Cette discussion intitulée La France a-t-elle renoncé au progrès? se déroule autour des livres OGM, la question politique de Marcel Kuntz et Ils ont perdu la raison de Jean de Kervarsdoué. Le débat se déroule entre les auteurs, Yvette Dattée, Marc Fellous et Dominique Reynié.

Débat La France a-t-elle renoncé au progrès ? M… par fondapol

La Fondation pour l’innovation politique a organisé jeudi 10 juillet 2014 une discussion sur le thème : « la France a-t-elle renoncé au progrès ? ». Celle-ci était articulée autour des livres de Marcel Kuntz, OGM, la question politique, paru aux Presses Universitaires de Grenoble, et celui de Jean de Kervasdoué, Ils ont perdu la raison, publié par les éditions Robert Laffont.

Marcel Kuntz, docteur d’Etat et directeur de recherche au CNRS et Jean de Kervasdoué, ingénieur agronome, ingénieur des ponts et des forêts, membre de l’Académie des technologies, professeur émérite au Conservatoire nationale des arts et métiers, étaient entourés de Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, Yvette Dattée, directrice de Recherche honoraire à l’INRA, membre de l’Académie d’Agriculture et secrétaire générale de l’Association française des biotechnologies végétales (AFBV), et Marc Fellous, professeur émérite de génétique humaine à l’Université Denis Diderot et à l’Institut Cochin, ancien président de la Commission du Génie Biomoléculaire et président de l’AFBV.

 « Il n’y a pas de vin naturel, il n’y a pas de froment naturel. Le pain et le vin sont un produit du génie de l’homme. La nature elle-même est un merveilleux artifice humain » – Jean Jaurès

 Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l‘espérance de vie a augmenté, la mortalité infantile a diminué, la productivité agricole n’a cessé de s’améliorer, rendant la nourriture meilleure, plus saine, variée, fraîche et abondante. Cependant, Jean de Kervasdoué souligne que pour la première fois le progrès s’est arrêté : en 2012 l’espérance de vie des femmes a pour la première fois baissé. On pourrait croire qu’aujourd’hui le monde politique a tourné le dos au progrès et à la science dans le but de respecter un controversé principe de précaution. Pour Jean de Kervasdoué, l’époque des sophistes serait de retour : leur priorité n’est pas la vérité mais celle de convaincre les autres. Dominique Reynié signale la prolifération d’un discours pseudo-scientifique et une politisation du discours réellement scientifique. Ces deux tendances rendant difficile la tenue d’un réel débat scientifique. C’est pourquoi, selon Marcel Kuntz, le débat sur les OGM dure ainsi depuis 17 ans. La plupart du public semblant croire que c’est une querelle scientifique alors que, selon lui, ce ne serait qu’une controverse politique.

Les OGM, c’est quoi ?

C’est Yvette Dattée qui nous propose une définition des Organismes Génétiquement Modifiée (OGM) ou plus précisément des plantes génétiquement modifiées. Ce serait des plantes dans lesquelles il a été introduit, par des méthodes diverses et en utilisant la culture de cellules, un gêne qui provient d’un organisme étranger (bactérie, animal, autres plantes, qui n’aurait pas pu se trouver là par des méthodes de reproduction sexuée entre plantes ou espèces voisines de plantes. L’objectif de ces techniques est l’amélioration des variétés afin de les rendre plus productives et moins sensibles aux maladies, afin de réduire l’utilisation d’engrais. Mais cette innovation a rapidement fait l’objet d’une réglementation au niveau européen dès 1990. Pour Marc Fellous les débats concernant  la réglementation des OGM se résument en une question: est-ce la continuité des recherches précédentes ou est-ce une rupture ? Dans le premier cas, les règles classiques de la génétique moléculaire peuvent s’appliquer. S’il s’agit d’un saut technologique la mise en place de nouvelles règles peut devenir nécessaire.

Les « faucheurs volontaires » et la recherche française

Par ailleurs, l’une des conséquences des controverses autour des OGM est la difficulté que peut avoir la recherche publique française à conduire des recherches sur ce thème. Comme l’explique Marcel Kuntz, plusieurs champs d’expérimentation de l’INRA, ainsi que d’autres en Europe, auraient été détruit par des faucheurs volontaires, alors que ceux-ci visaient à évaluer les risques liés aux OGM. Ce dernier insiste aussi sur l’indifférence des pouvoirs publics face à ce genre de pratiques qui nuisent à la recherche publique. Comme le rappelle Jean de Kervasdoué, c’est une perte importante à la fois pour la recherche mais aussi pour l’industrie française, alors que le premier OGM a été créé par une équipe franco-belge.

Le cas des OGM serait révélateur d’un comportement réfractaire face au progrès et à l’innovation scientifique, mais aussi d’un problème plus général de confiance des citoyens dans l’action publique. Mais comment sortir de cette impasse ? La question reste ouverte.