Tous les grands distributeurs d’électricité et de gaz en Europe sont en train de remplacer les anciens compteurs par des compteurs dits « intelligents », appelés également « smart meters ». Ceux-ci constituent potentiellement une mine d’information sur notre vie quotidienne. D’où une montée d’inquiétude concernant |le fait d’introduire dans nos foyers de futurs petits « espions ».
Rappelons le principe de fonctionnement de ces compteurs : ils mesurent la consommation énergétique d’un foyer ou d’une entreprise avec bien plus de précision que les compteurs ordinaires, et livrent en temps direct le détail de la consommation énergétique de chaque appareil électroménager, ou encore calculent les émissions de CO2 résultant de cette consommation. Les données qu’ils relèvent rendent possible aux distributeurs d’électricité et de gaz de moduler leurs prix en fonction de l’heure ou de la saison d’usage, afin d’inciter les consommateurs à consommer en dehors des périodes de pointe. Le recours aux compteurs intelligents permet aux particuliers et aux entreprises de mieux se rendre compte de leur consommation, l’optimiser, éliminer les usages superflus, et donc réaliser des économies. Cela produit un bénéfice écologique, notamment dans les pays où l’électricité est produite majoritairement à partir de sources d’énergie fossiles (mais pas seulement : en France, où la production électrique repose principalement sur le nucléaire, des centrales thermiques, caractérisées par de fortes émissions de CO2, sont également mises à contribution lors des périodes de pointe).
Le détail de notre consommation énergétique dévoile beaucoup de nos habitudes et de notre rythme de vie. Certaines ONG, notamment dans des pays avec de fortes traditions libertaires, comme le Royaume-Uni et les Etats-Unis (où des « smart meters » ont été mis en place en Californie et au Texas), s’émeuvent régulièrement de la possibilité que ces compteurs aident les gouvernements à mettre en place des scénarios orwelliens de surveillance généralisée des citoyens. D’autres craignent que les données recueillies soient vendues aux entreprises privées qui pourraient les utiliser pour mieux cibler les consommateurs.
Mais un récent article dans la revue Science propose au contraire d’élargir l’usage des données recueillies grâce aux compteurs intelligents, et en faire profiter les scientifiques dans le domaine médical. Cela permettrait aux chercheurs par exemple d’étudier l’existence de corrélations entre certains comportements (fréquence d’ouverture de la porte du frigo, utilisation assidue du micro-ondes) et la prévalence de certaines maladies. L’auteur de l’article précise que les données communiquées aux chercheurs devraient être anonymes. Malgré cela, le New York Times titrait à ce sujet : « Doctor, Bully, Futurist, Spy : The Smart Meter ».
(Sources : The Telegraph, AFP, Eff.org, The New York Times)

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