Annoncée pendant la campagne de l’élection présidentielle par François Hollande, la Banque Publique d’Investissement (BPI) a été présentée et actée mercredi 17 octobre en conseil des ministres. La nouvelle entité est un établissement bancaire public qui vise à financer les dépenses nécessaires aux investissements des entreprises françaises. Le maître-mot est l’innovation, ouvrant même la voie à la création d’une filiale spécialisée dans cette tâche. Quant aux fonds de la BPI, ils sont principalement publics : 50 % proviendront de l’État, 50 % seront issus de la Caisse des Dépôts et des Consignations (CDC).

Relancer l’activité des entreprises, indépendamment de leur taille

N’importe quel entrepreneur – propriétaire d’une petite, moyenne ou grande entreprise – ne peut que se réjouir d’une telle nouvelle. Le crédit bancaire peine à redémarrer pour les TPE – TPI et PME – PMI ; les grandes entreprises établissent des plans de restructuration pour retrouver la compétitivité perdue. Jamais autant d’entreprises se sont vues contraintes de fermer, faute de financements adéquats et durables. À l’occasion de la conférence de presse donnée par Pierre Moscovici (avec Arnaud Montebourg et Nicole Bricq mais sans Fleur Pellerin, pourtant Ministre déléguée aux PME et à l’innovation), l’orientation capitalistique de la BPI sera la suivante : 20 milliards d’euros en prêts, 12 milliards d’euros en garanties et 10 milliards d’euros de capacité d’investissement en fonds propres. S’agissant du refinancement, la BPI pourra recourir à l’épargne privé : les marchés financiers et les particuliers (via le doublement du plafond du Livret de Développement durable et l’augmentation de celui du Livret A).

Emprunter auprès des marchés financiers : Le « Triple A », utopie ou réalité ?

Derrière ces nouvelles encourageantes pour l’entreprenariat français, des interrogations se posent en toute légitimité : La BPI peut-elle se refinancer sur les marchés financiers ? Quelles notes vont être attribuées par les agences de notations aux emprunts du FSI ? Ces questions ont le mérite d’être posées au regard de plusieurs éléments disponibles à ce jour. Il faut savoir qu’à la demande la BPI elle-même ou bien d’investisseurs, les émissions de titres de créances de la nouvelle entité peuvent être notées par Moody’s, Standard & Poor’s ou bien Fitch Ratings. Quand les mécanismes européens de soutien financier ont été lancés, leurs emprunts ont été excellemment notés. Pour le cas français, rien ne certifie que les agences de notations soient aussi clémentes, surtout au regard d’une dette publique qui va avoisiner les 91 %  en 2013.

Du Grand Emprunt à la BPI, de l’emprunt au sur-emprunt

La BPI, telle que prévue aujourd’hui, apporte une réponse maladroite au problème d’une croissance en berne. Alors que des fonds alloués à des projets d’infrastructures ont été gelés, l’État lance un organe bancaire public qui va emprunter pour financer des projets vecteurs de croissance. Si l’innovation est au cœur des préoccupations du Gouvernement et de la BPI, pourquoi avoir gelé une partie des crédits budgétaires (un milliard d’euros) du « Super métro automatique » ? D’autres infrastructures en font aussi les frais : des projets immobiliers (revalorisation du foncier, construction sur les toits, urbanisation des parkings commerciaux), fluviaux (renforcement des infrastructures le long de la Seine), aéroportuaires  (Rénovation des transports autour d’Orly et Roissy) etc. La BPI pourrait être amenée à financer ces travaux dans un avenir proche – donc emprunter – alors même que les fonds sont déjà disponibles via le Grand Emprunt.

La BPI, guichet unique aux multiples têtes

À ces doutes, s’ajoute que le fait que la BPI est une fusion d’organismes déjà existants : Oséo – actuelle banque de financement des PME, le Fonds Stratégique d’Investissement (FSI) – dans sa globalité, investissements dans les entreprises stratégiques et les PME, et enfin CDC Entreprises – filiale de la CDC. Ces organismes fonctionnaient très bien sans la BPI. Fonctionneront-ils mieux sous l’égide de la « Super BPI » ? Celle-ci devrait rassembler de nouveaux organes : des pistes mentionnent l’intégration d’Ubifrance, spécialisée dans l’aide à l’exportation pour les entreprises. Finalement la BPI, n’est-ce pas plus de la « coordination » que de « l’intégration » ?

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