Pour Dominique Reynié, dans toute l’Europe, les partis d’extrême droite, convertis au populisme, gagnent du terrain

Sud Ouest : Les partis de gouvernement ont-ils néglige les questions qu’abordent les partis populistes ?

Dominique Reynié : Souvent repris en écho par le monde intellectuel et médiatique, ils ont considéré que certains thèmes ne devaient pas être pris en considération, parce qu’ils étaient pernicieux. Ces sujets sont typiquement l’immigration et les effets de la recomposition ethnoculturelle de nos sociétés.

Y a-t-il une manière d’en parler sans être populiste ?

Il faut considérer que les problèmes se posent de façon objective, comme des questions auxquelles il faut trouver des solutions dans le consensus, sans stigmatiser personne, pour qu’ainsi cela prenne place dans des politiques générales comme l’accès au logement, l’école ou le désendettement.

Le non au référendum européen de 2005 a-t-il marque la montée du populisme ?

Je ne dis pas que tous ceux qui ont voté non sont des populistes, mais je maintiens que tous les populistes ont voté non. On a montré aussi que ce n’est pas la gauche qui a fait le non, c’est la droite souverainiste antieuropéenne et extrême.

La gauche n’aurait été qu’un appoint ?

Cette appréciation laisse le sentiment que son apport aurait été marginal. A l’intérieur du non, la majorité a été apportée par des éléments clairement xénophobes de la société française. Les thèmes sur lesquels s’est fait le rejet du traité sont des thèmes de repli, y compris celui du plombier polonais, dont Philippe de Villiers a été l’inventeur et qui a été repris par le PCF. Vous avez noté que la dérision est infligée aux partis de gouvernement mais pas aux populistes. Cela concerne beaucoup plus la radio et la télévision, ou, dans les émissions politiques, il y a un moment de moqueries et de sarcasmes qui frappe les partis de gouvernement. Je pars de l’hypothèse que l’on ne se moque pas de ce que l’on respecte, ce qui revient à bâtir, sans doute de façon involontaire, un statut privilégié pour les leaders populistes.

Vous avez intitulé un de vos chapitres « La tentation de l’alliance ». Est-elle envisageable ?

Si on élargit un peu notre vision, il y a en Pologne et en Hongrie des partis populistes de gauche qui se sont alliés à des partis clairement antisémites et anti tziganes. Mais la question se pose clairement à droite, puisque cela s’est déjà produit en Autriche, aux Pays-Bas, en Italie et, on l’a vu hier, en Finlande.

Et en France ?

Le discours du FN s’est profondément modifié. Malgré tout, il y a des éléments, à l’intérieur, qui sont déterminants, comme la sortie de l’euro, l’idée de réserver les services sociaux aux nationaux, on est très vite sur des mécanismes inacceptables pour une droite républicaine. Une telle alliance ferait la prospérité du parti populiste et serait un poison mortel pour le parti de gouvernement. Elle achèverait de faire basculer la droite dans le camp du populisme frontiste. La partie de la droite qui l’aurait refusé se tournerait alors vers les partis centristes ou vers une gauche qui se serait recentrée, ce serait donc l’éclatement de la droite de gouvernement.

Propos recueillis par Jean-Pierre Deroudille, publiés dans Sud Ouest, le 19 avril 2011