Selon plusieurs quotidiens allemands, un parti anti-euro devrait participer aux élections fédérales de septembre 2013 : Alternative pour l’Allemagne. Le parti serait conduit par Hans-Olaf Henkel, ancien patron de la fédération allemande des industries (BDI).  Les fondateurs de ce mouvement seraient l’économiste Bernd Lucke[1] qui est à l’initiative du mouvement, un ancien journaliste au Frankfurter allgemeine zeitung (FAZ) Konrad Adam  et Alexander Gauland[2], ancien membre de  la CDU.

Sortir de l’euro et « ne plus payer pour les autres »

Le programme d’Alternative pour l’Allemagne se fonderait sur deux « constats » : l’économie allemande se porterait mieux avec le Deutschmark et le pays n’a pas à éponger les dettes de pays de l’eurozone peu soucieux de l’équilibre de leurs finances publiques. Le parti eurosceptique proposerait donc un abandon de la monnaie unique et envisagerait « un retour à la monnaie nationale », un recours à des « unions monétaires plus petites » (un euro du Sud ou un euro du Nord par exemple) ou à l’introduction de « monnaies parallèles »[3]. Il est intéressant d’observer que si la monnaie nationale fait partie du champ des possibles, d’autres solutions sont envisagées,  dans une optique régionaliste.

Sur fond de contestation et de populisme

L’apparition d’un parti anti-euro en Allemagne est à considérer dans un contexte de crise européenne et de contestation à la politique continentale d’Angela Merkel outre-Rhin. La Tribune évoque également l’ « effet Sarrazin »[4], du nom de l’élu social-démocrate auteur (à succès) de « L’Allemagne n’a pas besoin de l’euro », dans lequel il explique que l’aide de l’Allemagne aux pays en difficulté est une action de « compensation », par rapport « à la responsabilité allemande pendant la Seconde Guerre Mondiale ». D’après un sondage publié par le journal Handelsblatt et repris en mai dernier par La Tribune, 41% des Allemands seraient d’accord « avec le titre du livre », alors que 60% souhaiteraient une expulsion de la Grèce de la zone euro.

Des réactions assez timorées dans la presse allemande

Les réactions dans la presse allemande n’ont pas été très vives. Le Frankfurter Allgemeine[5] nous explique que ce parti veut se présenter aux élections fédérales de septembre, ou au plus tard pour les élections européennes de 2014. Joachim Starbatty, Wilhelm Hankel, Karl Albrecht Schachtschneider et Dieter Spethmann, qui s’étaient plaint devant la Cour constitutionnelle allemande du sauvetage de la Grèce, rejoindraient cette formation. L’Europe entière était suspendue en septembre dernier au verdict de la Cour de Karlsruhe  concernant le Mécanisme européen de stabilité (MES) et un fonds de sauvetage supplémentaire pour la Grèce, qui avait été finalement validé.  Un événement de lancement est prévu le 11 mars intitulé  « Pour que l’Europe n’échoue pas avec l’euro ».

Die Welt [6] nous explique que Alexander Gauland critique la perte d’une branche conservatrice à la CDU et la volonté de sauver l’euro. Il pense que les grands partis politiques ne comprennent pas l’opinion publique actuelle et sont incapables de formuler et défendre les intérêts nationaux. Le manifeste fondateur du parti affirme que « la République fédérale allemande est dans la plus grave crise de son histoire », Alternative für Deutschland vise donc à changer ce qui peut encore être sauvé, alors que selon lui les pays du Sud s’appauvrissent avec l’euro et la pression de la concurrence. Contre le sauvetage de l’euro, les fondateurs veulent engager une union pacifique de l’Europe.

Poussée anti-euro dans l’Union ?

S’il est trop tôt pour savoir si Alternative pour l’Allemagne jouera un rôle important dans la vie politique allemande, son éclosion s’ajouterait à une liste d’évènements d’importance survenus sur la scène européenne, et qui semblent accréditer la thèse d’une défiance des peuples à l’égard de la machine technocratique bruxelloise : l’entrée au Parlement grec d’Aube dorée, la volonté de David Cameron d’organiser un référendum sur l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’Union européenne, ou encore la poussée électorale de Beppe Grillo en Italie.

Claire Robert et Julien Gonzalez


[1] Professeur de macroéconomie à Hambourg, qui était membre pendant 33 ans à la CDU et qui s’est retiré  en décembre 2011 suite à la politique de sauvetage de l’euro du parti.

[2] Secrétaire d’État (en 1987)  à la Chancellerie d’Etat de la Hesse du Premier ministre Wallmann Walter (CDU)

[3]« Allemagne : un nouveau parti anti-euro », www.contrepoints.org, 4 mars 2013

[4]« Ce parti allemand qui veut imposer la sortie de l’euro », www.latribune.fr, 29 mai 2012

[5] « Die neue Anti-Euro-Partei »  Winand Von Petersdorff,, www.faz.net 2 mars 2013

[6] « Alternative für Deutschland will Euro abschaffen”, Axel Springer, www.welt.de,3 mars 2013