Tous en campagne (France Info), la chronique du 9 mai 2011 de Louise Bodet, avec une interview de Dominique Reynié.

L’euro, en sortir ou pas ? Telle serait la question, à voir le climat eurosceptique qui domine en ce printemps 2011. Or selon une enquête de TNS Sofrès qui paraît aujourd’hui, moins d’un Français sur trois souhaite finalement le retour au franc, et moins de 10% jugent la chose possible.

Pour le politologue Dominique Reynié, de la Fondation pour l’Innovation Politique, sortir de l’euro est plus anxiogène qu’il n’y paraît : « l’idée d’une France seule sur le vaste océan de la globalisation n’est pas une idée qui rassure« . La demande de sortie de l’euro « est une façon d’exprimer sa colère « , mais c’est une perspective qui fait peur.

On est donc loin, très loin, d’une adhésion positive à l’euro, et sans surprise, les plus eurosceptiques sont issus d’une France fragilisée, aux revenus très modestes, peu ou pas diplômée : les « braves gens« , comme les appelle Jean-Luc Mélenchon, souvent taxé de populisme, et clairement eurosceptique. Toutefois, sur la sortie de l’Euro, le leader du Parti de Gauche est – « pour une fois » dit-il – d’accord avec TNS-Sofrès : « ce n’est pas raisonnable de dire qu’on va tout passer par-dessus bord. Mieux vaut changer les statuts de la Banque centrale européenne, et mettre un euro à la disposition des peuples européens, en particulier garder cette monnaie unique pour instaurer un salaire minimum en Europe« .

Le Front national fait au contraire campagne sur la sortie de l’euro, et affirme que cette idée peut devenir majoritaire. Pour Louis Alliot, numéro 2 du parti d’extrême droite, « ce n’est qu’une question de temps. Au fur et à mesure des licenciements, des délocalisations, de la perte de pouvoir d’achat, des plans d’austérité, beaucoup de Français se disent qu’on leur a vendu une arnaque « .

Un sentiment « d’arnaque » surtout présent chez les femmes, selon le sondage de TNS Sofrès, et c’est une nouveauté : les femmes semblent devenues plus eurosceptiques que les hommes. Faut-il y voir un « effet porte-monnaie », les femmes vivant quotidiennement les problèmes de pouvoir d’achat ? Est-ce une conséquence de la précarité, qui touche plus les femmes que les hommes ? Ou une vision de l’Europe qui briserait les grands systèmes sociaux, comme les crèches ou l’égalité salariale ? C’est en tout cas une belle promesse de gain électoral pour Marine Le Pen, femme politique, de loin la plus anti-européenne de toutes…

Article de Louise Bodet paru sur france-info.com, le 9 mai 2011