Au lendemain de la crise financière mondiale, les États-Unis ont été confrontés à un taux de chômage sans précédent et dont le niveau actuel demeure inquiétant (7,8 % en septembre). Pour Barack Obama, l’heure est plus à la défense de bilan qu’à l’énonciation de propositions. Son challenger républicain fait campagne dans une position avantageuse en produisant, des propositions audacieuses en faveur d’amendements au National Labor Relations Act (NLRA)[1]. Sur les thématiques liées à l’emploi, aussi bien les candidats que les acteurs institutionnels émettent suggestions et réserves, notamment s’agissant de l’évolution positive du taux de chômage du mois de septembre.

La Fed, désireuse de mesurer ses interventions en faveur de l’emploi

Actuellement, les taux d’intérêts pratiqué par la Réserve Fédérale sont au plus bas. L’économie américaine se voit donc offrir l’opportunité de se refinancer à un coût relativement faible. Dès lors, une hausse des taux d’intérêts devrait logiquement intervenir au risque de laisser croître une inflation de plus en plus latente. Pour la plupart des analystes, la décision de la Fed relative à une éventuelle hausse ou maintien des taux d’intérêts n’interviendrait qu’à l’issue du scrutin présidentiel, donc pas avant décembre.

Un éventuel assouplissement de la politique monétaire de la part de l’institution de Washington serait idéal mais affecterait les prix et diminuerait par conséquent le pouvoir d’achat des ménages. Si la Fed agit sur les taux, le Président sortant pourrait obtenir des fonds pour renforcer la politique fédérale de l’emploi. A contrario, le candidat du Parti Républicain y verrait une fenêtre d’opportunité pour critiquer la politique monétaire expansive de la Réserve Fédérale.

Agir pour l’emploi : priorité commune pour Barack Obama et Mitt Romney

La politique fédérale de l’emploi fait l’objet d’un relatif consensus de la part des deux candidats en lice pour la Maison Blanche. Barack Obama insiste fortement sur le fait qu’à peine élu, il a redynamisé les créations d’emplois aux États-Unis par un ensemble de dispositifs incitatifs. Malgré tout, l’année 2009 est restée une année noire, synonyme de destructions d’emplois : ce n’est qu’au début de 2010 que les créations de postes dans le secteur privé sont reparties à la hausse. Si le Président sortant a pu jouer un rôle, c’est davantage la conjoncture favorable mise en place par les politiques de quantitative easing[2] de la Fed qui explique l’augmentation des recrutements dans les entreprises américaines.

Pour Mitt Romney, l’emploi est évidemment une priorité mais la grille de lecture diffère de son concurrent. Agir sur l’emploi, c’est d’abord agir sur les actes juridiques qui régulent les relations entre employeurs et employés. C’est aussi revoir la façon dont les entrepreneurs voient leurs investissements valorisés. Pour le candidat républicain, il faut amender de manière intensive le NLRA afin de recréer de la confiance dans les diverses branches de l’économie américaine.

Financer l’emploi, c’est consolider financièrement les autres pans de l’économie américaine

Comme Barack Obama, Mitt Romney a compris que l’emploi est une thématique transversale : avec une politique fédérale de l’emploi, il est possible d’agir sur la fiscalité et la compétitivité des entreprises ou bien de rééquilibrer la balance commerciale. Tous les leviers doivent être utilisés pour créer un tissu d’emplois forts et durables.

Originaire de Détroit, le candidat du Parti Démocrate s’exprime en faveur de la création d’un nouveau million d’emplois industriels dans le but de doubler les exportations américaines. Les thématiques de l’emploi, étroitement corrélées à celles de l’éducation, font l’objet d’une attention toute particulière dans le camp démocrate. Outre le fait que les démocrates souhaitent injecter des liquidités dans l’éducation, ils se prononcent pour la mise en place de programmes de formation à l’attention des travailleurs américains. Toutefois, il n’est pas précisé si ce dispositif s’appliquera aux travailleurs non-qualifiés ou sous-qualifiés. Pour Mitt Romney, l’objectif est de réduire la régulation fédérale s’agissant des conditions d’embauche ou encore des droits octroyés aux employés (et aux employeurs).



[1] Élaboré et ratifié par le Congrès en 1935, le National Labor Relations Act protège les droits des employés et des consommateurs et encourage d’autres aspects liés à l’emploi (par exemple, la négociation collective).

[2] Politique monétaire « laxiste » pratiquée par la Fed afin de permettre un accès peu coûteux aux crédits, notamment pour les entreprises. Le taux principal est actuellement entre 0 et 0,25 %.

Credit photo-Flickr-_boris, Leader Nancy Pelosi, Uolir.

Ce papier s’inscrit dans une série de textes de la Fondapol sur l’économie dans la campagne électorale américaine. Retrouvez les autres sujets :

1. Les dépenses sociales dans la ligne de mire du candidat Romney (1/4)
2. Deux programmes, deux visions de la fiscalité du secteur privé (2/4)