À l’automne 2018, la crise que traverse l’orthodoxie depuis les Temps Modernes trouve pour image ultime, sous l’oeil des caméras, l’implosion de l’Église orthodoxe en des Églises orthodoxes. Cette diffraction vient néanmoins de loin. Elle a pour source, au XIXe siècle, l’essor politique des indépendances nationales, encadré par les puissances européennes, qui vient contredire le renouveau théologique des courants réformateurs enclins à s’émanciper de l’emprise occidentale. Elle se creuse au XXe siècle en raison de l’ère de captivité recommencée et abyssale que causent le communisme puis l’islamisme. Elle se nourrit, après 1991, de l’étau géopolitique qui enserre les deux Orients chrétiens que forment l’Est et le Levant. C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre en quoi l’affrontement entre les patriarcats de Constantinople et de Moscou oppose non seulement deux visions de l’orthodoxie mais aussi deux conceptions théologiques du christianisme, de son rapport au monde, à l’histoire et au fait politique.

Publiée simultanément, la première partie de la présente note s’intitule La crise orthodoxe (1) Les fondations, des origines au XIXe siècle et en éclaire les traits constitutifs.

Cette note a été écrite par Jean-François Colosimo, philosophe, théologien, président de l’Institut orthodoxe de Paris et directeur des éditions du Cerf.