Dans la foulée d’une perspective de déblocage de la crise dans la zone euro, les néerlandais ont tranché en faveur des partis pro-européens, mercredi 12 septembre, infligeant une défaite cuisante aux partis eurosceptiques.

Le parti libéral (VVD) du premier ministre sortant, Mark Rutte remporte 41 des 150 sièges au Parlement, les travaillistes 37 sièges tandis que les chrétiens démocrates tombent à 13 sièges et la gauche eurosceptique en totalise 15. Dans l’attente de la confirmation des résultats par le Conseil électoral, le parti libéral obtiendrait un score historique et son leader devrait vraisemblablement se succéder à lui-même, un fait rare dans une Europe en crise ou beaucoup de dirigeants ont perdu leur place. Ces deux partis sont largement pressentis pour former une coalition gouvernementale de centre droit, leurs dirigeants ayant formulé des appels à l’union nationale en ce sens. Ensemble les partis libéraux et travaillistes comptent 78 sièges sur 150 à la chambre basse du parlement, mais pourraient s’allier avec d’autres formations qui complètent la nouvelle assemblée nationale néerlandaise : 13 députés chrétiens-démocrates (CDA), 12 sociaux-libéraux (D66), 5 chrétiens conservateurs (CU), 3 chrétiens fondamentalistes (SGP), 2 représentants du parti des animaux (PvdD), 2 membres du parti des retraités (50+).

Pour gouverner, ils seront donc amenés à s’entendre et à concilier leurs visions divergentes sur la manière de gérer la gouvernance budgétaire (le parti libéral s’alignant sur la ligne de l’austérité défendue par l’Allemagne tandis que les travaillistes sont plus proches de la position française en faveur d’une relance par la croissance).

Les Néerlandais ne se sont donc pas laissés tenté par les appels populistes et ont été sensibles aux arguments des partis traditionnels en faveur de l’Europe, thème qui a véritablement polarisé la campagne. En un sens, la politique extérieure est devenue intérieure et a largement pesé sur le débat national. En tant que 5ème économie de la zone euro et moteur de la construction européenne, la Hollande reste en effet un pays très ouvert vers l’étranger, au cœur du marché intérieur.

Il s’agit d’une victoire importante pour l’Europe car ces élections voient la défaite des partis eurosceptiques et notamment du parti populiste Parti de la Liberté du très médiatique Geert Wilders qui perd gros dans la bataille. Son parti, ancien partenaire de coalition avec le parti de centre droit du ministre sortant, s’est vu infligé un véritable désaveu au terme d’une stratégie de campagne électorale focalisée sur les attaques envers l’Union et la sortie de zone euro. En total rupture avec la tradition d’ouverture au monde propre à la société et à la politique néerlandaise, la nouvelle droite radicale connaît son premier un coup d’arrêt : le parti est crédité de 15 sièges, soit à peine un peu plus de la moitié des 24 obtenus aux législatives de 2010, mais reste une force d’appui importante.

Les eurosceptiques continuent néanmoins à occuper la scène politique : la gauche socialiste et eurosceptique d’Emile Roemer se maintient à 16 sièges (une de plus qu’en 2010). Au total, les partis europhobes, tous bords confondus, totaliseraient 31 sièges ce qui démontre néanmoins que ces formations sont entrées dans la normalité et acceptées comme des acteurs de la vie publique. La victoire des partis pro-européens est certes de bonne augure pour l’Europe, mais elle ne serait occulter un malaise désormais stagnant, d’une peur de l’Europe et du monde extérieur que la nouvelle coalition devra impérativement prendre en compte.

Au surplus, malgré les appels à l’unité, il ne reste qu’à espérer que les partis traditionnels de nouveau en position de force ne gâcheront pas le crédit qu’ils ont capitalisé ce mercredi en discordes incessantes. Ceci entrainerait une fragilité politique et un retour des extrêmes. Mais rien n’est moins sûr lorsque l’on se retourne vers les précédentes élections de 2010, où les négociations pour un accord de coalition avaient mis trois mois pour aboutir. Les Néerlandais ont pris la mesure de l’importance de l’Europe dans un contexte aussi troublée tout en envoyant un message : D’accord pour l’Europe, mais à condition d’être davantage impliqués, informés.

Crédits photo : Flickr, Vicki Devine