Avec « Où va la démocratie », Dominique Reynié, pour le compte de la Fondation pour l’innovation politique, dresse un état de la démocratie en Europe, plutôt mal-en-point avec des variantes locales.

Voilà qui permet de tâter le pouls des valeurs démocratiques occidentales, pays par pays, et de constater jusqu’à quel point elles sont remises en question à l’heure de la globalisation, des populismes, et du culte des hommes forts.

La fondation pour l’innovation politique a réalisé une vaste enquête dans 26 pays et 23 langues, sur un échantillon de plus de 22 000 entretiens. En Europe, trois zones se dessinent. L’une, au nord, où la démocratie a encore du crédit, avec un record chez les Norvégiens à 83 %.

Sur le pourtour méditerranéen, des pays devenus démocratiques dans les années 1970-1980 « en dépression », et qui ont un jugement négatif sur le fonctionnement de leurs institutions en Espagne (60 %) ou en Grèce (67 %), à l’exception du Portugal qui reste confiant. La France, à titre de comparaison, est à 53 %.

La troisième zone regroupe les pays de l’ancien bloc soviétique. Passés à l’ouest au début des années 1990, ils ne sont pas plus acquis à la cause démocratique. Les Bulgares sont 82 % à estimer que la démocratie fonctionne mal, contre 80 % pour les Hongrois ou les Croates. Dans cette zone de l’Europe centrale et orientale, 46 % souhaitent voir leur pays dirigé par un «homme fort».

Défiance généralisée en Italie, pessimisme en France

L’enquête fait aussi apparaître des cas particuliers et des thématiques intéressantes. On y apprend à quel point l’Italie est en crise, avec la défiance généralisée envers les partis politiques (93,5 %), le gouvernement (80 %) ou le Parlement (78,5 %).

Que les Français restent quant à eux les champions du pessimisme, avec 77 % d’entre eux qui estiment que leur pays « sera demain moins bien qu’aujourd’hui».

Que la monnaie européenne est certainement l’un des derniers remparts contre le populisme. La place de l’Islam en démocratie pose question presque partout à des degrés variés (54 % pour l’Europe de l’ouest, 63 % pour l’Europe de l’Est).

Des résultats intéressants, mais qui ne permettent cependant pas de répondre à la question titre de l’ouvrage : où va la démocratie ? On y verra un état de la démocratie, plutôt mal-en-point avec des variantes locales, avec une « hypothèse d’un dépérissement ». Pour ce qui est de remèdes, tout reste à imaginer.