Un débat a été organisé par la Fondation pour l’innovation politique, en partenariat avec La Revue Civique, le jeudi 13 mars 2014 autour de l’ouvrage de Gérard Grunberg La Loi et les Prophètes, Les socialistes français et les institutions politiques (1789-2013), publié aux éditions du CNRS.

Étaient présents pour échanger autour de l’ouvrage Dominique Reynié, Directeur général de la Fondation pour l’innovation politique et professeur à Sciences Po, Gérard Grunberg, directeur de recherche émérite CNRS au Centre d’études européennes de Sciences Po, et Jean-Philippe Moinet, fondateur de La Revue Civique.

 
Discussion autour de l’ouvrage La loi et les… par fondapol

Comment un parti de classe s’est-il mué en un parti parlementaire en France ? Comment cette intégration au régime parlementaire s’est-elle passée et quelles en ont été les conséquences ? Comment les socialistes français ont pu « apprivoiser » les institutions sachant que se rapprocher du fait institutionnel risquait d’effacer l’étiquette « socialiste » ?

Ces interrogations amènent la question des liens qu’entretient la gauche français avec l’exercice du pouvoir et des effets découlant de ce fait de gouverner sur la gauche française. L’ouvrage a le mérite d’analyser ce rapport par un cycle historique complet, depuis la Révolution française jusqu’à nos jours.

Gérard Grunberg revient sur l’ensemble des questions soulevées en rappelant que la gauche n’avait pas réellement de doctrine institutionnelle. L’auteur considère que pendant très longtemps, le rapport du Parti socialiste (PS) au régime représentatif n’allait pas de soi : une longue et contradictoire adaptation à ce régime sera nécessaire. Comment un parti révolutionnaire peut s’adapter au régime représentatif et à une conception libérale de la politique ? Les premiers socialistes voyaient leurs racines être différentes les unes des autres pour approcher le régime représentatif. C’est la Révolution qui marqua le point de départ. Les premiers socialistes pensaient qu’une nouvelle période s’ouvrait et visait à non plus gouverner les hommes mais administrer les choses. Le fait d’être républicains a poussé les socialistes à s’adapter aux institutions parlementaires.

Jean-Philippe Moinet se demande si François Hollande se fait une idée nouvelle de la représentation des institutions. Gérard Grunberg explique qu’il existe des éléments de continuité et de différence avec François Mitterrand : il a « fait avec les institutions », et le président de la République dit à chaque fois que l’on est aujourd’hui dans la Ve République et non dans une éventuelle VIe République.

L’auteur rappelle que l’adaptation à la Ve République vient du fait que le rapport au parlementarisme n’était pas clair dans la mesure où il fallait admettre que l’on puisse représenter autre chose que la classe ouvrière. Le PS a pu s’acclimater à la République parlementaire car le parti en était un rouage important. Le principe est qu’on ne peut pas s’allier à un parti qui représente d’autres classes, comme le défendait Léon Blum. Quand François Mitterrand choisira de prendre des ministres communistes dans son gouvernement, ça ne sera pas une alliance mais bien l’espérance de la reconstitution d’un bloc ouvrier. Gérard Grunberg précise que les socialistes n’ont jamais dit qu’ils ne s’allieraient pas au Parti communiste.

Était au cœur du débat le mode de scrutin visant l’élection à la présidence de la République, notamment en ce qui concerne un retour à la proportionnelle. Le mode de scrutin actuel finit par produire des effets pervers dans un pays où seuls au pouvoir, UMP et PS, ont peu de moyens pour régler les différents problèmes. Dominique Reynié explique que la proportionnelle entrainerait vraisemblablement un jeu d’alliance indispensable, peut-être texte par texte. Gérard Grunberg rappelle quant à lui qu’un scrutin proportionnel viendrait selon toute logique renforcer le rôle du Premier ministre face au président de la République. Une majorité parlementaire serait peut être plus efficace qu’un président élu au suffrage universel direct.

De la même façon, les socialistes n’ont pas su se saisir correctement de l’autre voie que représente la décentralisation. À cet égard, Gérard Grunberg revient sur le fait que le PS a été un parti fondamentalement jacobin. Pour faire de la vraie décentralisation, il faut détruire les départements. Or cela n’est pas fait car on respecte la tradition bonapartiste en plus de la présence de nombreux socialistes dans les conseils généraux. Quand François Hollande avait annoncé sa volonté de décentralisation, les « super-structures » prirent le dessus et se sont finalement empilées les unes sur les autres.

S’agissant du niveau européen, Gérard Grunberg explique qu’il n’y a pas de pensée socialiste sur l’Europe. Dans les années 70, on avait un parti anti-européen parce qu’anti-capitaliste et les socialistes de l’époque parlait alors de l’Europe germano-américaine. Aujourd’hui, le PS arguera de son impossibilité à mettre en œuvre le socialisme en Europe dans la mesure où la plupart des gouvernements en Europe sont de droite. Le PS fait donc de l’Europe son point d’orgue pour sa lutte contre l’Europe libérale.

Matthieu Turpain

 

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Pour aller plus loin, retrouvez le compte-rendu de l’ouvrage de Gérard Grunberg publié sur le blog Trop Libre.