectoire de réussite ancrée dans la tradition française : l’écriture. En effet, en France, quelle forme d’expression incarne mieux la réussite que le livre ? Or, devenir écrivain lorsque l’on est issu de l’immigration post-coloniale, qu’est-ce que cela signifie ? Quels défis, pour quelle littérature ?
Pour rebondir sur l’idée initiale de Karim Amellal selon laquelle une partie des difficultés provient d’une singularité culturelle propre à la France, Dominique Reynié propose de revenir sur la sacralisation des grandes écoles ainsi que sur ce qu’il considère comme une survalorisation de la figure de l’Etat. Dans ce contexte, quelle place est laissée au mérite que peut fournir l’initiative personnelle et l’entreprenariat ?
Les autres voies de la méritocratie : la création d’entreprise
Président de Barclays Private Equity France Gonzague De Blignières évoque son expérience d’investisseur qui le place au cœur du processus de la création d’entreprise. A l’origine d’une initiative originale dont le but est de permettre à des jeunes issus de l’immigration de créer leur propre entreprise, il décrit la manière dont ce projet a permis de faire émerger des talents qui auraient été incapables de se développer autrement.
Ainsi, Aziz Senni, ex-bénéficiaire du programme mis en place par Gonzague De Blignières, et fondateur de Business Angels des Cités (la première société de capital risque dédiée au développement économique des banlieues), lui-même originaire de la Seine-Saint-Denis, témoigne du parcours ardu qu’il a du mener pour accéder à l’entreprenariat.
Limites de la méritocratie et reconnaissance des discriminations
Pour conclure cette conférence, le professeur Rachad Antonius effectue un retour sur la notion de méritocratie et la confronte à la définition même de ce qu’on appelle « discrimination ». Quant à savoir si la méritocratie est une réponse aux discriminations, il répond clairement « non » et nous explique pourquoi.

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