Une ou deux fois par siècle, une crise majeure provoque un changement de paradigme, une transformation de l’ensemble des règles et des hypothèses qui régissent les systèmes économiques et sociaux. Cela se produit lorsque les solutions qui ont fonctionné par le passé ne sont plus efficaces et lorsque de nouveaux problèmes menacent de submerger les institutions sociales et politiques. Un changement de paradigme est un processus lourd qui s’étale sur une période de vingt-cinq à trente ans, période suivie de plusieurs décennies durant lesquelles domine un nouvel ensemble de règles et d’hypothèses. Puis le schéma se répète à nouveau.

Un niveau élevé d’incertitude est un excellent indicateur de la nécessité d’un changement de paradigme. Ce niveau était déjà très élevé après le krach financier de 2008. L’augmentation des disparités entre les revenus et entre les régions, le réchauffement climatique et les catastrophes plus fréquentes et plus coûteuses l’ont fait grimper. Lorsque la pandémie s’atténuera – et qui sait quand cela se produira ? –, nous serons vraiment en territoire inconnu. L’incertitude peut être paralysante, surtout lorsque les gouvernements sont censés réagir à plusieurs crises qui se chevauchent. Et une résolution des problèmes secteur par secteur n’apporte qu’un soulagement à court terme.

Cette note n’entend pas livrer un aperçu de ce à quoi ressemblera le prochain paradigme après la pandémie de Covid-19. Ce paradigme sera peut-être axé sur les risques environnementaux et naturels, mais personne ne le sait encore. On se penchera plutôt sur la nature des changements de paradigme, des raisons pour lesquelles les crises sont des périodes de rupture et pour lesquelles le paradigme du XXe siècle est mal adapté pour répondre aux défis du XXIe siècle, sur la nature de ces défis et la façon de mieux faire face à la transition déjà en cours.

Cette note a été écrite par Josef Konvitz, qui a pris sa retraite de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en 2011, où il était directeur de la division « Politique réglementaire ». Il avait rejoint la division des « Affaires urbaines » en 1992, qu’il a dirigée de 1995 à 2003. Historien de formation, il a fait partie de la faculté d’histoire de la Michigan State University de 1973 à 1992. Il est professeur honoraire de l’université de Glasgow et titulaire de la chaire à l’Observatoire international Pascal. Josef Konvitz vient de publier Ne gaspillons pas une crise (Fondation pour l’innovation politique, avril 2020). Il est également l’auteur de Cities and Crisis (Manchester University Press, 2016), ouvrage qui s’appuie sur des décennies de travail académique et d’engagement professionnel dans la gestion de crise.