Article d’Yves de Kerdrel paru dans Le Figaro, 8 mai 2013.

Un an après l’élection de François Hollande, la France est dans un sale état. Le pays compte 1300 chômeurs de plus chaque jour. Les entreprises ferment les unes après les autres Les appartements ne se vendent plus. Les automobiles pas davantage. Le bâtiment et les travaux publics sont en rade. La pression fiscale est telle que la nation se vide de ses talents. Et maintenant qu’il n’est plus possible d’invoquer le soi-disant « héritage » de la droite, la majorité socialiste a trouvé un nouveau coupable à tous ces malheurs avec l’Allemagne. Nous voilà mal partis dans le mur en klaxonnant de plus en plus fort.

Dans ce sombre bilan, le point saillant est sans aucun doute la faillite industrielle du pays. Bien sûr, elle n’a pas commencé en mai 2012. Bien sûr, nos industries perdent du terrain dans la compétition mondiale, notamment depuis la mise en place des 35 heures. Bien sûr, la France est incapable de mener une politique industrielle cohérente depuis quarante ans. Bien sûr, beaucoup de bêtises ont été dites ou écrites ces dernières années sur une soi-disant « société postindustrielle », ou sur une « économie sans usines», rêve de soixante-huitards attardés.

II n’empêche que jamais autant d’usines ont fermé depuis que François Hollande est entré à l’Elysée. Et le fait d’avoir nommé un ministre du Redressement productif en la personne d’Arnaud Montebourg, ou d’avoir confié à Louis Gallois une mission sur la compétitivité des entreprises n’y a rien changé. Pourquoi ? Tout simplement  parce qu’un industriel se décide à investir si deux conditions sont réunies. La première tient à la conjoncture, à son carnet de commandes et à la compétitivité du site France. La seconde est liée à la quantité de capital qu’il est prêt à allouer à un tel projet, qui constitue une forme de pari sur le long terme.

Une passionnante note publiée il y a quelques jours par la Fondation pour l’innovation politique et rédigée par Christian Saint-Etienne et Robin Rivaton montre à quel point la France est en panne sèche d’investissement productif, car elle a tout fait pour que les capitaux nécessaires aillent se placer sous des cieux plus cléments. Et que si c’est une condition importante que de restaurer la compétitivité des entreprises françaises et d’abaisser le cout du travail, elle n’est pas suffisante.

Comme le souligne ce travail remarquable « La troisième révolution industrielle est une mutation globale qui est fondée sur une économie hyper industrielle et très capitalistique au sens où la conception et la production des assemblages de produits et services qui caractérisent cette économie supposent des investissements considérables avec une probabilité de succès incertaine. C’est donc une économie de fonds propres, et d’accumulation de capital productif est le préalable de son développement ».

La conclusion de ce constat est simple « Il faut reconstruire le capital productif français alors que le corps sociopolitique se méfie du capital. Qui plus est, pour développer nos PME, il faut favoriser l’accumulation de capital par les entreprises familiales qui constituent 99 % de notre système productif en nombre et concentrent l’essentiel de nos perspectives de rebond».

Tout est dit. Y compris le fait que la France ne manque ni de capitaux ni d’investisseurs riches. Le problème, c’est que d’emblée François Hollande a fait de ceux-ci des cibles, des boucs émissaires, voire des adversaires, alors que l’intérêt national justifiait de les cajoler afin qu’ils créent davantage de richesses dans l’Hexagone. Quant aux capitaux, il y en a partout dans ce pays, ou l’épargne de précaution est devenue la priorité de tous les Français de tous horizons et de tous milieux Mais seulement 25 % de cet argent va s’investir dans des actions de sociétés cotées ou non. Et ce ne sont pas les dernières mesures en matière de fiscalité de l’épargne qui vont permettre d’inverser la tendance.

Si bien que, comme toujours, les socialistes préfèrent accorder leur confiance à l’Etat plutôt qu’aux Français, à un

« mammouth » plutôt qu’a des individus. Et ils croient toujours que la recette miracle va venir d’un monstre technocratique la Banque publique pour l’investissement. De la même manière, ils ont « flèche » l’épargne des Français depuis un an vers le livret A, qui finance le logement social et la politique de la ville. Mais avant de construire des HLM pour des Français désœuvrés, il serait plus judicieux de rebâtir des usines qui les emploient. Cela mérite une véritable mobilisation, politique, économique, financière et fiscale. Faute de quoi il ne nous restera plus qu’à faire visiter nos usines désaffectées aux touristes chinois et à faire fabriquer nos produits par des Tchèques ou des Marocains.