Dans une rubrique « oui-non », face à Patrick Artus, directeur de la recherche économique chez Natixis, Franck Debié répond « Non, le monde est devenu trop mobile et complexe pour cela ».Nous ne sommes plus à l’époque des grands plans stratégiques élaborés au sommet de l’Etat. D’abord, la complexité du monde et l’extrême variabilité des marchés ne permettent plus de dessiner une stratégie d’ensemble. La planification a vécu, et plus personne ne peut croire aujourd’hui que l’Etat peut encore commander l’économie. Ensuite, dans un monde ouvert, il ne me parait plus possible de définir une stratégie de compétitivité globale pour la seule France. D’autant qu’elle a souscrit en 2000 à la stratégie de Lisbonne définie au niveau européen, et qu’elle s’apprête à la reconduire: elle commence à requalifier et à élargir sa population active, à flexibiliser son marché du travail, à libérer des énergies, même si elle a pris du retard sur l’agenda de Lisbonne, comme l’a montré récemment le rapport Cohen-Tanugi. Pour le reste, l’augmentation de la valeur ajoutée par l’innovation dépend intégralement des entreprises, et ce sont encore elles, et pas l’Etat, qui s’ajustent à la globalisation, et qui doivent prendre en compte ses effets. Si l’Etat doit impérativement se concentrer sur une réduction de l’endettement, pour ce qui est de la vie économique, il doit s’en tenir à faciliter la vie des acteurs, en simplifiant autant que possible leur environnement. Pour rallier les Français à son action, il doit les convaincre que l’existence de la solidarité nationale est intacte et qu’il existe un destin collectif pour les Français dans le monde. Mais en aucun cas revenir à la grande planification de l’après-guerre, menée par une nombreuse technocratie au sein des agences d’Etat. Le monde est infiniment plus mobile et plus complexe qu’il y a cinquante ans, et les vieilles recettes ne sauraient plus fonctionner.
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