Colloque « Vivre ensemble » : les chiffres

La France face à la crise

–          Un effort de solidarité a été produit à l’époque de la crise de 2008 : le minimum vieillesse et l’allocation adulte handicapé ont été augmentés de 25%, le RSA a été créé, il a injecté 3 milliards d’euros dans les revenus des plus modestes.

–          Le poids des dépenses socialisées par rapport au PIB a augmenté pendant la crise. La France est en tête des pays de l’OCDE en matière de dépenses socialisées.

–          L’objectif pendant la crise était de réduire d’1/3 le taux de pauvreté en 5 ans.

L’évolution des dépenses sociales en France

–          Le nombre d’allocataires du RSA sans activité aujourd’hui est le même que celui des allocataires du RMI fin 2007.

–          Les prélèvements sociaux en France ont augmenté de 6,1 points de PIB en 25 ans, alors qu’ils ont baissé de 0,7 points en Suède, et augmenté de 2,4 points en moyenne en Europe.

–          En France, les dépenses sociales représentent aujourd’hui 625 milliards d’euros et continuent d’augmenter  au rythme de 3 % par an. Sur une croissance européenne presque inférieure à 2%, 80 % de cette croissance va aux dépenses de santé, de vieillesse et de prestations. En France, l’impôt sur le revenu est de l’ordre de 8% contre 10,5% en moyenne en Europe.

–          Les prestations sociales en France aujourd’hui représentent près de 33% du PIB, c’est-à-dire 600 milliards d’euro.

Les conditions de vie des Français

–          14 % des Français sont en dessous du revenu de pauvreté, c’est-à-dire qu’ils ont moins de 60% du revenu médian.  Cela représente 7% des personnes de plus de 60 ans et 20% des personnes entre 20 et 25 ans.

–          1  Français sur 5 n’a jamais su ou ne saura plus lire, écrire ou compter.

–          Il y a 20 ou 30 ans, un contremaître gagnait 2 à 3 fois plus que le revenu d’assistance et  10 ou 15 fois moins que son patron. Aujourd’hui, il a le sentiment de gagner juste un peu plus que le revenu d’assistance et 150 à 200 fois moins que son patron.

–          D’après l’INSEE, l’année dernière, les 20 % les plus modestes de la population avaient un niveau de vie moyen égal à 7200 euros avant toutes aides, et égal à 11 000 euros après versement de diverses prestations.

La question des générations : dépendance, solidarité familiale, etc.

–          Les politiques familiales sont passées de 4,7% du PIB à 5,1% du PIB.

–          La solidarité ascendante (vis-à-vis des aînés) représente 25% du PIB. Elle se compose des  retraites, de la santé et du 5ème risque en cours de constitution.

–          La solidarité descendante représente 3 à 5% du PIB (à l’intérieur de la famille).

–          Les générations qui ont bénéficié de la société salariale, du plein emploi, de conditions à l’accès à des droits sociaux pleins et de conditions d’accumulation patrimoniale plutôt favorables ont aujourd’hui entre 70 et 75 ans. Elles ont bénéficié à la fois de redistributions sociales et des capacités d’épargne tout au long de leur existence, et vont transmettre des ressources à leurs enfants, mais ceux-ci ne seront pas en situation d’accumuler à leur tour des ressources pour leurs propres enfants.

–          La gouvernance est aux mains de générations de plus en plus âgées : il y a 30 ans, il y avait un député de plus de 60 ans pour un député de moins de 40 ans. En 2007, ce rapport est de neuf pour un. Il faut changer le système de gouvernance pour que les nouvelles générations soient représentées.

–          Les familles ne sont pas toutes monoparentales ou recomposées : 70 % des enfants vivent encore avec leurs deux parents biologiques.

–          La France dépense 1 % de PIB pour la dépendance des personnes âgées et 1 % pour les moins de six ans : avec l’évolution démographique  la dépense va passer à  1,5 % du PIB pour personnes âgées. Il faut inverser cette évolution et investir plus pour la petite enfance, augmenter l’âge de départ à la retraite et investir dans un service de qualité pour la petite enfance.

–          En 2050, les retraites vont représenter 10 à 15 % du PIB et  la santé entre 15 et 20 %.

Prendre en charge les personnes malades

–          Il y a en France entre 10 et 12 millions de « proches » auprès de personnes malades, dont 600 000 « aidants » de personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer. Un proche, c’est six heures consacrées à une personne malade. 7 malades sur 10 atteintes de la maladie d’Alzheimer en phase initiale restent à domicile.

–          Prendre en charge une personne malade à domicile coûte environ 15 000 euros. La prise en charge en institution coûte entre 25 000 et 30 000 euros.

La création d’entreprise, le microcrédit

–          Il y a eu 90 000 microcrédits distribués en 20 ans.

–          Il y a 15 000 microcrédits distribués par an, 15 000 créations d’entreprises et 15 000 créations d’emploi potentielles.

–          19 % des créateurs d’entreprises ont un niveau d’étude supérieur au bac.

–          En 2010, il y a eu 620 000 entreprises créées en France. 52 % d’entre elles ont démarré avec des plans d’entreprises inférieurs a 8000 euros.

Colloque « Vivre ensemble » : les recommandations

Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET

–          Aujourd’hui, travail et solidarité sont deux notions distinctes. Cela ne doit plus être le cas : la solidarité, qui est la définition même de la société, ne doit pas être séparée de la notion de travail.

–          Repenser le rapport à l’autre, la générosité, l’entraide, y compris – et peut-être avant tout – au sein de la famille : c’est ici que réside notre mission.

Roselyne BACHELOT-NARQUIN

–          Proposer des solutions dans le cadre de la réforme de la dépendance : les objectifs de solidarité et de performance ne sont pas antinomiques dès lors que les dispositifs visent à l’inclusion sociale.

–          Mettre en place une allocation de fin de vie pour accompagner un proche qui vit ses derniers instants.

Bruno LE MAIRE

–          Pour la première fois en France, il va falloir inventer un projet qui pense différemment la dépense publique et qui se fixe comme objectif le rétablissement de l’équilibre des comptes publics.

–          Remettre le principe de responsabilité au cœur d’un projet politique et ne plus tout attendre de l’État uniquement.

Laurent WAUQUIEZ

–          Proposer à des retraités de venir donner des cours de soutien dans les écoles, sans l’aborder de façon pécuniaire. L’incitation financière est réductrice et asphyxie le lien social. Il faut valoriser le sentiment de se rendre utile pour les autres, pour redonner un sens à la société civile.

–          Politique des séniors : faire en sorte que les seniors forment les jeunes qui arrivent dans le monde de l’entreprise. Créer un appareillage entre les générations et une transmission du savoir-faire.

–          Rouvrir le champ du social, qui est beaucoup trop restreint. Refaire une place aux classes moyennes qui sont aujourd’hui les exclues de notre approche du social.

Table ronde n°1 : Famille et solidarité intergénérationnelle

Louis CHAUVEL

–          Ne pas dépasser la dose prescrite de solidarité familiale, faire attention à ne pas s’enfermer dans l’assistanat familial.

–          Éviter les promesses intenables à l’égard des nouvelles générations (ex. promesse de la retraite à 60 ans).

–          Changer le système de gouvernance pour que les nouvelles générations soient représentées. Aujourd’hui, la gouvernance est aux mains de générations de plus en plus âgées. Cette situation doit changer.

Julien DAMON

–          Abaisser le droit de vote à 16 ans, âge auquel on a déjà la possibilité de travailler et de payer des cotisations.

–          Ne pas créer de « 5ème risque » (ou « risque dépendance »), mais mettre davantage l’accent sur la petite enfance  et augmenter l’âge de départ à la retraite.

–          Supprimer les multiples aides ponctuelles en faveur des 18-25 ans, et des parents ayant des enfants à charge, pour financer une dotation en capital servie aux jeunes dès la majorité.

Emmanuel HIRSCH

–          Prendre en considération la figure du proche. Les proches sont de plus en plus sollicités pour aider au quotidien les malades. Il faut donc mener une réflexion sur cette forme de solidarité complexe où les proches jouent un grand rôle. Un travail de pédagogie sociale est nécessaire pour travailler sur ces formes de solidarité

–          Faire en sorte que les aidants et les malades puissent continuer à vivre socialement à côté de la maladie. Une des solutions réside dans les petits gestes, les petits actes que chacun peut faire pour soutenir ces personnes.

Hervé MARITON

–          Chercher en 1er lieu de la solidarité au sein de la famille, puis se tourner vers d’autres formes de solidarité si cela ne suffit pas. Il peut être nécessaire de faire appel à la collectivité si la famille est dépassée ou manque de moyens.

–          Clarifier la définition de la famille, pour des questions administratives, judiciaires et financières (ex. reconnaissance de l’homoparentalité, des familles hypercomplexes, etc.).

–          Ne pas renoncer à l’obligation alimentaire malgré des situations familiales complexes.

Table ronde n°2 : La solidarité, ça n’a pas de prix ?

Son excellence Gunnar LUND

–          Exemple de la Suède : une réforme et un assainissement du système social sont possibles grâce à une meilleure flexibilité de l’économie.

Pierre MEHAIGNERIE

–          Nous sommes entrés dans un monde nouveau où il faut faire face à la mondialisation, au vieillissement des populations européennes, et aux  mutations technologiques. Pour affronter ces changements, il faut faire émerger une voix française qui associe trois enjeux : la compétitivité des entreprises, la réduction de la dette et la justice (en particulier la justice fiscale).

François EWALD

–          Au lieu de promettre une sortie de la dépendance, il vaut mieux proposer de pouvoir en assumer le risque. L’État doit donner aux citoyens les moyens de s’en assurer.

Nicolas BOUZOU

–          Pour sauver le système de santé en crise, il faut adopter une nouvelle disposition d’esprit : associer l’entreprise, la puissance publique et les associations.

–          Il faut distinguer ce qui relève de l’assurance et ce qui relève de la solidarité. Par exemple, faire du ski relève de l’assurance, une greffe de moelle osseuse relève de la solidarité. Les deux ne doivent pas être financés de la même manière.

Jacques DELPLA

–          Indexer la CSG maladie (contribution sociale généralisée) sur l’âge, comme en Suisse. On pourrait l’augmenter de 0,1 point par an, de manière graduelle sur les 10 ou 20 prochaines années.

–          Concernant la dépendance, les séniors devraient être solidaires des séniors. Comme ils ont un stock de capital bien plus important que celui des actifs, il faudrait faire peser une taxe sur cette population pour gérer la dépendance. On peut penser à une taxation très légère, de 0,2 à 0,5 % par an à partir de 60 ans.

Table ronde n°3 : La solidarité par l’innovation

Catherine BARBAROUX

–          Il faut considérer le travail indépendant comme une source d’emploi efficace, il faut faire confiance au savoir-faire associatif dans ce domaine.

–          Faire confiance à des personnes qui ne sont pas dans l’inclusion financière est possible : il faut valoriser le travail et l’inclusion financière par le microcrédit.

Florence LEDUC

Il faut repenser le contrat social et la responsabilité :

–          Concilier solidarité nationale et solidarité privée.

–          Mettre en place une responsabilité équilibrée entre société et individus.

–          Aider les aidants.

–          Faire en sorte d’empêcher que les femmes soient touchées par la double peine (elles sont à la fois plus dépendantes et plus aidantes).

Serge PAUGAM

–          Il ne faut pas oublier la part de « reconnaissance » intrinsèque au lien social (« compter pour les autres »). C’est une dimension essentielle pour que le lien social existe, il ne faut pas prendre en compte uniquement l’aspect « protection » (« compter sur les autres »).

–          Ne pas confondre dérégulation normative et affaiblissement du lien social dans les cités. Dans les cités, les individus ne sont pas sans lien. Ils créent des liens qui leur permettent de combattre l’insécurité, la pauvreté et la dérégulation normative.

–          Réfléchir à la pluralité des liens sociaux. Il ne faut pas imposer un système normatif unique, mais écouter les plus défavorisés et construire un monde dans lequel ils seraient mieux intégrés.

Arnaud ROBINET

–          En finir avec cette tendance fâcheuse qui consiste à injecter de l’argent public pour régler les problèmes. Il va falloir se sevrer du « tout État » et placer l’activité civile au cœur de l’action sociale.

–           Développer l’économie sociale et solidaire, renforcer les fonds propres des associations, renforcer l’entreprenariat social. Certaines écoles (HEC) explorent déjà ces pistes.

–          Les centres sociaux et socioculturels devraient être considérés comme les éléments centraux d’une véritable stratégie par l’État. L’investissement de l’État doit être clairement redirigé vers ces structures.

–          Consolider la RSE (responsabilité sociale de l’entreprise). La crise a redonné de l’importance à cette notion.

Thierry WEIBEL

–          Les technologies 2.0 sont des espaces de socialisation qui s’adressent à tout type de populations. C’est un véritable outil de lien pour les personnes diminuées, handicapées, pour les populations en devenir et pour les personnes en difficulté dans leur relation à l’autre.

–          Administration 2.0 : le service public de demain doit se saisir de ces technologies très efficaces et très peu coûteuses pour améliorer l’aide sociale  Cela peut permettre de compléter les prestations du service public et de diminuer leurs coûts.