Après deux années de crise, où en sont l’Europe et les Européens ? Une série d’articles pertinents qui font émerger un Vieux Continent vivant, loin de sa gangue institutionnelle habituelle.   
Passionnante, cette plongée dans l’Europe d’après-crise. D’un exercice récurrent – « L’Opinion européenne » boucle cette année sa 11 e édition -, le collectif d’auteurs réunis pour ce cru 2010 hisse l’ouvrage un cran au-dessus des précédents, portés, sans doute, par la dimension historique des événements récents. « L’Europe avance au pas des nations, le monde croît au rythme des Etats-continents », écrit Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert-Schuman.
Ce fossé grandissant est incontestablement la clef de cet ouvrage collectif où, quels que soient les sujets abordés, l’économie, les finances, la pauvreté, les PME, la contestation politique et, plus largement, le désir d’unir nos destins, l’Europe donne le sentiment d’avancer avec un temps de retard, presque à contrecoeur. Est-ce le confort du marché unique ou encore le bouclier de l’euro qui ont émoussé notre désir d’Europe ? Pourquoi, partout, ce repli nationaliste, cette montée de la xénophobie mesurable par le nombre croissant d’Européens avouant avoir une mauvaise opinion des musulmans ? D’où viennent, finalement, ce goût retrouvé des Européens pour leurs « mauvaises pensées », comme l’écrit joliment Dominique Reynié ?

Des contradictions

Dans cette succession d’articles fort bien documentés et accompagnés de graphiques particulièrement pertinents, c’est une Europe très concrète qui se découvre, loin de l’assommante littérature bruxelloise qui n’est pas pour rien dans le désintérêt des Européens pour la vie de leur continent. Nous saurons tout, donc, de l’euroscepticisme, de l’écologie « géant politique mais nain électoral », de l’espoir nuancé que représente une jeunesse avide d’Europe mais terriblement absente lors des scrutins communautaires, de l’aversion des médias pour des institutions précisément trop institutionnelles ou encore de la façon dont chaque pays s’efforce de gérer le problème de ses sans-abri ou de ses fonctionnaires.
La question des finances publiques de nos pays, évidemment, figure en bonne place dans l’ouvrage qui ne souffre en rien d’être paru avant la grande déferlante de plans de rigueur observée ces dernières semaines. C’est tout le mérite de Nicolas Bouzou, contributeur de cette partie austère de l’ouvrage, d’avoir anticipé la séquence plan de relance – endettement massif -austérité inévitable et d’en tirer les leçons, en s’interrogeant notamment sur ce qu’il reste à nos économies de capacités pour agir. Et puisqu’il est recommandé d’emporter ce livre en vacances, signalons ce projet de jeu télévisé où 27 candidats s’affrontent autour d’un quizz : une question, au hasard ? En quelle année le premier élargissement de l’Union a-t-il eu lieu ? 1969 ? 1970 ? 1973 ? 1978 ? A vos réponses.

DANIEL FORTIN