Entretien de Robin Rivaton paru dans Le Parisien le 1er janvier 2015, dans lequel explique que le pessimisme des Français risque de durer.

Le Parisien : Ce pessimisme vous étonne ?

Robin Rivaton : Non. On l’observe depuis au moins quinze ans et il s’est aggravé avec la crise de 2008, car, à la différence de la plupart des pays, la France n’a pas connu de rebond économique et a même décroché depuis 2013. S’ajoute une composante politique née de la dissonance entre les promesses des politiques et leur réalisation. Cet écart remonte à l’élection présidentielle de 1995, qui devait apporter des réponses à ce que Jacques Chirac avait appelé la fracture sociale, lequel s’est répété depuis à chacun des scrutins.

Le Parisien : C’est la faute aux politiques ?
Robin Rivaton : Il y a un sentiment d’usure vis-à-vis des politiques, dont les réformes promises n’ont jamais été mises en œuvre ou alors n’ont pas entraîné les résultats espérés. Surtout en matière de lutte contre le chômage. Les Français estiment qu’on leur demande des sacrifices sans que cela soit payant. C’est extrêmement décourageant et c’est ce qui génère ce pessimisme fondamental.

Le Parisien : Comment expliquer que la France arrive à la traîne des palmarès qui mesurent le sentiment de bonheur dans le monde ?
Robin Rivaton : Il faut bien faire la différence entre le sentiment de bonheur et celui de bien-être. Sur ce dernier registre, la France, selon un baromètre publié par l’Union européenne, se situe dans la moyenne, car il mesure le bien-être personnel. Or, là, les Français trouvent de quoi espérer en se réfugiant dans des valeurs comme la famille, en militant dans des associations ou en développant des plaisirs plus hédonistes dans les loisirs. Le sentiment de bonheur inclut le sens du collectif, et là, aucune amélioration n’est en vue. Au contraire.

Ce pessimisme peut déboucher sur la poussée des partis extrémistes.

Le Parisien : Sur quoi peut déboucher ce pessimisme?
Robin Rivaton : Sur la poussée des partis extrémistes. On le voit avec les succès du FN, lequel ne vend pas un avenir meilleur mais fait croire qu’un retour vers le passé, avec des théories protectionnistes et un rôle plus protecteur de l’État, sera bénéfique. Pour casser cette spirale infernale, il faut des hommes politiques courageux qui arrivent à mener une double réforme, celle qui doperait le pouvoir d’achat en baissant le prix des services, plus chers en France qu’ailleurs en Europe. C’est ce que tente de faire la loi Macron. L’autre réforme indispensable est celle du marché du travail.

Robin Rivaton est économiste, essayiste, membre du conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique, et auteur de «La France est prête» (Les Belles Lettres, 2 octobre 2014).