Fondée en 1995 par l’Unicef, La Voix des Jeunes est une association d’information et de sensibilisation des jeunes aux problématiques universelles des sociétés. La semaine dernière, lavoixdesjeunes.org a publié un article relayant l’enquête de la Fondapol 2011, la Jeunesse du Monde.

Que veulent les jeunes du monde entier ?

En mars dernier, la Fondation pour l’innovation politique, a publié les résultats d’un grand sondage planétaire réalisé auprès de 32 714 jeunes âgés de 16 à 29 ans et originaires de 25 pays différents. But de cette étude ambitieuse? Dresser un portrait des jeunes du monde entier. Que veulent-ils? Qui sont-ils? Quelles sont leurs aspirations et leurs craintes? En réalisant cette étude, la Fondation pour l’innovation politique cherchait aussi à convaincre les hommes politiques du monde entier qu’il était plus que nécessaire de s’intéresser à la jeunesse, de l’écouter, de lui faire une place et de lui permettre d’accéder au pouvoir. «Les sociétés payent toujours chèrement leur désintérêt pour la jeunesse», écrit Dominique Reynié, le directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, qui estime que «la globalisation offre aux nouvelles générations le projet et le souffle perdus par les nations».

Voici un résumé des grands enseignements de cette étude fascinante:

Les jeunes aiment leur époque mais sont déçus par leur pays

Une grande majorité de jeunes (59%) se disent satisfaits de l’époque dans laquelle ils vivent mais insatisfaits de la situation générale de leur pays (61%). La leçon? Le cours de l’histoire est bien plus enthousiasmant que les programmes électoraux des hommes politiques de leur pays. Notons cependant que les jeunes originaires de pays où la situation économique est prometteuse ont beaucoup plus confiance en l’avenir de leur nation que ceux qui vivent dans des pays en crise, un fait somme toute logique. C’est le cas des Brésiliens qui jugent à 72% l’avenir de leur pays prometteur, des Chinois (82%) et des Indiens (83%).

Les jeunes ont confiance en l’avenir

Malgré le fait que rares sont les pays à connaître le plein emploi, les jeunes ne semblent pas trop déprimés par la menace du chômage. 70% d’entre-eux déclarent ainsi être certains d’obtenir un bon travail dans l’avenir. Pour une majorité de jeunes, un bon travail doit être avant tout rémunérateur. La qualité de l’ambiance au travail arrive en deuxième position et l’intérêt que l’on retire de l’activité professionnelle à la troisième place. Notons aussi que si le fait d’exercer un travail utile à la société n’est pas une priorité, elle compte cependant davantage que le prestige ou les congés.

La mondialisation est plébiscitée par la jeunesse des pays émergents

L’enquête révèle parmi les jeunes une tendance quasi généralisée à accepter la mondialisation qui est considérée comme une opportunité par 91% des Chinois, 87% des Indiens et 81% des Brésiliens. En revanche, un jeune Grec sur deux y voit une menace, de même que 47% des Français.

Les jeunes rêvent de mobilité

En matière de déplacements, les jeunes Européens sont deux fois plus nombreux que les autres à s’être rendus à l’étranger au cours de l’année passée (49% contre une moyenne de 25%). L’envie d’habiter dans un autre pays est particulièrement répandue chez les Roumains (41%), les Grecs (35%) et les Estoniens (31%).

Les jeunes ont foi en l’humanité

Lorsqu’on demande aux jeunes quelle dimension collective forge leur identité, ils répondent l’humanité (à 81%) devant la nationalité (70%), le groupe ethnique (53%) et la religion (43%).

Les jeunes sont préoccupés par la pollution

Si la pollution préoccupe plus les Chinois, les Indiens et les Brésiliens que les Européens, il convient cependant de noter que le changement climatique inquiète moins les jeunes que le chômage. Parmi les craintes exprimées par la jeunesse mondiale, on recense également la guerre, la famine et l’effondrement du système financier.

La famille demeure une valeur sûre

Les jeunes affichent encore un attachement très grand à la famille notamment dans les pays émergents. 87% des Brésiliens considèrent la famille comme le fondement de la société, 88% des Marocains, 89% des Turcs, 92% des Indiens et 94% des Chinois et des Mexicains (contre 77% des Européens).

Internet n’est pas une menace pour la culture

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les nouvelles technologies ne bouleversent pas la consommation culturelle des jeunes. Si 83% sont intéressés par l’Internet, 73% expriment un intérêt pour la lecture, le cinéma ou le théâtre (76%) et la télévision (69%). Les jeux vidéos n’attirent que 59% des suffrages.

Les jeunes sont solidaires mais certains hésitent à payer les retraites de leurs aînés

Les Suédois (71%), les Chinois (86%), les Russes (82%), les Turcs (78%) et les Mexicains (75%) sont les grands défenseurs de la protection sociale. Les jeunes Européens sont massivement favorables au droit à un enseignement universitaire gratuit et au droit à des soins gratuits en l’absence de revenus. En revanche, 39% des jeunes Européens ne veulent pas payer les retraites de leurs aînés (alors que seuls 21% des Russes partagent cette opinion, 17% des Chinois et 13% des Indiens).

Une jeunesse multiculturelle

Si la jeunesse européenne préfère l’intégration au multiculturalisme, les jeunes issus des pays d’émigration comme la Chine, le Mexique, la Pologne, l’Inde ou le Maroc sont plus favorables à une perpétuation des traditions. Quant aux jeunes Américains, ils sont majoritairement (57%) favorables à la préservation de la culture d’origine des immigrés, preuve que la notion de «melting pot», autrefois chère au cœur des Américains, a perdu de sa popularité.

Des jeunes rebelles et justiciers dans l’âme

71% des Indiens, 58% des Israéliens, 55% des Marocains, 54% des Brésiliens et 47% des Européens jugent qu’il est acceptable de désobéir à la loi pour combattre l’injustice. En revanche, beaucoup de jeunes ne sont ceux à être prêts à mourir pour la patrie. Les jeunes les plus hostiles à cette idée sont les Japonais (80%), les Espagnols (75%), les Italiens (72%), et les Allemands (65%). Notons cependant que 71% des Chinois, 76% des Indiens, 69% des Marocains et 67% des Israéliens se déclarent prêts à un tel sacrifice!

Des jeunes pourtant peu engagés

Si 81% des jeunes estiment que voter est un devoir, rares sont ceux à vouloir militer au sein d’un parti preuve que les classes politiques ne suscitent pas l’enthousiasme des jeunes qu’elles ont trop souvent ignorés. Notons cependant que l’engament associatif a meilleure presse que l’engagement politique. En Inde, par exemple, 60% des jeunes sont intéressés par le militantisme associatif alors que les Japonais (12%) et les Russes (19%) sont les moins disposés à un tel engagement.

Les jeunes Chinois sont très optimistes

85% des Chinois se disent certains d’avoir un bon travail dans l’avenir. Interrogés sur ce qu’ils souhaitent le plus accomplir dans les 15 prochaines années, 64% répondent « vouloir gagner beaucoup d’argent », un fait sans doute justifié par le statut de puissance économique de la Chine. 84% des jeunes Chinois déclarent aussi croire que les gens ont le pouvoir de changer la société. En revanche, seuls 37% des Chinois jugent satisfaisantes leur situation économique actuelle (contre 40% des Américains), preuve que tout n’est pas rose au pays de Mao.

Le malaise de la jeunesse française

Seuls 25% des Français jugent satisfaisante la situation de leur pays et la jeunesse française est l’une des plus pessimistes au monde. À peine un Français sur deux juge son avenir personnel prometteur et seuls 52% des Français considèrent la mondialisation comme une opportunité.

Les jeunes Grecs dans la tourmente

La crise a rendu les jeunes Grecs bien pessimistes également. Seuls 42% d’entre eux sont satisfaits de leur travail, 30% de leur situation économique, 23% de l’époque dans laquelle ils vivent et 7% de la situation générale de leur pays

L’euroscepticisme des jeunes Turcs

60% des Turcs se montrent méfiants à l’égard des institutions européennes, 55% se méfient des Nations-Unies et 27% anticipent un affaiblissement du rôle des États-Unis, leur allié de longue date. Notons cependant que l’euroscepticisme gagne les Européens puisque seulement 47% des jeunes Européens disent avoir confiance dans l’Union.

Les jeunes Japonais sont déprimés

La jeunesse japonaise est en tout point plus insatisfaite que les autres (notons que ce sondage a pourtant été réalisé avant la catastrophe de Fukushima).74% des Japonais se disent insatisfaits de leur situation économique et ils ne sont que 32% à penser qu’ils auront un bon travail dans l’avenir alors que le Japon occupait encore en 2010 le rang de troisième puissance économique au monde. De plus, 61% des Japonais se déclarent insatisfaits de l’époque dans laquelle ils vivent.

Un quart des jeunes Marocains projette de s’installer à l’étranger

Avec la jeunesse roumaine, la jeunesse marocaine est celle qui affirme le plus fortement son souhait d’immigrer. 29% des jeunes Marocains déclarent ainsi préférer vivre à l’étranger que dans leur pays d’origine. En revanche, la moitié des jeunes Marocains estime que la société n’est pas tolérante avec des gens comme eux.

27% des jeunes Indiens rêvent de devenir célèbres

Est-ce l’effet « Slumdog millionnaire »? Plus d’un quart des jeunes Indiens espère devenir célèbres dans les 15 ans à venir contre 6% de la moyenne globale. Au point que devenir célèbre préoccupe davantage les Indiens que l’obtention d’un diplôme universitaire!

@UNICEF/NYHQ2011-0225/Roger LeMoyne Des jeunes Égyptiens manifestent sur la place Tahrir au Caire en janvier dernier pour exprimer leur ras-le-bol.

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