Qu’en est-il de la crise que traverse aujourd’hui l’orthodoxie ? On en devine l’importance géopolitique tout en peinant à la déchiffrer. Pour la comprendre, il faut appréhender comment l’Église orthodoxe se conçoit elle-même théologiquement, comment elle se représente l’écart entre ses principes constitutifs et ses vicissitudes historiques, comment elle répond au mode singulier de sécularisation religieuse et de polarisation politique qui est propre aux mondes orthodoxes. De l’Antiquité aux Temps Modernes, en passant par le Moyen Âge, au cours d’une période alternant confrontations, ruptures, isolements et dominations, cette partie propédeutique montre en quoi s’est édifié en Orient un autre christianisme, en quoi le péril de sa disparition et la nécessité de sa résistance face à l’Occident et à l’islam ont accru la conscience de son irréductibilité et en quoi ses luttes pour la survie ne sont pas allées sans des risques de dénaturation auxquels font écho ses problèmes contemporains.

Publiée simultanément, la seconde partie de la présente note s’intitule La crise orthodoxe (2) Les convulsions, du XIXe siècle à nos jours et en explique les raisons immédiates.

Cette note a été écrite par Jean-François Colosimo, philosophe, théologien, président de l’Institut orthodoxe de Paris et directeur des éditions du Cerf.