La Fondation pour l’innovation politique était partenaire du premier Forum international de l’Agriculture, Planet A. Placée sous le Haut Patronage du Président de la République française, cette initiative a eu lieu à Châlons-en-Champagne les 28 et 29 juin 2018 et a rassemblé 400 dirigeants d’entreprises, chercheurs, universitaires, représentants d’ONG et acteurs publics du monde entier. Lors de cet événement, des plénières conduites par des experts, des talks portés par des innovateurs venus du monde entier ainsi que divers ateliers de travail, permettront de définir les grands enjeux stratégiques et de formuler des propositions innovantes.

1ère Partie – Discours d’ouverture

  • Benoist Apparu, maire de Châlons-en-Champagne

Planet A réuni 400 personnes, représentants trente-deux pays différents, issus de cinq continents. Qu’ils soient responsables d’ONG, ministres, ambassadeurs, chefs d’entreprise, de start-up ou experts, tous partagent le même diagnostic : l’agriculture est à la croisée des chemins.

Il doit y avoir une révolution agricole répondant :

– au défi alimentaire (nourrir bientôt 10 milliards d’êtres humains alors qu’aujourd’hui 1 milliard de personnes n’arrivent pas à le faire) ;

– à la préservation de nos ressources (eau, sols, etc.) ;

– à la réalisation de la transition énergétique pour limiter les effets du changement climatique.

Face à ces trois enjeux, qui peuvent paraître contradictoires, l’agriculture est une solution.

Le forum doit s’avérer utile, permettre l’émergence d’idées et d’engagements. Planet A est un forum d’échanges et de propositions. Planet A a également pour objectif de créer un Institut de hautes études de l’agriculture (IHEDA) pour former des cadres dans ce domaine (avec un équivalent dans un an pour les cadres dirigeants africains). Planet A doit également former à la data agricole et inaugurer une Cité de l’agriculture ouverte au grand public. Il sera essentiel de mettre en place à l’échelle internationale les résolutions prises ici, avec une volonté d’innovation dans tous les domaines.

Pour arriver à cela, nous participerons à des réflexions sur différents sujets lors de la journée des ateliers de travail, puis nous effectuerons une restitution de ce qui a été fait. Il faudra ensuite agir, et mettre en œuvre les engagements. Un livre blanc sera créé et remis au président de la République. Le but est de devenir le forum international préparant au One Planet Summit.

  • Jean Rottner, président de la Région Grand Est

Planet A est le début d’une aventure scientifique, intellectuelle… Le monde connaît une grande transition. Ne pas accompagner les changements liés à cette transition (climat, santé, industrie, économie…) nous contraindra à les subir. Quand l’agriculture devra nourrir 10 milliards d’humains il faudra trouver des solutions et il faut dès maintenant faire preuve d’anticipation ; c’est la raison d’être de Planet A. C’est dans un temps long et grâce à la rencontre d’experts et de décideurs que le forum trouvera tout son sens. Au temps du protectionnisme ou du repli sur soi, il est urgent de collaborer autour de ces questions.

En France, nous avons tendance à regarder uniquement notre cas national (la PAC, par exemple). Il faut envisager le futur, le développement. Planet A doit nous faire prendre du recul et de la hauteur. Comment développer des exploitations connectées, écologiques ? La ferme du futur est une priorité de la Région Grand Est qui accompagne les agriculteurs et les viticulteurs. Le but est d’accompagner chaque année 50 exploitations vers la ferme de demain. Les agriculteurs sont attachés à leur terroir. L’agriculture ne doit pas être uniquement une question économique.

2ème partie – L’agriculture, au cœur des grands enjeux mondiaux

Le monde connaît un changement de paradigme fondamental. Assise sur des terres perçues comme illimitées, l’humanité en expansion rapide a pris conscience que sa survie reposait sur un monde limité et sur une planète unique et fragile. Souvent concentrés sur la recherche de solutions adaptées à leur contexte local, citoyens et agriculteurs sont désormais appelés à prendre conscience de l’interdépendance des territoires.

  • Albadé Abouba, ministre d’État de l’Agriculture et de l’Élevage, Niger

Le Niger est l’un des plus vastes pays d’Afrique avec 22 millions d’habitants et un fort taux démographique. Sa population double tous les dix-huit ans et le Niger sera bientôt le pays le plus peuplé en Afrique de l’Ouest après le Nigeria. Cela entraîne une émergence de problèmes liés à l’alimentation et à l’agriculture. Le Niger est un pays aride, frappé par le changement climatique, la baisse des prix des matières premières et des problèmes de sécurité avec le terrorisme. Mais l’agriculture reste le principal levier de développement (le secteur emploie 80 % de la population active et représente 41 % du PIB national).

En 2011 eut lieu le lancement par la Présidence d’une politique agricole pour résoudre les problèmes liés à la sécheresse et pour éradiquer la famine. L’objectif était d’arriver à nourrir toute la population et d’améliorer l’hygiène de vie. Cela s’est traduit par une diversification des productions et cultures, une sécurisation des aliments, une gestion durable des terres, une valorisation des produits forestiers, une amélioration de la commercialisation et des transports dans les villes, une prise en charge des crises (changement climatique, aide les ménages face au déficit de production et divers risques…) une animation et une coordination des réformes politiques.

Il faut inverser la tendance de perte de terres et de perte d’eau (lac Tchad et lac Niger) ; Les objectifs pour 2021 sont la baisse de la pauvreté dans les villages et la diminution de l’immigration clandestine et du terrorisme.

Malgré des blocages et des fragilités, l’agriculture est une solution concrète et durable aux problèmes économiques, sanitaires, politiques, environnementaux et sécuritaires. Le Niger dispose d’atouts importants, comme des zones d’élevage et d’agriculture lui donnant des avantages comparatifs.

  • Pierre Blanc, professeur de géopolitique à Sciences Po Bordeaux et Sciences Agro Bordeaux

La terre est intimement liée à la paix. L’agriculture est donc facteur de puissance. Quelques exemples historiques le montrent :

– les États-Unis se sont développés grâce à l’exportation de biens agricoles au xixe siècle, puis ils ont mené une politique agricole de containment durant la guerre froide ;

– la Russie était la première exportatrice de céréales avant 1914. L’émergence de l’URSS et le repli économique ont amené à un déclin de sa puissance. Aujourd’hui, la Russie veut se réaffirmer et utilise ses céréales à des fins géostratégiques ;

– la Chine a été le théâtre d’une révolution paysanne en 1949, puis du Grand Bond en avant. Celui-ci s’est accompagné d’un effondrement du pays. Durant les années 1980, la Chine a redécollé grâce aux réformes de l’agriculture ;

– l’Europe a été soutenue par la PAC (qui représente encore aujourd’hui environ 38 % du budget européen) ;

– les pays du Moyen-Orient sont très enclavés, très arides. La Syrie a mis en place une politique qui lui a permis d’être autosuffisante pour être indépendante des États-Unis et de l’URSS.

L’inégalité d’accès aux terres (inégalité foncière) est source de conflits :

– aux États-Unis, la répartition foncière égalitaire a permis la stabilité de la démocratie américaine, tandis qu’en Amérique latine la forte inégalité foncière a entraîné de la violence et des révolutions, comme au Mexique, et se trouve à l’origine du trafic de drogue et des violences, comme en Colombie ;

– aux Philippines, le nord a été conquis par les Espagnols, à l’origine d’inégalités agraires, ce qui a permis le développement de guérillas puis d’une radicalisation de certains paysans avec des phénomènes d’islamisme et de djihadisme ;

– en Afrique, la situation diffère selon les endroits. L’Afrique issue de la colonisation de peuplement est le théâtre de conflits et d’inégalités foncières. Dans d’autres colonies, il y a des ambiguïtés liées à la coexistence de règles coutumières et de règles publiques : la puissance publique donne des terres aux investisseurs, alors que les populations locales pensent que cela leur revient selon les règles coutumières.

 

3ème partie – Table ronde : Les grands défis d’un nouveau monde

Cinq grands témoins dressent un état des lieux des dynamiques à l’œuvre au niveau mondial. Leurs visions croisées apportent un éclairage nécessaire pour nourrir la réflexion des participants.

  • Danielle Nierenberg, directrice générale de Food Tank, États-Unis (modérateur)

Les fermiers produisent entre 70 et 80 % de la nourriture mondiale, ce sont pourtant souvent les premiers à souffrir de malnutrition. Il est nécessaire de reconnaître leur travail et de les accompagner (éducation, formation, financement, etc.).

  • Rattan Lal, professeur de science des sols et colauréat du prix Nobel de la paix 2007, Ohio State University, États-Unis

Utilisation des ressources naturelles par l’agriculture :

– 49 % de la surface terrestre est utilisée à des fins agricoles ;

– 77 % des terres agricoles sont consacrées aux animaux et 23 % aux cultures de vente ;

– 70 % des prélèvements mondiaux d’eau douce sont utilisés pour l’irrigation ;

– 30-35 % des émissions de gaz à effet de serre sont dues à l’agriculture.

Et pourtant 1 personne sur 7 vit dans l’insécurité alimentaire et 2 à 3 personnes sur 7 sont mal nourries. Le monde produit assez de nourriture pour 10 milliards de personnes (l’équivalent de la demande d’ici à 2050).

Les défis à relever sont nombreux : réduction du gaspillage, amélioration de l’accès à l’eau et à la nourriture, meilleure distribution, restauration de terres arables, amélioration des agrosystèmes.

  • Thierry Blandinières, directeur général d’InVivo

L’objectif du forum Planet A est de penser une troisième voie entre agriculture locale et agriculture productiviste, pour une meilleure prise en compte des tendances sociétales et environnementales. Le 100 % biologique ne sera pas capable de produire suffisamment pour 10 milliards de personnes, donc quel usage des nouvelles technologies pour trouver des solutions ?

Dans le cadre de la PAC 2020, il est nécessaire de trouver les leviers financiers.

Il faut aussi commencer à mieux travailler ensemble avec l’Afrique, on en parle beaucoup mais il faut commencer à agir. Par exemple, pour la France, il s’agit d’apaiser les relations avec l’Algérie pour mettre l’agriculture au cœur des discussions.

  • Yanfeng Ding, vice-président de la Nanjing Agricultural University

L’agriculture est l’enjeu le plus important pour la Chine à cause de la taille de la population.

Cinq grands changements dans l’agriculture en Chine peuvent être observés :

– grâce aux progrès des cinq dernières années, la production alimentaire a atteint 600 milliards de kilos par an et la moyenne par personne a atteint le niveau mondial ;

– la Chine a augmenté sa production de viande et de poisson ;

– il y a eu un progrès dans les équipements agricoles ;

– il y a un  respect croissant de l’environnement et une diminution des pesticides ;

– il y a une augmentation des revenus des agriculteurs chinois (croissance de 50 % sur les cinq dernières années).

La Chine est face à plusieurs défis : démographie, pauvreté, manque de terres, manque d’eau, pollution environnementale, déséquilibre entre les régions.

Face à cela, il existe différentes solutions, le gouvernement insiste sur cinq idées : l’innovation, la coordination, l’agriculture biologique, l’ouverture sur le monde et le partage.

 

  • Stéphane Mousset, président Fida-ONU

Le Fonds international de développement agricole (Fida) est un fonds d’investissement au service du monde rural et de la lutte contre la pauvreté. Plus des trois quarts des pauvres dans le monde vivent dans le monde rural. On ne peut pas réduire l’agriculture à sa dimension utilitariste, il faut une approche holistique liée à l’environnement. Au Fida, le projet est la transformation rurale : « L’agriculture est le premier des arts. » Le Fida a aidé 25 millions de personnes à sortir de la pauvreté. ABC Fund va bientôt ouvrir pour soutenir les PME agricoles. La Fida s’appuie sur ce que l’on appelle les « 4 P » : partenariat public-privé-producteurs.

4ème partie – Discours du Premier ministre Édouard Philippe

 Le Premier Ministre entame son discours en parlant du livre Effondrement, de Jared Diamond.

Les gens qui réfléchissent à l’environnement et à la gestion des ressources citent ce livre comme celui qui leur a ouvert les yeux car il raconte des expériences vécues par des sociétés, partout sur la planète, qui ont été confrontées au risque d’innovation ou à l’effondrement à cause d’une mauvaise prise en compte de leur environnement (naturel ou géopolitique). Ces sociétés se rendaient compte qu’elles n’avaient plus d’autre alternative que s’effondrer ou se transformer. Le livre de Diamond analyse l’effondrement de celles qui n’ont pas su s’adapter à la réalité. À toutes les périodes de l’histoire, des hommes et des femmes ont parfois pris de bonnes décisions en faisant appel à des techniques nouvelles. Nous sommes partout sur la planète dans une situation où nous devons nous poser la question : transformation ou effondrement.

Pour y répondre il n’y a pas d’autre méthode que l’intelligence collective, l’expérimentation et l’analyse de ces expérimentations. La question qui se pose dans ce contexte est complexe car elle se pose à l’échelle de la planète.

Sur la question de l’alimentation : dans les cinquante-soixante dernières années, il y a eu une évolution de l’alimentation qui n’a pas d’équivalent dans les millénaires précédents. La façon dont nous produisons ce que nous mangeons, le transportons et l’envisageons, tout s’est mécanisé, massifié, mondialisé, peut-être uniformisé. Mais cela a aussi eu des impacts négatifs comme la malbouffe, la malnutrition, l’inégale répartition des ressources, le gaspillage, la piètre qualité de certains aliments, les difficultés d’accès aux ressources…

Nos ressources (eau, sols, vivant…) subissent de grandes pressions :

– pression climatique, qui provoque une augmentation du nombre de réfugiés ;

– pression économique, augmentant la volatilité des cours et des déséquilibres ;

– pression technologique, avec le numérique qui transforme la façon d’envisager les productions agricoles. Le consommateur du xxie siècle a des doutes, des craintes, des exigences affirmées.

La France a beaucoup de chance car elle a des agricultures basées sur des modèles différents, ce qui permet de faire coexister une agriculture exportatrice et une autre tournée vers des produits locaux.

Nous devons repenser, adapter ce qui existe, redéfinir un modèle durable et conforme aux enjeux de l’époque. La France est depuis longtemps une grande puissance agricole. Les États généraux de l’alimentation organisés en juillet-décembre 2017 ont réuni toutes les parties prenantes, celles qui avaient à dire et à faire : quatorze ateliers thématiques et des objectifs, réduits mais vastes, afin de permettre de trouver des moyens garantissant qu’on augmente la création de valeur pour en assurer l’équitable répartition, accompagner la transformation des modèles agricoles et garantir à tous une alimentation saine sûre et durable. Le Parlement a commencé à examiner des engagements de ces États généraux pour les retranscrire en lois, telle la présence d’au moins 50 % de produits biologiques locaux dans la restauration collective.

Grâce à la France, la prolongation d’autorisation d’utilisation du glyphosate a été retenue pour cinq ans au niveau de l’Union européenne, au lieu de dix. L’objectif de mettre fin en France aux principaux usages du glyphosate d’ici à trois ans et à tous les usages d’ici à cinq ans. Il faut alors organiser de façon concrète, confiante et concertée cette transition des agriculteurs. Il serait scandaleux de laisser quiconque dans une impasse. L’idée est de trouver des solutions pratiques.

Concernant les abeilles et les insectes pollinisateurs, dans certaines régions de Chine des ouvrières sont obligées d’assurer la pollinisation à la main. Il faut renforcer les mesures pour protéger les pollinisateurs, notamment par l’interdiction des néonicotinoïdes qui attaquent le système nerveux des abeilles.

Nous demandons beaucoup d’efforts aux agriculteurs dans un contexte de concurrence (mais la concurrence n’est pas forcément à craindre). On ne voit que le risque des importations avec l’ouverture des marchés mais la possibilité des exportations est un bienfait.

5ème partie – Talks : Des idées pour l’avenir…

Trois personnalités inspirantes livrent leur vision sur les problématiques clés de l’agriculture au niveau mondial et posent les bases de solutions crédibles pour l’avenir.

  • Hayden Montgomery, représentant spécial de la Global Research Alliance on Agricultural Greenhouse Gases, Nouvelle-Zélande

Thème : Accroître la production agricole sans augmenter les émissions de gaz

Dans le contexte du changement climatique, du besoin de sécurité alimentaire et du développement durable, l’objectif de l’Accord de Paris est de maintenir l’augmentation de la température à 2 °C tout en éradiquant la faim, en renforçant la sécurité alimentaire et la consommation responsable, et en limitant le changement climatique.

On a réduit les gaz à effet de serre pour les principales matières premières et aussi un certain nombre de produits comme le poulet, mais cela reste insuffisant.

Il y a de grandes différences si on met en place de nouvelles solutions pour optimiser les coûts. Le but de la Global Research Alliance est de se rassembler. On estime que les États membres représentent 60 % des émissions.

Il faut d’abord mesurer avec précision les émissions dans les différents pays, car les données manquent encore pour certains pays. La deuxième plus grande source de méthane provient des matières fécales des animaux. Un des solutions est de changer ce qu’ils mangent pour réduire les émissions.

Il faut également capturer le carbone dans les terres bien qu’on manque encore de connaissances à ce sujet et que parvenir à séquestrer le carbone reste compliqué, mais c’est l’une des solutions.

  • Fabrice DeClerck, directeur scientifique de la EAT Foundation, Norvège

Thème : Une alimentation saine et responsable

L’objectif est de servir des plats plus simples et plus durables aux consommateurs pour le bienfait de la planète.

Plusieurs défis se posent :  l’agriculture est à l’origine de 20 % du changement climatique et la façon dont on produit la nourriture est la clé de la stabilité puisque la nourriture devient une cause majeure de mortalité (sous-nutrition, diabète, obésité, maladies…).

Il faut se concentrer sur la production et la consommation. Protéger la moitié de la terre permettrait de protéger 85 % de la biodiversité. Il est nécessaire d’imaginer des régimes alimentaires plus durables, de nouvelles façons de travailler et de collaborer, repenser le travail de la ferme. Il faut améliorer l’intégration, l’itération et l’engagement du business et des politiques publiques, diversifier notre régime, transformer la façon dont les aliments sont emballés. Varier la consommation de viande est fondamental :par exemple, en France, il y a des milliers d’espèces d’escargots et, dans d’autre pays, des insectes qui peuvent nous amener à changer nos régimes alimentaires.

  • Philippe Ducroquet, auteur de « Atlas des politiques agricoles et alimentaires »

Thème : Pas de résolution de la nutrition sans volontarisme politique

L’éradication de la sous-nutrition est loin d’être achevée. On pensait qu’on allait vers la faim zéro d’ici à 2030 mais ce n’est pas le cas (la sous-nutrition diminue en Asie et en Amérique latine mais augmente en Afrique et au Moyen-Orient). Cela dépend non pas du potentiel du pays mais des surfaces cultivées, dont le taux n’augmente pas vraiment (ce sont plutôt les rendements qui augmentent, et seulement si les politiques agricoles sont efficaces). Exemple : on peut encore cultiver 200 millions d’hectares, ce qui représente un dixième de ce qu’il faudrait.

Les petites exploitations sont très largement majoritaires (85 %), mais ne détiennent que peu de terres par rapport à l’agriculture d’investissement. Les politiques publiques doivent être tournées vers les petites exploitations.

Une politique alimentaire efficace doit être accompagnée de la mise en place d’infrastructures publiques en milieu rural et d’un développement des autres secteurs.

À long terme, on doit intégrer, en suivant les besoins nationaux, les techniques agricoles, les organisations agricoles, la transformation des produits et les moyens financiers.

  • Adepeju Adebajo, ministre de l’Agriculture de l’État d’Ogun, Nigeria

Thème : Partenariat public-privé (PPP)

Étude de cas de l’île Dotun : depuis trente ans, 80 % de la forêt a disparu au Nigeria. Cela a d’importantes conséquences sur l’eau, la biodiversité, la productivité et la sécurité alimentaire. L’écosystème a pourtant du potentiel, et l’agriculture est la solution, elle doit être remise au centre du sujet. L’entreprise InVivo a mis en relation les investisseurs privés avec les fermiers pour aider les petits fermiers et favoriser l’agriculture responsable, refertiliser les sols et purifier l’eau pour produire mieux et plus. Cela a commencé sur l’île Dotun, où des consultations ont eu lieu avec les fermiers locaux pour mettre en place des partenariats public-privé (PPP) : des partenaires se mettent ensemble et investissent dans les terres où l’agriculture bénéficie à la population locale (emplois, énergie renouvelable, éducation, santé, infrastructure…).

 

  • Clément Ray, cofondateur et président d’Innovafeed, France

Thème : Nouvelle alimentation animale

Dans un contexte de transformation des habitudes alimentaires et de croissance des populations, et alors que l’Union européenne importe 70 % de protéines de l’alimentation animale, la production de protéines d’insectes pour nourrir les poissons d’élevage pourrait être une solution durable. Aujourd’hui, le frein à l’élevage de poissons est leur nourriture. Innovafeed relève le défi d’industrialiser la filière insectes, de l’élevage à la transformation d’insectes en protéines et lipides, afin d’injecter ces protéines dans la boucle alimentaire. Cela a pour bénéfice de mettre en place un modèle circulaire, naturel et de bon sens, puisque c’est un retour au régime sauvage des poissons, tout en ayant un impact positif sur la santé car cela est moins polluant et bénéfique pour le développement durable. Il reste le défi de s’industrialiser et de se déployer. Un partenariat avec Auchan a été mis en place.

  • Krishna Kumar, CEO de CropIn, Inde

Thème : Smart data et rendements

Solution d’interconnexion entre tous les acteurs aux différents niveaux de l’écosystème. Beaucoup de défis (climat, dégradation des sols, usage abusif des pesticides). CropIn répond à l’agriculture que nous souhaitons en travaillant avec des compagnies agricoles, des fermes, et s’applique à faire participer les fermiers pour augmenter le partage d’informations. CropIn aide les fermiers à gagner plus, à combattre les maladies, etc. Les banques ont besoin d’informations : c’est un échange de bons procédés.

Smart farm et connected farm aident le fermier à améliorer sa productivité.

Travaille dans plusieurs pays (Afrique, Europe, Amérique latine, Asie) et rassemble 3 millions de fermiers, présent dans vingt pays.

  • Mariama Mamane, Jacigreen, Niger

Thème : Dépollution et valorisation

En 2016, 3 Africains sur 4 n’avaient pas accès à l’électricité et, au Niger, la proportion atteignait les 90 %. Seuls l’Afrique du Sud et le Ghana sont au-dessous de 50 %. L’Afrique compte aujourd’hui 760 millions d’habitants ; ils seront 2 milliards d’ici à 2050. Par ailleurs, quelque 38 % de la surface cultivable de la planète a été dévastée.

L’idée de Jacigreen est de parvenir à transformer des plantes qui ont des particularités de phyto-épuration, comme la jacinthe d’eau, pour qu’elles dépolluent les cours d’eau, en particulier le Niger qui est très pollué. On arrive aujourd’hui par ce processus à extraire entre 93 et 100 % des éléments polluants d’un cours d’eau traité.

Ce projet fait donc ses preuves mais a besoin d’investissements extérieurs pour se développer, notamment par la campagne de crowdfunding lancée à cet effet. En généralisant ce processus, on pourrait participer à la dépollution du fleuve Niger.

  • Jérôme Fabre, président de la Compagnie fruitière, France

Thème : Agriculture inclusive et responsable

Notre entreprise a huit ans et emploie 20 000 personnes, principalement en Afrique ; sa première production est la banane. Elle considère que, pour durer dans le temps, elle doit s’intégrer dans son environnement (naturel et humain). Une entreprise de cette taille impacte 200 000 personnes, la plupart en Afrique. Il est alors inenvisageable de ne pas avoir une politique durable.

L’entreprise doit s’intégrer dans le contexte local et ne peut être isolée du reste de son environnement. La démarche choisie par la compagnie fruitière est l’empowerment. L’entreprise met en relation des agriculteurs locaux avec de nouveaux marchés et fait en sorte que l’argent des agriculteurs soit directement reçu par eux. Ce sont eux qui décident de façon autonome quoi en faire et qui développent des initiatives pour améliorer leur environnement.

L’entreprise met à la disposition des agriculteurs et producteurs locaux sa propre chaîne de valeurs. Cela leur permet de s’ouvrir à de nouveaux marchés et de stabiliser leurs ventes par des partenariats dont ils peuvent se libérer à tout moment. Par exemple, au Gabon, la création de la start-up La Clé des champs a permis d’interconnecter 200 producteurs locaux qui n’avaient pas accès aux marchés les plus bénéfiques et de leur permettre d’y avoir accès avec des prix stables.

Autre étape : aller vers l’agriculture biologique. Pour cela, utilisation de 100 000 tonnes de compost, mais besoin du partenariat des autres agricultures présentes pour le produire. On trouve de la matière organique dans les exploitations de l’entreprise et chez des partenaires locaux. Exemple : cabosses de cacao, feuilles de bananier, fientes de poulet, bouses de vaches, mais localement, car transporter 100 000 tonnes coûte trop cher. Il faut donc développer l’interdépendance entre tous les acteurs locaux pour stimuler la coopération.

Développement d’incubateurs : l’agriculture c’est aussi le monde de la tech et des start-up, et l’on a ainsi développé deux incubateurs, avec dix entreprises viables qui en sont sorties.

  • Noreen Lanigan, directrice de The Irish Food Board, Irlande

Thème : Attractivité des territoires

En Irlande, le métier d’éleveur se transmet de génération en génération. Le pays a une forte tradition agricole, avec un attachement aux terres et à l’environnement. Ayant vécu la famine il y a à peine cent ans, la population est sensible à la faim dans le monde.

Mode de production agricole qui génère 30 % des émissions du pays mais, d’après une étude de la Commission européenne, l’Irlande a l’empreinte la plus basse pour les produits laitiers et les filières bovines.

Agriculture irlandaise : prendre de l’avance sur la réglementation européenne et internationale.

Démarche actuelle : lancement du programme Origin Green (regroupant plusieurs sociétés de l’agroalimentaire). Les adhérents à Origin Green représentent 90 % des exportations irlandaises.

Maximin Charpentier, président de la chambre d’agriculture de la Marne, France

Thème : Agriculture productrice de carbone

Le sol est un potentiel énorme pour capter du carbone renouvelable. L’agriculture en produit, ce qui permet d’envisager à l’avenir des économies circulaires et durables. Maximiser la captation de ce carbone renouvelable issu de la photosynthèse, c’est maximiser un énorme potentiel. Mais cela sous-entend qu’il faut que l’agriculture produise au maximum. A priori, cela inquiète et on pense à la pollution. C’est faux, puisque 1 hectare de blé ou de maïs capte quatre à huit fois plus de CO2 qu’il n’en émet. C’est un puits de carbone, à comparer avec le bilan énergétique de l’agriculture. Si on diminue l’impact des engrais avec plus de légumineuses et en allongeant les rotations, on peut en éliminer 50 % des émissions carbone.

Si l’on extrapole cet exemple à la planète tout entière, on peut dire qu’on sous-estime le levier carbone. On travaille (en gagnant peu) pour rien. Nous payons cher une énergie fossile et ne valorisons pas ceux qui produisent du carbone renouvelable.

Il faut dépasser la seule finalité « produire pour nourrir », décloisonner les filières et penser à l’échelle d’une rotation.

  • Abdou Maman Kané, fondateur de Techinnov, Niger

Thème : Irrigation numérique

Télé-irrigation : irrigation par téléphone avec des panneaux solaires. Smart agriculture où l’on maîtrise la chaîne de valeurs.

Gestion de l’eau : les nappes phréatiques se rechargent deux fois plus en Afrique qu’ailleurs. La démographie est galopante et doit être un atout. D’ici à 2025, il y aura 2 milliards d’Africains, dont beaucoup de jeunes. Avec presque 3 % de croissance par an en Afrique, comment nourrir la population avec le continent amputé de sa jeunesse (urbanisation, exode…) ?

Le téléphone est très utilisé en Afrique, les jeunes sont friands de la technologie mobile. L’idée est d’utiliser le digital pour maîtriser la gestion de l’eau. Il s’agit de rompre avec les anciennes méthodes. C’est la télé-irrigation, où le téléphone déclenche celle-ci en temps réel. Les Africains ayant presque tous un appareil mobile, c’est une vraie opportunité.

Fertilisation intelligente : avec une interaction entre l’eau, le sol, le fermier et le téléphone.

Utilisation du traitement de l’eau pour la rendre potable.

Intégration des services pour faire une ferme digitale écologique, pour rationaliser la production, éviter le gaspillage et lutter contre le réchauffement climatique.

Les autorités du Niger soutiennent le projet. Le Niger est aride, les pluies sont aléatoires, l’accent doit être mis sur la maîtrise de l’eau, et la télé-irrigation le permet.

  • Nour Akbaraly, CEO des Nouveaux Affineurs, France

Le but est de repenser un produit emblématique de la gastronomie française, le fromage. C’est un produit très varié tant au niveau du goût que de la forme ou du terroir.

L’entreprise ajoute à cette diversité en respectant l’exigence gastronomique. Il y a sans cesse plus de végans ou de végétariens, surtout chez les jeunes. Les gens cherchent des alternatives aux produits carnés.

N’ayant pas de lait, le produit ne s’appelle pas fromage. Il y a beaucoup moins d’émissions de gaz à effets de serre, une consommation d’eau inférieure de 70% et un usage de la terre inférieur de 80% que pour la production de fromage.

Les Nouveaux Affineurs sont en collaboration avec des fromagers ayant du savoir-faire et l’entreprise est accompagnée par l’INRA, sur le campus de Paris Agro-tech.

La phase R&D a duré un an et demi, très prochainement les premiers produits seront lancés, à partir de noix de cajou et de soja. C’est un véritable basculement de la protéine animale à la protéine végétale. 

7ème partie – Groupes de travail

Pour conclure cette première journée, les participants du forum se sont rassemblés en équipes de travail pour partager leur expertise et proposer des solutions innovantes pour les grands défis agricoles tels que : la sécurité alimentaire en zone de conflit, le gaspillage alimentaire…