Les Français sont-ils les seuls à craindre la mondialisation ? L’avenir de l’Union européenne dépend en grande partie de la façon dont les Européens font face aux défis de la mondialisation. Mais les citoyens européens ont-ils la même perception de ces défis ? Autour de quels acteurs s’organisent les débats nationaux ? Expriment-ils les mêmes attentes de régulation de la mondialisation ?Cette étude comparée de huit États membres de l’Union européenne croise les résultats d’un sondage d’opinion inédit en Europe, réalisé en partenariat avec l’institut suédois Kairos Future, et de huit analyses qualitatives sur les pays sélectionnés. Son objectif : faire une comparaison des perceptions sur les enjeux de la mondialisation et de sa régulation. Premier constat : les Européens, contrairement aux Américains, Russes ou Japonais, expriment leur préférence pour le libre-échange contre la tentation protectionniste, pour une société égalitaire contre les logiques gratifiant la réussite individuelle. Une certaine vision commune de l’organisation sociale fait consensus, même si ces modalités varient d’un pays européen à l’autre.
Autres enseignements : si l’appartenance à l’espace européen n’est pas perçue comme importante dans la construction de l’identité individuelle, les personnes interrogées admettent en revanche qu’une « communauté de valeurs européennes » existe. Quant à la mondialisation, elle est avant tout perçue comme un phénomène économique positif avec, pour conséquence, une mobilité accrue des individus. Seules la France et l’Allemagne ne partagent pas ce sentiment, les menaces prenant le pas sur les bénéfices à retirer de ce processus. Enfin, si les acteurs de la mondialisation sont clairement identifiés, à savoir les entreprises internationales, seules l’Union européenne et l’OMC sont jugées capables de réguler la mondialisation ; les États, pris individuellement, apparaissent désormais beaucoup trop faibles pour remplir cette mission.