Le commerce illicite, en particulier de produits du tabac, a pris une ampleur importante dans certains quartiers de Paris et de sa proche banlieue. Ce phénomène qui constitue un pan important de l’économie souterraine est en voie d’expansion dans les zones urbaines.

La vente illicite de produits du tabac est susceptible de générer une forte diversité de nuisances, que subissent les riverains des quartiers concernés. Cela peut conduire ces derniers à se constituer en collectifs, qui revendiquent un cadre de vie apaisé. L’un des arguments qu’ils avancent consiste en l’équité de traitement devant le service public.

La volatilité des vendeurs à la sauvette – ils détiennent peu de cigarettes sur eux, conservent de faibles montants issus des ventes réalisées, utilisent des planques dans l’environnement urbain, savent exploiter le faible risque judiciaire encouru par le délit qu’ils commettent – rend la lutte contre la vente illicite particulièrement difficile. La capacité des services publics à enrayer le phénomène est notamment mise à mal par l’éclatement des compétences entre les différents services, douanes et police, au sein des forces de l’ordre comme des services municipaux.

In fine, la lutte contre la vente à la sauvette repose sur la mobilisation de moyens humains conséquents, pour un travail d’éviction au final peu dissuasif à l’égard des vendeurs. Ladite mobilisation n’est effectuée que lorsque d’autres priorités, jugées plus hautes ou mieux traitées par la chaîne pénale, ne prennent pas le pas sur la lutte contre la vente illicite sur la voie publique.

Cette note a été écrite par Mathieu Zagrodzki, chercheur en science politique et spécialiste des questions de sécurité publique, notamment des relations police-population, de la mesure de la performance des forces de l’ordre et des politiques de sécurité quotidienne, Romain Maneveau, consultant au sein du cabinet Néorizons, spécialisé dans les politiques publiques ; son expertise est régulièrement sollicitée pour la réalisation d’études dans les champs de la sécurité intérieure, de la prévention, de la politique de la ville et de l’action sociale, et Arthur Persais, consultant au sein du cabinet Néorizons.