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Vive la France !

par François Ewald, le 28 avril 2008

Vu de l’étranger, la France déçoit, elle n’est plus un modèle politique, et apparaît comme un pays à problèmes et sans idées. Les Français eux-mêmes se dénigrent. Et si ce n’était pas un déclin, mais un simple évanouissement ? Comme le soutient Michel Guénaire, le génie français n’est pas mort, et la mondialisation lui ouvre de nouvelles perspectives.
La prochaine livraison de la revue de la Fondation pour l’innovation politique consacre son dossier au thème « francophilie, francophobie », une idée bien téméraire de son rédacteur en chef, Jean de Boishue. Comment voit-on la France de l’étranger, depuis la Suède, la Turquie, Israël, l’Allemagne, les Etats-Unis, l’Espagne ? Quelle douche froide ! Ce qui ressort de ces témoignages est terrifiant : au regard de ce qu’elle a pu être pour l’étranger – on défilait à Buenos Aires pour la Libération de Paris -, la France n’est plus qu’une déception. Même l’élite, traditionnellement francophone et francophile, tend à devenir francophobe, tant la France se montre paternaliste (vis-à-vis des pays d’Europe de l’Est au moment de la guerre d’Irak) ou ne tient pas ses promesses (à l’égard de la Turquie).
La France déçoit. Elle n’est plus un modèle politique : l’Etat français apparaît incapable de se réformer. Elle n’est plus un modèle social : on ne comprend pas qu’elle puisse accepter pareil taux de chômage. Elle apparaît comme un pays à problèmes, sans idées.
Si la France n’inspire plus, elle reste un lieu de mémoire, que l’on vient visiter. Mais, à l’étranger, on ne souhaite pas pareil effacement. La France n’est plus une promesse, mais on reste en attente de sa voix originale, en particulier face à la domination américaine.
Ce n’est pas d’un déclin qu’il s’agit, mais d’un évanouissement. Ni amour ni haine, la France s’est banalisée. Cette situation révolte Max Gallo qui se proclame « fier d’être français ». Car de cette disparition de la France, les Français, nous dit-il, sont les propres auteurs. La trahison vient d’abord des élites, politiques, économiques et culturelles. Elles ont perdu toute conscience nationale au profit de l’Europe ou de cet espace déterritorialisé qu’est la mondialisation économique. Qui voudrait encore mourir pour la patrie ?
Pis, tout ce qui était au principe de l’identité française fait désormais l’objet de dénigrement. Par un de ces retournements que Nietzsche a décrit comme une des figures du nihilisme, non seulement les Français sont oublieux d’eux-mêmes, mais il faudrait désormais se repentir d’être français. Quelle est donc cette faute que nous aurions désormais à expier ?
Pourtant les Français voudraient toujours pouvoir être français. C’est du moins ainsi que Max Gallo interprète le résultat des dernières élections, en particulier lors du référendum européen. Une nostalgie qui s’est peut-être exprimée pendant le Mondial de football, où l’on a vu tant de Français, et de femmes en particulier, qui ont voulu résister au plaisir du dénigrement de l’équipe nationale. Avec, en arrière-plan, l’idée que, si l’on est capable de se serrer les coudes, rien ne nous est interdit, même d’être les meilleurs.
Et s’il n’y avait, même en ce temps de mondialisation, de bonne politique que nationale ? C’est le paradoxe que soutient Michel Guénaire dans « Le Génie français ». Génie ? « Le génie d’un peuple est son caractère dans l’histoire », écrit-il. Le génie français a trouvé son expression sous Louis XIV dans la construction de son Etat, « pouvoir incarné », articulant comme nul autre universalité et singularité.
On a cru que ce modèle était condamné par la mondialisation libérale, une inspiration proprement anglo-saxonne. Au nom de la mondialisation, on a prétendu qu’il fallait moderniser la France selon cet autre modèle, si étranger à son génie. Double erreur, selon Michel Guénaire : d’abord parce qu’un peuple disparaît s’il renonce à son génie, ensuite parce que, depuis le choc du 11 septembre, la mondialisation elle-même a changé de modèle. L’avenir est à nouveau aux Etats et à la volonté des nations. En témoigne en particulier l’exemple américain.
Michel Guénaire appelle les politiques français à prendre acte de ce tournant de la mondialisation qui redonne toute sa chance à la France et dessine les grandes lignes de ce que serait une telle politique.
Le génie français est la réponse la plus argumentée à la thèse du déclin. Que reproche Michel Guénaire à Nicolas Baverez et ses épigones ? La thèse du déclin est une thèse de la modernisation à partir de modèles étrangers. Alors que c’est en se plaçant au plus près de son propre génie que la France pourra retrouver, sinon puissance, du moins grandeur. Celle qu’elle tient de son génie.

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