La Fondation pour l’innovation politique a organisé un débat le jeudi 14 juin 2018 de 18h30 à 19h30 sur les Nouveaux clivages en Europe avec Guy Verhofstadt, député européen, président de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ALDE), ancien Premier ministre belge, Aurore Bergé, députée LREM des Yvelines (10e circonscription), membre de la commission des affaires culturelles et de l’éducation, et Thibault Muzergues, auteur de l’ouvrage La quadrature des classes, directeur du Programme Europe pour l’International Republican Institute, animée par Victor Delage, responsable des études et de la communication à la Fondation pour l’innovation politique.

Thibault Muzergues commence par remarquer que la dichotomie société ouverte/société fermée, souvent mise en avant depuis le Brexit ou l’élection de Donald Trump, ne permet pas d’expliquer l’émergence de mouvements comme Podemos ou Syriza, ni de comprendre ce qu’il s’est passé sur le plan politique de façon générale ces dernières années. Pour l’auteur de La quadrature des classes, il faut analyser précisément les évolutions au sein de l’électorat car, depuis 20008, il y a eu de nombreux changements au sein de la société avec l’apparition de nouvelles classes sociales. Les anciens partis politiques se sont soit réadaptés, soit ont disparu, tandis que de nouveaux ont émergé. Ainsi, Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir en étant le représentant de la classe créative tout en réalisant une coalition avec la classe moyenne provinciale. Quant à Donald Trump, il a bénéficié du soutien de la classe ouvrière blanche mais aussi de celui de la classe moyenne provinciale. Le Mouvement 5 étoiles a également su conquérir cette dernière, en plus des Millenials. La classe moyenne provinciale se trouve donc systématiquement au cœur des débats.

Guy Verhofstadt considère quant à lui qu’il y a eu un rejet de l’antagonisme gauche-droite partout en Europe durant cette dernière décennie. 2019 pourrait être l’année de la généralisation de ce rejet au niveau européen. En Espagne, il y a encore peu de temps, l’existence de partis comme Podemos ou Ciudadanos étaient inimaginables. En Italie, c’est le refus de l’establishment politique qui s’est manifesté, les classes moyennes étant écœurées par le système politique en place ces dernières années. L’Allemagne n’est pas en reste avec la montée de l’AfD contre les sociaux-démocrates et le CDU qui dominaient largement les débats auparavant. L’alternance entre les deux partis historiques, socialiste et conservateur, dans les pays du Nord de l’Europe, s’est traduite par une montée des partis libéraux qui de petits partis dans les années 1980 se sont développés et sont aujourd’hui devenus les plus importants sur la scène politique.

Pour le député européen, une alternance est nécessaire au sein du Parlement européen, où l’on retrouve l’ancien système conservateur/socialiste, et pour la première fois un grand mouvement proposant une refondation profonde de l’Europe pourrait naître. Il faut réaliser une analyse radicale de l’UE, admettre qu’elle fonctionne mal, comme le montre l’actuelle crise migratoire, ne pas laisser cet argument aux eurosceptiques et apporter des réponses différentes des leurs aux problèmes qui se posent. Certes, le Brexit a de nombreux aspects négatifs mais il a du moins provoqué une onde de choc dans les opinions publiques qui ne veulent désormais plus quitter l’UE. Ce comportement se reflète même chez les partis populistes qui se modèrent et veulent maintenant y rester.

La parole est ensuite donnée à Aurore Bergé qui rappelle la façon dont Emmanuel Macron a été élu. Pour la députée En marche, contrairement à ce que l’on entend souvent, Emmanuel Macron n’a pas seulement été élu pas les gagnants de la mondialisation, particulièrement les habitants de grandes villes. De plus, les élections législatives ont démontré qu’il n’était pas là par accident et qu’il y avait une véritable volonté de rupture. Les élus de la République en Marche ne pas se questionnent pas mutuellement sur leur provenance politique mais cherchent plutôt à dépasser le clivage historique droite-gauche. Ils posent un diagnostic de la situation mais y apportent des réponses différentes de celles des populistes. Ils furent les seuls à défendre un projet pro-européen, ce qui ne les a pas desservis. Aujourd’hui, les partenaires européens de la France se tournent en priorité vers notre pays et non plus vers l’Allemagne.

Le débat s’est conclu par des échanges avec le public, notamment en compagnie des députés Christine Hennion, Loïc Kervran et Jean-Charles Larsonneur.

Le débat est à revoir sur notre page Facebook.