La pandémie de Covid-19 a conduit à un retour au premier plan de la question de la souveraineté économique, tout particulièrement en France. L’enjeu est de savoir quel contenu exact donner à cette notion. Cet exercice apparaît doublement nécessaire, car il permet tout à la fois d’éviter les écueils d’une politique de repli massif et de définir les contours d’une politique réaliste et efficace de souveraineté.

Dans une acception maximaliste, la souveraineté économique conduirait à préconiser un retour à une certaine autarcie : pour ne dépendre de personne, un pays devrait en quelque sorte se mettre « hors du monde ». Nous montrons qu’une telle politique conduit à une impasse et qu’elle est même quasiment impossible. Une politique d’inspiration mercantiliste, qui viserait à réduire les importations, aurait quant à elle des effets opposés à ceux recherchés. En définitive, autarcie comme mercantilisme peuvent jouer contre les performances de l’économie et se révéler contradictoires avec un objectif de souveraineté économique.

Dès lors que l’on écarte ces deux visions, la souveraineté économique consiste pour l’essentiel à s’assurer de la disponibilité de certaines productions jugées essentielles. Elle peut justifier, sous certaines conditions, de mener des politiques actives de relocalisation de produits jugés stratégiques, mais aussi d’engager une politique industrielle de rattrapage technologique.

Cette note a été écrite par Emmanuel Combe, professeur des universités (Paris-1 Panthéon Sorbonne), professeur à la Skema Business School, vice-président de l’Autorité de la concurrence, et Sarah Guillou, économiste, directrice du département Innovation et Concurrence de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), chercheuse associée à la Skema Business School.