Alors que la délinquance du quotidien constitue une source majeure d’inquiétude pour les Français, le discours politique reste encore trop souvent confiné dans des postures morales, qui ne répondent pas à une question aussi pragmatique qu’essentielle : comment être plus efficace ?
À cet égard, l’économie permet de porter un regard neuf et dépassionné sur l’activité des vols et des cambriolages, condition préalable pour renforcer l’effectivité de la lutte contre ces pratiques illicites.

En premier lieu, cette note montre que les individus comparent les gains d’une activité illégale avec ses coûts, avant de s’engager dans la voie de la délinquance. Ils font le choix du  « crime » parce qu’ils estiment qu’il sera plus rentable, compte tenu des risques pris, qu’une activité licite. Dans ces conditions, si les délinquants sont rationnels, les pouvoirs publics doivent l’être tout autant dans leur fonction de répression et de dissuasion. Il apparaît que les délinquants sont davantage sensibles à l’effectivité des peines qu’à leur niveau, ce qui démontre le faible effet dissuasif d’une peine de prison avec sursis. Une solution alternative à la prison avec sursis consisterait à miser – dans le cas de délits simples sans atteintes physiques – sur les amendes, qui ont le mérite d’introduire une véritable effectivité des sanctions, une immédiateté dans leur application et qui reposent sur un principe simple et compréhensible par tous : « À gain illicite élevé, amende beaucoup plus élevée ».

En second lieu, elle montre que l’appel au renforcement des dépenses de sécurité intérieure serait mieux entendu s’il prenait appui sur une véritable analyse chiffrée des coûts du crime : combien de milliards d’euros coûte chaque année la délinquance d’appropriation en France, et combien rapportent les dépenses de sécurité ? La perception de la dépense publique en serait profondément modifiée : elle serait alors appréhendée comme un investissement qui permet en retour de réduire et d’éviter les dommages occasionnés par la délinquance à la collectivité. Plus encore, le débat public sur la lutte contre la délinquance ne doit plus se focaliser sur la seule question du montant de la dépense, mais également sur celle de son efficacité. Dans un contexte de baisse structurelle de la dépense publique, l’enjeu est moins de dépenser plus que de dépenser mieux.

Cette note a été écrite par Emmanuel Combe, professeur à l’Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, professeur affilié à ESCP Europe et Sébastien Daziano, maître de conférences à Sciences Po Paris.

Crédit photo home : Flickr-CC – Bedfordshire Police

Mai 2015 | 56 pages