Dans un paysage idéologique souffrant du manque de débats, une vingtaine de clubs de réflexion de droite et de gauche se sont réunis à Paris pour confronter leurs idées. «Libéralisme à la peine cherche adversaires pour discuter » : tel aurait pu être l’intitulé du 1er forum des think tanks , à la française. À l’initiative de la Fondation pour l’innovation politique, proche du pouvoir, une vingtaine de clubs de réflexion (des think tanks en anglais) se sont retrouvés samedi à Paris pour une journée de débats sur les défis actuels. Dans un monde où l’échange des idées est des plus limités, l’événement mérite d’être salué.
Sans aucun doute, il y a dans les cercles intellectuels proches de l’Élysée la volonté de donner l’illusion d’un consensus idéologique sur certaines grandes questions à la veille de la présidence française des G20 et G8. Il faut dire que les initiateurs se sont efforcés de prendre en compte la diversité française. C’est ainsi que parmi les 23 think tanks invités à débattre on a pu, en plus de la Fondation pour l’innovation politique, retrouver des clubs proches de la droite ou du patronat comme la Fondation Ifrap, l’Institut Montaigne, l’Institut de l’entreprise, d’autres liés à la mouvance socialiste, tels Terra Nova, ou la Fondation Jean-Jaurès, mais aussi l’association pour la Fondation de l’écologie politique du Vert Alain Lipietz, ou la Fondation Gabriel Péri, proche de la sensibilité communiste. Certains clubs présents s’affirment davantage ancrés dans une problématique sociale, tels SAF-Agriculteurs de France, la Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde, ou Caucus des diversités en Europe.
Un découragement démocratique
Y a-t-il eu pour autant consensus ? L’impression finale est plutôt celle d’un courant libéral éreinté par la crise du capitalisme à la recherche d’adversaires afin de nourrir sa propre vitalité. Les a-t-il pour autant trouvés ? Au fil des 4 tables rondes tenues durant toute la journée, les libéraux à la tribune, aussi bien Agnès Verdier Molinié, de l’Ifrap, Jean-Marc Daniel, de l’Institut de l’entreprise, que Gérard Dussillol, de l’Institut Thomas More, se sont relayés pour affirmer que tout le mal venait de « l’excès de dépenses publiques ». Un discours sans aucun doute lunaire si l’on se rappelle que l’effondrement du système financier a été évité grâce à une intervention publique sans précédent et dont la note est aujourd’hui présentée aux peuples. Cette contradiction entre le discours et le réel a été relevée par un représentant du Cercle des économistes, club qui pourtant n’a rien de radical. Jean-Hervé Lorenzi a rappelé que le monde n’est pas sorti de la crise, que la politique de réduction des dépenses publiques allait « nous coûter 1 à 1,5 point de croissance ».
Il a fallu cependant attendre la dernière table ronde consacrée aux « nouvelles formes de citoyenneté » pour que soit prise en compte, parallèlement à la crise économique, celle des systèmes libéraux, notamment la crise de la construction européenne. C’est ainsi que Hakim Hallouche, de Caucus des diversités en Europe, a, lui, fait consensus en affirmant que « la démocratie en France et en Europe est travaillée par un découragement démocratique ». Daniel Cirera, de la Fondation Gabriel Péri, a ouvert un espace en évoquant la « crise de légitimité démocratique » de la construction actuelle et en soulignant qu’une nouvelle forme de citoyenneté est probablement en train de se construire au travers des luttes convergentes conduites en Europe par les travailleurs et leurs organisations contre les plans d’austérité.
Pierre Ivorra