Débat autour de l'ouvrage 1,2 milliard d… par fondapol

La Fondapol a reçu le 31 janvier 2013 Jean-Pierre CORNIOU pour débattre de son livre « 1,2 milliard d’automobiles, 7 milliards de terriens – La cohabitation est-elle possible ? »,  publié aux éditions Lignes de Repères. Jean-Pierre CORNIOU a écrit le livre avec Marine CORNIOU, journaliste scientifique et absente le jour du débat.

L’auteur est consultant et directeur adjoint de SIA Conseil, un cabinet de conseil en management et a travaillé dans plusieurs directions des systèmes d’information dans l’industrie et notamment à Renault. Anne-Marie IDRAC a préfacé le livre, ancienne ministre déléguée au Commerce extérieur (2008-2010), déléguée aux Transports (1995-1997) et PDG de la RATP et présidente de la SNCF et Dominique REYNIÉ, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique participaient à cet échange.

Anne-Marie IDRAC a d’abord fait un recentrage sur la question de l’automobile et de la mobilité. La mobilité est un reflet de l’organisation des sociétés, une libéralisation, une circulation interne des travailleurs, elle est un enjeu au cœur de la globalisation. Anne-Marie IDRAC est revenue sur le fait qu’il existe non pas une, mais des mobilités avec différents lieux de vies. A Paris par exemple moins de la moitié de la population possède une voiture du fait de son bon réseau d’interconnexions.

Elle a ensuite souligné les paradoxes de l’industrie automobile mis en lumière par le livre. L’automobile reflète la liberté de se mouvoir de manière individuelle, pourtant le risque d’embouteillages en est un frein. La forme individuelle de l’automobile est sous-utilisée dépendante du pétrole, il faut donc penser l’automobile moins en terme industriel et individuel, mais davantage comme un service collectif. Selon Anne-Marie IDRAC l’avenir de l’automobile sera européen, numérique, porté par la motorisation et l’innovation (voiture électrique, hydrogène, hybride ?).

Jean-Pierre CORNIOU est ensuite revenu sur l’histoire de l’industrie automobile française et a d’abord retracé son âge d’or. En effet c’est la France qui a inventé le moteur à explosion, Louis Renault a lui inventé les premiers taxis de la Marne (1905 -1910) et furent  la première innovation automobile servicielle. La France a été la première à domestiquer cette innovation technologique. Le fordisme a par la suite introduit l’automobile à outrance. A cette époque l’industrie automobile française s’est maintenue jusque dans les années 30 en restant dans le haut de gamme.

Après la seconde guerre mondiale, le choix de se spécialiser dans les petites et moyennes pour le grand public voitures a été fait. Jean-Pierre CORNIOU a souligné que les états ont toujours été investis dans l’industrie automobile. L’Etat français est actionnaire de 15% de Renault et VW est un organisme semi-public. Ce choix étriqué créant un écosystème français  a permis des revenus stables dans l’industrie automobile jusqu’en 1973. L’industrie automobile  française n’a jamais réussi à remonter dans le haut de gamme ou à s’internationaliser, l’échec de la Vel Satis et l’implantation de Renault aux Etats-Unis, en Chine ou au Japon en sont des illustrations.  A contrario l’industrie automobile allemande a très bien réussi sa montée en haut de gamme. Pourtant en retard au début, elle a réussi à s’imposer en opérant un lobbying international, en levant les limitations de vitesses et en regroupant Volkswagen BMW et Mercédès.

Du fait cet héritage, Jean-Pierre CORNIOU a expliqué qu’il fallait imaginer la voiture de demain ;  pratique,  innovante, légère, recyclable, composite, automatisable et qui se gare facilement. Qu’en à la voiture électrique le problème de son manque d’autonomie (aujourd’hui 113km maximum) n’a pas encore été résolu. Il faut aussi repenser la chaine de mobilité, privilégier pour chaque usage, un moyen de transport ou de mobilité, tels que la marche à pied ou le bus. L’avenir de la mobilité ce n’est pas l’automobile individuelle, mais plutôt une mobilité intégrée de bout en bout de manière intelligente et appropriée.

Dominique REYNIÉ a ensuite souligné l’enjeu que représentait le pétrole, la montée des prix de celui-ci et des normes environnementales et a posé la question de la substitution du pétrole en faveur de ’hydrogène ou de l’hybride….On découvre de nouvelles sources pétrolières et le pétrole est toujours beaucoup utilisé, alors que la pollution est un problème croissant. Or la voiture électrique n’est pas toujours respectueuse de l’environnement selon la manière de produire l’électricité. L’hydrogène apporte des avantages, mais il n’existe pas à l’état naturel et il faut donc le produire. Le pétrole s’est imposé, car c’était la source d’énergie la plus simple à utiliser, la moins chère et la plus facile à stocker.

En conclusion, il ne faut pas oublier l’image de l’automobile, qui représente un certain statut social. La Ferrari n’a pu s’implanter en Chine qu’en augmentant ses prix de vente. J-P CORNIOU affirme que personne n’a encore trouvé de réponses face aux enjeux de l’industrie automobile, qui touchent l’homme, les questions d’urbanisation et de vivre ensemble. Il faut pourtant réinventer de nouveaux produits intelligents et innovants et cela passe par le numérique.