L’année 2013 pourrait marquer un tournant décisif pour l’égalité et la cause homosexuelle aux Etats-Unis, quarante ans après que l’homosexualité a officiellement cessé d’être cataloguée comme une « pathologie psychiatrique ». Soixante-quinze républicains ont en effet déclaré, et ce en total désaccord avec la ligne directrice du parti, que les couples de même sexe avaient « un droit constitutionnel à se marier ».

Les décisions judiciaires, leviers d’avancées sociétales

Le 21 janvier dernier lors de son investiture au Capitole, Barack Obama réitérait son engagement : « Notre voyage ne sera pas terminé tant que nos frères et nos sœurs homosexuels ne seront pas traités comme tout le monde par la loi ».

Le combat pour le mariage homosexuel s’est récemment accéléré après que l’administration a saisi la Cour Suprême, lui demandant d’abroger une loi de 1996 qui, au niveau fédéral, définit le mariage comme « l’union d’un homme et d’une femme ». 75 républicains – et parmi eux de très influentes personnalités telles Laura Bush, Dick Cheney ou Colin Powell – ont récemment déposé une requête pour que les homosexuels aient le droit de se marier. C’est une position sans précédent dans les rangs du parti conservateur, d’ordinaire farouchement opposé à toute libéralisation de mœurs homosexuelles.  Par ailleurs, 60 grandes entreprises, parmi lesquelles Intel, Apple ou EBay  ont pris position en faveur du mariage gay ce jeudi 28 février 2013.

Ce débat ne reste pas moins sensible aux Etats-Unis. Si la loi DOMA – Defense of Marriage Act – votée en 1996 sous Clinton interdit de fait au niveau fédéral le mariage homosexuel, il ne faut pas oublier le pouvoir dont dispose chacun des 50 Etats constituant l’Union. Aujourd’hui, neuf Etats sur cinquante autorisent l’union homosexuelle, et plusieurs cours ont déjà statué en faveur de l’inconstitutionnalité de la loi DOMA. Ainsi, avant de progresser dans l’opinion américaine, le mariage gay est avant tout fruit de nombreuses actions et décisions de justice rendues.

Le « verrou » fédéral pourrait néanmoins bientôt sauter sous l’effet conjugué de l’opinion publique, des demandes émanant de l’administration Obama et des 75 républicains en faveur du mariage gay, La Cour Suprême doit, fin mars, statuer sur ces questions : elle déterminera alors si la loi DOMA est, comme le gouvernement Obama l’a lui-même désignée, « inconstitutionnelle » parce que « discriminatoire » et si elle viole le 5ème Amendement instituant l’égalité des droits par la loi.

L’influence du renouvellement générationnel

Fort heureusement, l’action judiciaire n’est pas seul vecteur de décision ni même de conception pour de telles modifications de nos sociétés modernes. Dans le cas du mariage homosexuel, le renouvellement générationnel a eu une influence très forte sur l’évolution des mentalités. A ce titre, le Washington Post expliquait pourquoi « le combat autour du mariage homosexuel ne peut déboucher que sur son acceptation ». En effet, il y a dix ans, seul un tiers des américains s’y disait favorable ; aujourd’hui, ils sont 51%.

En analysant les chiffres par catégorie d’âge, on comprend aisément pourquoi les courbes ne s’inverseront plus : là où 70% des 18-30 ans se disent favorables au mariage gay, ils ne sont que 32% chez les 65 ans et plus. En somme, plus l’on est jeune, plus l’on se dit favorable au mariage homosexuel. Sachant cela, on imagine mal cette résolution devenir impopulaire dans les années à venir. Et si, en mars prochain, la Cour Suprême refuse  d’agir en ce sens, le sujet reviendra certainement sur le devant de la scène lors de l’élection présidentielle de 2016, pour les démocrates comme pour les républicains.

Les républicains ou le mauvais pari électoral

Enfin, ce volte-face de républicains qui divise plus que jamais un parti déjà affaibli ne pourrait-il pas être, après tout, un revirement stratégique ? Il est vrai que le parti est, depuis la fin du mandat Bush, dans une situation délicate. Sans candidat fort, sans personnalité salvatrice (comme le fut Obama pour les démocrates) ni programme fédérant les américains, il peine à toucher l’ensemble des couches de la société américaine.

L’élection de 2012 a mise en valeur cette fracture grandissante entre un parti conservateur et une société qui se modernise ; les républicains ont échoué à comprendre les changements démographiques de la société américaine mais également à appréhender puis à capter le si important vote hispanique. La mise en avant récente de Marco Rubio, étoile montante du parti, témoigne alors d’une certaine prise de conscience.

Cette prise de conscience peut se prolonger en touchant aux sujets  sociétaux sensibles tels que le mariage homosexuel. Le renouvellement générationnel et les changements de mentalités qu’il implique imposent aux républicains de réformer une partie de leur ligne directrice. Barack Obama a su tirer politiquement parti de sa compréhension des jeunes générations. Les républicains pourraient désormais, eux aussi, jouer sur ce terrain.

Vincent Destrez–Ostrowski

Source : The New York Times

Crédit photo : flickr_mellicious