«Le télétravail est une forme d’organisation et/ou de réalisation du travail, utilisant les technologies de l’information dans le cadre d’un contrat de travail et dans laquelle un travail, qui aurait également pu être réalisé dans les locaux de l’employeur, est effectué hors de ces locaux de façon régulière.» Telle est la définition du télétravail donnée par l’Accord national interprofessionnel sur le télétravail du 19 juillet 2005. Entendu par arrêté du ministre de l’Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement un an plus tard[1], le texte marque le début de la reconnaissance du télétravail au niveau institutionnel. S’en est suivi, notamment, en 2006, un rapport rendu au Premier ministre de Pierre Morel  A L’Huissier[2], député de Lozère, témoignant d’une prise de conscience pour une pratique récente et alors peu connue. En 2009, enfin, le Centre d’analyse stratégique (CAS), a publié une étude sur le sujet à la demande de Nathalie Kosciusko-Morizet, alors secrétaire d’Etat au Développement de l’économie numérique. Approche comparative, la note témoigne du retard français : la France pointe au 13ième rang des pays de l’OCDE avec 7% des travailleurs concernés par le télétravail, contre plus de 20% aux Pays-Bas, en Finlande et au Danemark. Pourtant le CAS se montre optimiste et parle d’une proportion de 40% à 50% de salariés travaillant à distance de manière régulière d’ici 2015, accréditant l’idée que la pratique a de beaux jours devant elle.

Mobilité des salariés et économies d’énergie

Permettre aux salariés de travailler un ou deux jours par semaine à leur domicile a pour conséquence immédiate de réduire le nombre de trajets domicile/lieu de travail et engendre des économies liées aux frais de transports et une baisse de la consommation énergétique. Appliquez ce principe à grande échelle et les volumes et montants deviennent hautement significatifs : IBM dit avoir permis d’économiser, via un taux de télétravailleurs avoisinant les 30%, 24 millions de litres d’essence et 50 000 tonnes de CO2 aux Etats-Unis en 2011[3]. Le développement du télétravail peut donc avoir des conséquences immédiates et très positives sur l’environnement.

Des travailleurs moins stressés et plus productifs

Mais pour que la pratique soit viable, il faut que le télétravail impacte favorablement le tissu productif. C’est tout le sens du rapport commandé par Eric Besson (alors ministre en charge de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie numérique) en mai 2012[4]. Intitulée « Le télétravail dans les grandes entreprises françaises » [5](enquête réalisée auprès de 6 200 télétravailleurs avec plus de 20 000 données exploitées), la note tente de mesurer les conséquences de ce mode de travail pour le salarié et l’entreprise. Les résultats sont éloquents : +22% de productivité lié à une réduction de l’absentéisme et du stress, 37 minutes gagnées au profit de la vie familiale et 45 minutes de sommeil supplémentaires par jour télétravaillé. Le taux de satisfaction envers la pratique atteint 96%, entreprises et salariés confondus. Pour les entreprises, le développement du télétravail peut également permettre des économies au niveau de la location des bureaux, en favorisant le turnover des employés. En dix ans, British Telecom aurait économisé plus de 220 millions de livres de charges locatives grâce au télétravail.

L’écologie et la croissance iraient donc ici de pair.

La pratique pose aussi la question du rapport au travail et du management

Environnement, bien-être et productivité du salarié, transport, le télétravail impacte de nombreux domaines. Sans  tenir de discours lénifiant sur la pratique, elle semble représenter une réelle opportunité pour les années à venir. Mais ce mode d’organisation de l’activité pose également la question du rapport au travail et du management, et nécessite la remise en cause du « présentéisme » à la française, une flexibilité accrue dans fonctionnement des entreprises et une plus grande autonomie accordée aux travailleurs.

Julien Gonzalez

Crédit photo : Flickr_Sil Flaqueto


[1] Arrêté du 30 mai 2006 portant extension de l’accord national interprofessionnel relatif au télétravail

[2] Rapport au Premier ministre, « Du télétravail au travail mobile, Un enjeu de modernisation de l’économie française », Pierre Morel A L’Huissier, 2006

[3] « Yahoo! part en guerre contre le télétravail », Les Echos, 27 février 2013

[4] « Télétravail : Besson veut mobiliser les entreprises », Les Echos, 20 juillet 2011

[5] « Le télétravail dans les grandes entreprises françaises », mai 2012