La question du statut de la France dans l’Alliance atlantique, hérité de la décision prise en 1966 par le général de Gaulle de retirer notre pays de la structure militaire intégrée de l’OTAN, est à nouveau posée. Dès son premier important discours de politique étrangère, le président Nicolas Sarkozy, abordant un sujet à ses yeux « longtemps tabou », appelait de ses vœux « la rénovation de l’OTAN et de sa relation avec la France » et évoquait « une organisation atlantique où nous prendrions toute notre place ». Quelques semaines plus tard, le président confirmait à Washington, devant le Congrès des États-Unis, qu’il souhaitait que la France, l’un des membres fondateurs de l’Alliance, « prenne toute sa place dans l’effort de rénovation de ses instruments et de ses moyens d’action » et qu’elle pourrait le cas échéant retrouver « toute sa place dans l’OTAN ».L’un des nombreux dilemmes posé par une politique extérieure commune de l’Union repose sur l’exception française dans le cadre de l’Alliance Atlantique. Héritée de la décision prise en 1966 par le général de Gaulle de retirer la France de la structure militaire intégrée de l’OTAN, cette situation semble être remise en cause par le président Sarkozy. En effet, les ambitions de la France en matière de défense européenne, malgré les avancées enregistrées depuis le lancement de la PESD, « continuent d’être hypothéquées par le maintien de son statut particulier et l’affirmation intransigeante de ses positions au sein de l’Alliance ». Les pays partenaires de l’Union, et en particulier les nouveaux membres pour lesquels l’atlantisme reste un horizon indépassable, sont d’autant plus réticents à suivre les ambitions françaises qu’elles sont perçues comme une alternative à l’Alliance.
Or, comme le souligne Frédéric Bozo, l’éventuelle « normalisation » de la position française est aujourd’hui plus une question de style et de tactique : les relations entre la France et l’OTAN se sont déjà largement, mais discrètement, normalisées ces dernières années. Il s’agit plus de lever un tabou, la position de la France ne correspondant plus guère à la réalité. Cette décision aurait le mérite de « rassurer » les partenaires de l’Union sur une politique de défense européenne compatible avec leurs relations atlantiques. Cependant, même en cas de normalisation institutionnelle, les positions françaises et américaines n’en seront pas pour autant plus proches sur les sujets les plus importants soulevés par l’Alliance, sur son rôle, ses contours géographiques, son fonctionnement ou ses équilibres internes. D’où la conclusion de Frédéric Bozo : « Raison de plus, peut-être, pour régler définitivement l’accessoire (soit la normalisation institutionnelle de la France au sein de l’Alliance) afin de mieux se concentrer sur l’essentiel ».