En Europe du Nord, la démocratie demeure solide. A l’est, elle est menacée. Au sud, branlante.

Certains augures annonçaient que la vague populiste allait balayer l’Occident tout entier, à la suite du référendum sur le Brexit et de l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis. Mais elle a connu deux coups d’arrêt symboliques. Aux Pays-Bas, où le parti de l’islamophobe Geert Wilders, le PVV, qui caracolait en tête dans les sondages depuis la fin de 2015, avec des intentions de vote dépassant les 30 %, a mordu la poussière aux législatives de mars, avec un score de seulement 13 %. En France, où le Front national est retombé, de 27,8 % – son score au premier tour des régionales de 2015 – à 21,5 % au premier tour des présidentielles de 2017, puis à 13,2 % au premier tour des législatives qui les ont suivies. Un score en léger retrait sur celui obtenu par ce parti aux législatives de 2012. Il y a donc un reflux. Cependant, d’autres élections survenues depuis, notamment en Autriche et en République tchèque, ont démontré que rien n’était joué. Il est donc bien difficile de déceler une tendance.

C’est peut-être qu’il n’y a pas de véritable tendance générale, mais une série de cas particuliers régionaux. L’enquête internationale menée sous l’égide de la Fondation pour l’innovation politique, récemment parue sous le titre « Où va la démocratie ? » fournit des éléments en ce sens. Les commentant, Dominique Reynié, directeur de la FondaPol, croit pouvoir distinguer 3 blocs de pays en Europe. Au Nord, nous trouvons des démocraties qui fonctionnent à la satisfaction d’une large majorité des citoyens. Les Norvégiens et les Suisses qui n’appartiennent pas à l’Union européenne, sont, de tous les Européens, les plus satisfaits du fonctionnement de leurs institutions politiques (respectivement 83 % et 79 %). Haut niveau de satisfaction démocratique dans d’autres pays du Nord : au Danemark (75 %), en Finlande (74 %), aux Pays-Bas (67 %), en Autriche (64 %), en Allemagne et en Suède (63 %), en Estonie (59 %).

A l’Est, mis à part le cas de l’Estonie, dont le système se rattache largement à l’Europe du Nord via la Finlande et la Suède, on enregistre, au contraire, une insatisfaction générale envers le fonctionnement des institutions démocratiques. 82 % des Bulgares, 80 % des Hongrois et des Croates, 74 % des Slovaques, 67 % des Roumains, 60 % des Tchèques et 59 % des Polonais estiment que, chez eux, la démocratie fonctionne mal. C’est d’autant plus troublant que ce sont des peuples qui se sont battus pour sortir du système communiste de parti unique et pour rejoindre l’Europe démocratique et pluraliste. Mais cette insatisfaction, ce désenchantement démocratique nourrit le populisme. On n’observe, certes, aucune nostalgie pour le communisme dans ces pays qui en sont sortis, mais la démocratie ne semble pas non plus y avoir tenu ses promesses.

Enfin, l’Europe du Sud, quoique dans une moindre mesure, porte, elle aussi, un jugement assez négatif sur le fonctionnement, chez elle, de la démocratie. C’est surtout le cas en Italie, où l’insatisfaction atteint des records : 79 % d’insatisfaits. Ce qui n’est pas sans rapport avec la montée, dans les sondages, du Mouvement 5 Etoiles ou de la Ligue du Nord. Mais c’est également le cas en Grèce (63 %) et en Espagne (60 %). Pourtant, en Grèce, les partis de l’ancien monde, PASOK et Nouvelle Démocratie, ont été balayés et remplacés par des formations partisanes nouvelles. Et c’est l’une d’elles, Syriza qui dirige le gouvernement. Preuve qu’il ne suffit pas de se débarrasser des partis jugés responsables de la faillite du pays pour réconcilier les peuples avec la démocratie.

Chez nous, en France, vous le disiez, le Front national a tendance à reculer, du moins aux élections législatives, sinon aux présidentielles. La démocratie reste-t-elle populaire ?

Nous réagissons plutôt à la manière de l’Europe du Sud, mais avec plus de modération que nos amis Italiens. 53 % des Français jugent que leur démocratie fonctionne plutôt mal. Mais nous sommes 64 % à estimer que « le régime démocratique est irremplaçable et que c’est le meilleur régime possible. » Mais on relève cependant que 36 % des Français estiment – je cite – que « d’autres systèmes politiques peuvent être aussi bons que la démocratie », un chiffre légèrement supérieur à la moyenne européenne, qui s’établit à 33 %. N’oublions pas qu’un sondage IFOP pour Atlantico, effectué il y a deux ans, révélait que 67 % des sondés étaient prêts à soutenir un « gouvernement technocratique, même non élus », si cela pouvait permettre de nous tirer de la crise et que 40 % se disaient prêts à accepter un « gouvernement autoritaire ». Ce sont des tendances préoccupantes et qui sont mal prises en compte par le petit monde médiatico-politique. Comme l’écrit Pascal Perrineau, dans Où va la démocratie ?, « la France est aujourd’hui plus proche des démocraties mécontentes du sud de l’Europe que des démocraties plus apaisées de l’Europe du Nord ».

Bref, il y a un désenchantement des pays de l’est et du sud de l’Europe envers le fonctionnement, chez eux, de la démocratie.

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