Article paru dans Les Echos, le 25 décembre 2012.

Dominique Reynié, politologue et directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), revient sur la situation de l’UMP, à l’issue d’un mois de crise à sa tête. Interview.

Quel bilan tirer d’un mois de crise à la tête de l’UMP ?

A ce stade, je pense que c’est une victoire pour Jean-François Copé. Il est président de l’UMP jusqu’en septembre. L’accord avec François Fillon a effacé les contentieux sur le résultat du vote et sur d’éventuelles fraudes. Si son mandat est écourté, il est désormais pleinement légitime.

Il lui reste à réparer les dégâts d’ un mois de guerre fratricide et à remettre l’UMP en ordre de bataille face à la gauche. Cela passe notamment par la définition d’une doctrine qui fasse consensus et permette une alliance avec l’UDI. Mais l’UMP doit trancher cette question avant que ne s’ouvre la campagne en vue du nouveau vote de septembre prochain. Pour un parti de gouvernement, qui aspire à rassembler et à franchir la barre des 50% des suffrages, confier la définition de sa ligne politique à ses militants est un contresens. C’est l’un des enseignements de la crise qu’y vient de s’achever.

Pourquoi ?

Parce que les militants ne sont pas représentatifs de l’électorat que l’UMP doit convaincre. Il y a un biais sociologique, culturel et idéologique évident. Dans toutes les formations politiques, les adhérents expriment une forme de radicalité. Au PS, celle-ci est tempérée par le poids des élus locaux.

C’est moins le cas à l’UMP, qui a perdu au fil des scrutins beaucoup d’élus tandis que le nombre de ses militants augmentaient, à l’initiative notamment de Nicolas Sarkozy. Le parti a rompu avec la vision gaulliste qui plaçait le peuple au premier rang, non les militants. En privilégiant les militants, l’UMP se radicalise et se coupe de la part principale de son électorat potentiel.

En adoptant une ligne plus consensuelle, l’UMP ne risque-t-elle pas d’ouvrir un boulevard au FN ?

Je ne crois pas. Le Front national est un parti qui aspire toutes les protestations. Désormais, sa zone de croissance est dans l’électorat populaire déçu par le «hollandisme». Les transferts dans l’électorat de droite ont déjà eu lieu entre 2007 et 2012. Il n’y a plus de flux massif à attendre de ce côté-là de l’échiquier politique.

Pour l’UMP, surjouer la proximité avec le FN est donc une erreur. La société française se droitise, c’est indéniable, il est donc inutile d’en rajouter. Pour espérer l’emporter en 2017, la droite parlementaire devra avancer des solutions qui intéressent les électeurs et non des slogans qu’attendent les militants. Elle ne doit pas escompter une demande de «droite forte» qui n’existe que sur les marges. En mai, François Hollande n’a pas gagné parce qu’il y avait une demande de gauche, mais parce qu’il y avait un rejet très marqué de Nicolas Sarkozy.

Est-ce pour cela qu’il est déjà aussi impopulaire ?

François Hollande a été élu sur une promesse majeure : battre Nicolas Sarkozy. Cette promesse a été tenue le 6 mai au soir. Pour le reste, il n’a pas eu de contrat clair passé avec les Français sur la politique à mener durant son quinquennat. Le simple rejet de Sarkozy lui a permis de gagner, mais c’est insuffisant pour gouverner.

La difficulté singulière de François Hollande est d’être le premier président à avoir connu son état de grâce avant son élection. Il en a bénéficié après sa victoire à la primaire socialiste ; sa cote de popularité a commencé de s’éroder avant son accession au pouvoir. Il est, enfin, atteint aujourd’hui par la violence de la crise. Celle-ci est d’autant plus dévastatrice pour un président de gauche qu’il s’agit d’une crise des finances publiques, et donc du social-étatisme. Pour réduire le déficit public, comme il s’est engagé à le faire, il doit s’attaquer à la dépense publique, contraindre les collectivités locales. Or, la France de la fonction publique et des collectivités locales constitue le socle de la gauche au pouvoir.

François Hollande peut-il répondre à cette crise des finances publiques sans renier les fondamentaux de la gauche ?

Il a commencé son mandat par une séquence fiscale particulièrement radicale qui a constitué un marqueur de gauche spectaculaire. Mais très vite, François Hollande se retrouve dans la même situation que Nicolas Sarkozy : un paquet fiscal initial qu’il va traîner comme un boulet politique et dont il devra se débarrasser.

Il devra choisir entre le coût politique de l’abandon et le coût économique de l’obstination… qui pourrait bien avoir finalement un coût politique ! Or, avec le pacte de compétitivité , Hollande est en mesure d’opérer ce virage vers le centre, indispensable sur le plan économique autant que politique, au prix évidemment de la perte d’une fraction de son électorat de gauche.

Ce virage peut-il faire gonfler le Front de gauche ?

C’est pour éviter cela qu’Arnaud Montebourg peut jouer un rôle utile au sein du gouvernement. En exhibant la thèse de la «nationalisation temporaire» alors qu’elle a été rejetée par le Premier ministre, il ne se comporte plus en ministre mais en une sorte d’animateur de think tank. En tenant ce discours de contestation à l’intérieur même du gouvernement, Arnaud Montebourg est en quelque sorte devenu le ministre du non-redressement du Front de gauche. On voit d’ailleurs qu’ il joue ce rôle en plein accord avec François Hollande .

Le maintien d’Arnaud Montebourg au gouvernement réduit ainsi pour quelque temps la pression de la gauche. Cela peut donner au président un peu plus de temps pour effectuer l’indispensable virage s’il veut conserver une chance de conquérir cet électorat central que Nicolas Sarkozy a négligé durant son mandat et sa campagne en 2012.

Comment expliquez-vous la réaction partagée de l’opinion au départ en Belgique de Gérard Depardieu ?

Gérard Depardieu, c’est le peuple : à 14 ans il a travaillé comme imprimeur. Sa fortune, il ne la doit pas à un héritage, mais à son travail et à son talent. C’est le type même de parcours que l’on ne peut que saluer dans les milieux populaires. Comment comprendre que l’on puisse stigmatiser la réussite de quelqu’un qui est, comme l’on dit, parti de rien ?

Gérard Depardieu, c’est Obélix et c’est donc aussi la France. Gérard Depardieu, c’est enfin la force vitale. Christian Clavier et Gérard Depardieu sont partis. C’est comme si Asterix et Obélix avaient été contraints de quitter la France. Astérix et Obélix, c’est une France populaire et joyeuse. La gauche devrait être attentive à cette combinaison de symboles.