Depuis quelques années, les campements de migrants sans-abri défraient la chronique. Présents dans certains quartiers ou à la périphérie des villes, ils suscitent des réactions indignées ou exaspérées. Désignés comme un retour des bidonvilles, ils sont principalement habités par des immigrés aux situations variées : demandeurs d’asile et réfugiés aux dossiers incorrectement traités, ressortissants européens roms, sans-papiers… Ces sites sont régulièrement évacués puis repeuplés. Visibilité et volume du problème distinguent la France, particulièrement Paris. C’est ce que montre une enquête réalisée en 2018 dans six capitales européennes (Bruxelles, Berlin, Bucarest, Londres, Madrid et Rome). En ce qui concerne les migrations, la prise en charge des dossiers y repose sur le droit national et les moyens de sa mise en oeuvre. Mais, dans ces métropoles, les autorités locales ont davantage la main face aux campements que dans les villes françaises. Il serait judicieux de s’inspirer de leurs réalisations, tant en ce qui concerne le recensement que le traitement des phénomènes. Comparaison et coopération s’imposent d’autant plus que la dimension proprement européenne de l’errance et de la grande indigence s’avère cruciale. En tout état de cause, la situation et la politique française, singulièrement à Paris, méritent d’être appréciées à l’aune de ce qui se déroule dans d’autres pays européens. La France ne saurait se résoudre à une banalisation que l’on ne rencontre pas ailleurs.

Cette note a été écrite par Julien Damon, professeur associé à Sciences Po, membre du conseil scientifique et d’évaluation de la Fondation pour l’innovation politique.