La Fondation pour l’innovation politique vous recommande l’article d’Edouard Tetreau, paru dans Les Echos, le 26 juin 2013.

La création promise de 150.000 emplois pour les jeunes sans diplôme, essentiellement dans les collectivités locales, est une gabegie annoncée. Mieux vaudrait porter l’effort sur une baisse des charges du secteur privé.

La scène se déroule à Chelles, station terminus du RER E de la région parisienne, le 8 novembre dernier : « La bataille contre le chômage, c’est la seule priorité qui vaille. » déclare le président Hollande. Priorité ici partagée. « Nous y consacrerons 2,3 milliards d’euros en 2013 et 3 milliards en 2014. » Soit, au total, l’équivalent de cinq semaines d’impôt sur le revenu de tous les Français : bel effort national. Patriote, même. L’objectif en vaut la peine : créer 150.000 emplois pour des jeunes de « 16-25 ans, sans emploi, sans diplôme », et qui ont « envie de travailler dans des métiers à forte utilité sociale ou environnementale. » Qui dit mieux ? Voici les contrats d’avenir, riches des bonnes intentions qui pavent l’enfer.

Grâce à l’efficacité du législateur et la ressource du contribuable, toutes deux présumées infinies, la proposition numéro 34 du candidat Hollande se fit chair. Douze emplois signés à Chelles le jour même. 33.000 signés aujourd’hui, soit plus de 4.000 par mois. Travail sérieux, mais insuffisant. En effet, comment atteindre l’objectif de 100.000 contrats avant fin 2013, si on avance aussi lentement ? Si l’on veut, grâce à ces emplois subventionnés par l’Etat (à hauteur de 75 % du SMIC pour les nobles structures du secteur non-marchand, ou à hauteur de 35 % du SMIC pour les vulgaires structures du secteur marchand) « infléchir la courbe du chômage avant la fin de l’année », il faut doubler la cadence. Au minimum 8.000 emplois d’avenir par mois.

Alors, vite, très vite, il faut trouver de nouveaux employeurs pour ces contrats subventionnés. Or, qui peut prêter main forte à cette cause nationale ? La fiche technique du ministère du Travail est explicite. Dans l’ordre, sont admis :

1. les associations et fondations – à but non lucratif, cela va de soi ;

2. les collectivités territoriales : bienvenues aux régions, départements, aux communes et leurs regroupements ;

3. les autres personnes morales de droit public (EPIC) ;

4. des groupements d’employeurs pour l’insertion et la qualification ;

5. les entreprises et associations d’insertion ;

6. les sociétés d’économie mixte ;

7. enfin – le lecteur est prié de se boucher le nez – « par exception, les entreprises du secteur marchand dans certains secteurs (la liste de ces secteurs est fixée au niveau de chaque région par le Préfet, en collaboration avec le président du conseil régional) ».

Ce qui nous remonte du maquis des collectivités locales est explicite : nous allons dilapider 5,3 milliards d’euros pour que les collectivités locales – en particulier les 58 conseils généraux, 24 conseils régionaux, 12 présidences de communauté urbaine détenues par le Parti socialiste et ses alliés – distribuent ces contrats d’avenir comme autant de faveurs désintéressées. A un an des élections municipales et à deux ans des élections cantonales et régionales.

La République « exemplaire » de François Hollande, est-ce donc cela ? Dégoûter la jeunesse des vrais emplois dans l’économie marchande ? Subventionner de faux emplois précaires pour que des jeunes soient payés à ne rien faire d’autre que de tenir les murs d’un conseil général ou régional ? Ou de siroter les cafés d’un syndicat mixte. Ou de regarder pousser l’herbe et les fleurs sur les nombreux et démultipliés ronds-points de la commune. Tout cela pour quoi ? Pour honorer une promesse électorale et limiter la casse lors des élections municipales. Sommes-nous toujours en démocratie ou déjà en kleptocratie, version Grèce contemporaine : saigner l’économie et la société pour garder ad vitam mandats locaux et émoluments de gérontes édiles ? Nous savons depuis 2009 où aboutit ce modèle grec : à l’évasion fiscale légitimée ; à la ruine, au désespoir, et la dépendance envers ses créanciers.

Une autre politique reste possible, mais si éloignée des valeurs et du logiciel très daté du gouvernement actuel, que l’on désespère de la voir jamais appliquée : emprunter le chemin rigoureusement inverse. Si l’on veut donner un nouveau contrat social et un vrai avenir aux nouvelles générations, ils doivent s’inscrire en priorité dans l’économie marchande, moderne. C’est elle qui nourrit la philanthropie (les associations et fondations loi 1901), permet le développement durable et finance les nécessaires services publics. Pas l’inverse. Ce nouveau contrat d’avenir passerait par la suppression totale des charges, sociales et patronales, jusqu’à 2.000 euros par mois, pour les moins de 30 ans. Cette suppression des charges serait compensée par des économies drastiques dans le mille-feuilles administratif et politique, source intarissable de gabegie, voire de corruption, qu’est devenue la France des collectivités locales (pour rappel : 242 milliards d’euros de budget en 2012)

« Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort », disait François Mitterrand le 8 mai 1968. Aujourd’hui, que dire de cette société d’élus nationaux, locaux et syndicalistes, qui méconnaissent la jeunesse au point de lui offrir de tels emplois fictifs ? Qui la frappent du fardeau de la dette léguée par les générations du dessus ? La punissent en lui interdisant les vrais emplois intéressants (du fait de l’excès de charges) ? Et la condamnent à l’expatriation pour les plus mobiles, à la désespérance pour les plus résignés. Ou à l’inféodation pour les plus encartés ?

François Hollande dit avoir entendu le message de l’élection législative de dimanche dernier. Si c’est vrai, qu’il change maintenant de politique, de gouvernement et de cap, en commençant par supprimer ces contrats qui font l’avenir du Front national.