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Slate.fr : Les 1.139.316 voix qui ont fait la victoire d’Hollande

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Article paru dans Slate.fr, mercredi 9 mai.

Pour devancer Nicolas Sarkozy de près de trois points et demi, le candidat socialiste a bénéficié de la poussée de la gauche au premier tour, de reports en baisse mais encore substantiels de l’électorat Bayrou et de reports relativement faibles mais stables de l’électorat Le Pen.


La victoire de François Hollande, pour les électeurs de gauche, a un goût de mai 1981. Le score aussi: avec 51,63% des voix, le futur président atteint pratiquement le même score, à quelques centièmes près, que François Mitterrand face à Valéry Giscard d’Estaing il y a trente ans (51,76%).

Mais est néanmoins le second président le plus «mal» élu de la Ve République, après VGE, justement, en 1974 (50,81%). Il termine avec 1.139.316 voix d’avance, l’équipe du président sortant évoquant elle (son conseiller en communication Franck Louvrier dans Le Monde, un proche cité par l’AFP ou son stratège Patrick Buisson, également cité par Le Monde) un autre chiffre: «500.000 voix». Ce qui n’est vrai que si l’on considère que toute voix perdue par Hollande se reportait automatiquement sur Sarkozy, sans passer par la case abstention…

Des reports moins bons qu’attendus

Quelle arithmétique des reports de voix explique l’écart créé par le challenger socialiste sur le président-candidat, qui s’est donc accru en quinze jours de plus de 600.000 voix? Après le premier tour, deux chercheurs, Jocelyn Evans et Gilles Ivaldi, avaient publié sur leur blog 500 signatures un tableau des moyennes de reports de voix attendus selon les différents instituts de sondages: avec 36% des électeurs de Bayrou et 23% des électeurs de Le Pen pour Hollande, et 34% des électeurs de Bayrou et 51% des électeurs de Le Pen pour Sarkozy, ils arrivaient à un écart théorique de dix points: 55-45.

Les reports vers Hollande ont donc été moins bons qu’attendus… mais pas vraiment étincelants pour Sarkozy. En faisant, aujourd’hui, une moyenne des reports estimés par cinq instituts (Harris Interactive, Ifop, OpinionWay et TNS Sofres par sondage, et Ipsos par sondage et analyse des reports dans 250 bureaux), on peut imaginer ce schéma hypothétique de reports des voix qui hisse le candidat socialiste à 51,63%, avec une participation et un taux de votes blancs et nuls proches de ceux réellement constatés.

Matrice de reports de voix réalisée avec le simulateur de la Fondapol. Moyennes des reports de Le Pen, Mélenchon, Bayrou, Joly, Dupont-Aignan et des abstentionnistes réalisées à partir des sondages Ifop, Ipsos, Harris Interactive, OpinionWay et TNS  Sofres. Aucun institut n’ayant réalisé d’étude sur les reports de Poutou, Arthaud et Cheminade, nous avons entré des reports «fictifs» tenant compte des tendances des élections précédentes et de leurs prises de positions entre les deux tours.

Sans surprise, les reports de voix de Jean-Luc Mélenchon (11,10%) vers Hollande semblent avoir été excellents, sans doute supérieurs à 80%. En 1995, année du dernier gros score comparable d’un candidat soutenu par le PC (8,64% pour Robert Hue), on avait affaire à des reports de voix identiques.

Un tiers de l’électorat Bayrou pour Hollande

Du côté de François Bayrou (9,13% au premier tour), il semble que la position du candidat socialiste se soit légèrement effritée par rapport à Ségolène Royal en 2007, de l’ordre d’une dizaine de points: on est passé d’une fourchette de 40%-50% à 30%-40% selon les instituts. Mais ces dix points n’auraient pas basculé sur Sarkozy mais se seraient réfugiés dans l’abstention, et un bon tiers de l’électorat du Béarnais semble néanmoins avoir voté pour Hollande, ce qui fait beaucoup plus que les reports de voix du centre-droit vers la gauche en 1988 ou 1995.

Ce qui indique, soit que les espoirs de l’UMP d’un très fort ancrage à droite de cet électorat —la partie de centre-gauche étant supposée avoir voté pour Hollande dès le premier tour, contrairement à 2007— étaient quelque peu naïfs, soit que cet électorat a été sensible à la prise de position du candidat, qui a indiqué qu’il voterait à titre personnel pour Hollande. Au final, selon un sondage CSA publié mercredi matin, 56% de l’électorat Bayrou de 2007 aurait voté Hollande.

Dans les zones où le président du MoDem est fort, on constate un clivage entre des départements et régions de l’Ouest et du Sud-Ouest (Bretagne, Basse-Normandie, Mayenne, Pyrénées-Atlantique, Hautes-Pyrénées…), où la gauche connaît une poussée substantielle, et des bastions de la droite (Yvelines, Hauts-de-Seine, Alsace…), où elle peine à augmenter son total.

La différence entre le total de Hollande au second tour et le total Hollande/Mélenchon/Joly/Poutou/Arthaud au premier, en points de pourcentage et par circonscriptions. Carte réalisée avec l’outil Vizlab du CDSP.

Du côté du FN, la gauche ne semble pas bénéficier de meilleurs reports qu’en 2007, mais Sarkozy a perdu une dizaine de points qui se seraient réfugiés dans l’abstention et le vote blanc. Comme l’explique l’institut Ipsos, «si l’électorat lepéniste s’est majoritairement reporté sur l’ancien président de la République […], cela s’est fait dans des proportions insuffisantes pour lui permettre de renverser le rapport de force politique issu du premier tour».

Sarkozy réduit à son noyau traditionnel

Les reports, là aussi, sont très différenciés selon les zones. Dans le Nord-Est confronté à la désindustrialisation et au chômage, ils profitent en bonne partie à la gauche: par rapport à son total cumulé du premier tour, elle gagne douze points dans l’Aisne, la Somme, le Pas-de-Calais, onze dans les Vosges, dix dans la Meuse et la Haute-Saône… A l’inverse, elle ne progresse quasiment pas dans d’autres zones où le FN est fort, comme Paca ou l’Alsace. Ce qui semble refléter le constat d’Ipsos selon lequel «l’électorat de Nicolas Sarkozy lors de ce second tour se réduit au noyau traditionnel de l’électorat de droite: plus de 60 ans, retraités, indépendants et hauts revenus».

La différence entre le total de Sarkozy au second tour et le total Sarkozy/Dupont-Aignan au premier, en points de pourcentage et par circonscriptions. Carte réalisée avec l’outil Vizlab du CDSP.

Pour Nicolas Sarkozy, ces reports de voix moyens sont surtout venus s’ajouter à un second tour déjà bien mal engagé —pour rappel, la gauche totalisait au soir du 22 avril près de 44%, plus de sept points de plus qu’en 2007, dont 42% pour la gauche parlementaire. Face à ce bloc solide, récupérer les 10% du vote Le Pen partis vers l’abstention ou le vote blanc et nul (qui a atteint un niveau très élevé) aurait-il permis à Nicolas Sarkozy, en revenant vers ses niveaux de reports de voix de 2007, de l’emporter?

Non: ces 10% ne représentent qu’un peu plus de 600.000 voix, la moitié de son retard. Il lui aurait donc fallu, soit améliorer encore les reports des électorats Bayrou ou Le Pen, soit mobiliser davantage les abstentionnistes du premier tour, dont il aurait capté autour des trois cinquièmes venus voter, selon TNS Sofres, CSA et OpinionWay. Même en partant de l’hypothèse selon laquelle le président-candidat a séduit 50% d’abstentionnistes de plus que son adversaire (la fameuse «majorité silencieuse»?), il lui aurait fallu une participation record, sans doute de plus de 86%, deux points de plus qu’en 2007, pour que ce renfort lui offre une victoire sur le fil.

Jean-Marie Pottier

Article actualisé le mercredi 9 mai à 12h15 avec le sondage «reports de voix» de CSA.

2 réponses à Slate.fr : Les 1.139.316 voix qui ont fait la victoire d’Hollande

  1. Ce qui est certain c’est que notre capacité de prévision et d’analyse dépend toujours de nos expériences passées.

    Aux prochaines élections, les bons modèles de prévision et d’analyse devront tenir compte du vote musulman ouvertement anti-FN et contre ceux qui courent derrière ses électeurs. Cette « communauté » d’électeurs d’un nouveau genre a déjà osé demander au nouveau président de ne pas nommer Manuel Vals comme ministre de l’Intérieur.

    Vous voyez où en est le vieux creuset de fusion que la France a toujours été ou n’avez-vous point d’yeux pour voir ce qui arrive à Marianne ?

  2. Jean Bart dit :

    Bref ! si les sudistes avaient été plus nombreux ils auraient foutu la pâté aux nordistes ! Moi aussi je peux être journaliste. Ce qui me manque c’est la capacité de faire 100 lignes avec ce qui peut se dire en 2…. Mais on a beau retourner le machin en tous sens, une défaite reste une défaite et une victoire, une victoire. Comme disait un sportif: c’est la faute à l’arbitre mais on f’ra mieux la prochaine fois.

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