Du 25 janvier au 1er février 2006, Cécile Chavel, psychanalyste, Franck Debié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, et Jérôme Monod, Président d’honneur, se sont rendus aux Etats-Unis pour étudier le modèle d’intégration américain. Cette publication est le fruit de cette semaine d’échanges intensifs avec des interlocuteurs très divers, sur les questions auxquelles est confrontée la société américaine : immigration, intégration, communautés, inaptitude au dialogue entre individus, violence, droitisation des Eglises… L’Amérique n’est pas toujours très lucide sur elle-même, mais à la base, au niveau du terrain, des projets et des solutions parfois tout à fait innovants sont expérimentés, et ceux-ci peuvent être très utiles à la France.Cette mission menée à New-York et Washington auprès de ceux qui mettent en œuvre cette intégration à l’américaine (travailleurs sociaux, militants des églises, représentants des communautés et des mouvements en faveur des droits civiques…) cherche à faire le point sur le « modèle d’intégration américain ». Une série de conclusions semble alors imposée :

  • Ce modèle nous est en fait mal connu, dans ses principes et dans son organisation.
  • Il connaît aujourd’hui une crise profonde, le drame de la Nouvelle Orléans ayant été le révélateur de la pauvreté et de l’exclusion qui touche une grande partie des américains.
  • Actuellement contesté par un néo-conservatisme moral et puritain, il est néanmoins susceptible de rebondir et de renouveler autour de nouvelles institutions (communauté de multi-appartenances, structures de soutien aux talents individuels…)

La mobilisation de la société américaine en faveur de l’intégration repose sur quelques principes :

  • « Accommodement raisonnable » d’un droit à la différence, soumis à un principe supérieur d’intégration : l’expression publique de la différence n’est autorisée que si elle est sollicitée et si elle favorise l’intégration.
  • Mobilisation civique pour l’exercice effectif des droits civils : droit de vote, accès aux ressources nécessaires pour devenir candidat et élu (associations civiques communautaires, leadership conférences, ressource centers pour les élus).
  • Mobilisation pour faire vivre les lois anti-discriminatoires devant les tribunaux (associations d’avocats bénévoles, campagnes massives de sensibilisation de l’opinion)
  • Pratique souple du coalition building entre toutes les associations au service de la prévention.

Pour la France, il serait donc intéressant de s’inspirer de ce modèle, mais dans certaines limites :

  • Retenir de l’éthique protestante les seules valeurs de dynamisme, d’optimisme, du sens de l’initiative, et de la responsabilité individuelle.
  • Etre prudent quant à l’adoption de lois liées à l’idée de multiculturalisme : l’idée d’une reconnaissance sans limite de toute tradition peut ouvrir la voie à l’intolérance et la haine. Plus largement, il s’agit de porter une attention particulière aux effets pervers des mesures partant de ‘bons sentiments’ lorsqu’elles sont radicalisées.
  • Nécessité d’une formation à la tolérance, et au respect d’autrui.