Alliance atlantique : la fin de l’exception française ?

Document de travail mardi 12 février 2008
La question du statut de la France dans l’Alliance atlantique, hérité de la décision prise en 1966 par le général de Gaulle de retirer notre pays de la structure militaire intégrée de l’OTAN, est à nouveau posée. Dès son premier important discours de politique étrangère, le président Nicolas Sarkozy, abordant un sujet à ses yeux « longtemps tabou », appelait de ses voeux « la rénovation de l’OTAN et de sa relation avec la France » et évoquait « une organisation atlantique où nous prendrions toute notre place ». Quelques semaines plus tard, le président confirmait à Washington, devant le Congrès des États-Unis, qu’il souhaitait que la France, l’un des membres fondateurs de l’Alliance, « prenne toute sa place dans l’effort de rénovation de ses instruments et de ses moyens d’action » et qu’elle pourrait le cas échéant retrouver « toute sa place dans l’OTAN ».

Cette initiative française en direction de l’Alliance a indéniablement constitué une surprise. Pendant la campagne présidentielle, le candidat Sarkozy – à la différence de son prédécesseur Jacques Chirac, en 1995 – n’avait pas évoqué l’hypothèse d’une « normalisation » de la position française, mentionnant tout au plus la nécessité pour la France « d’adapter son discours ». De fait, ce dossier ne paraissait pas devoir constituer une priorité pour le futur occupant de l’Élysée, et ce quel que fût le résultat de l’élection présidentielle. L’échec, en 1997, de la précédente tentative en la matière – celle qu’avait menée Jacques Chirac – restait dans les mémoires et laissait à penser qu’il y avait peu à gagner, en termes de politique intérieure, à rouvrir la question. Surtout, la présence de la France dans l’OTAN – une présence qui s’était discrètement renforcée depuis quelques années sur fond de bouleversement du contexte stratégique et de transformation de l’Alliance – paraissait avoir atteint une sorte de point d’équilibre, voire être devenue une question d’importance secondaire de part et d’autre.

En lui redonnant une forte visibilité, l’initiative du président rétablit ipso facto la centralité de cette question du point de vue de la politique internationale et de sécurité de notre pays, au moins pour un temps. Les choses sont certes loin d’avoir abouti. Le nouveau Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, dont le contenu devrait être connu au printemps 2008, pourrait donner de premières indications, mais l’on peut penser que rien de définitif n’interviendra dans le dossier France-OTAN avant plusieurs mois, si ce n’est avant 2009. Reste qu’il est permis, d’ores et déjà, de poser quelques grandes questions : cette initiative relève-t-elle, dans ce domaine aussi, de la « rupture » revendiquée par le candidat Sarkozy ou s’inscrit-elle dans une continuité en termes d’objectifs, si ce n’est de méthode ou de « style » ? La tentative en cours a-t-elle de bonnes chances d’atteindre ces mêmes objectifs ou peut-elle échouer, comme la précédente ? Enfin, et en fonction des divers scénarios envisageables, quelles sont les conséquences possibles de la manoeuvre ? Pourrait‑elle effectivement conduire à la fin de la longue « exception » atlantique française ?

Auteurs

Frédéric Bozo
Professeur à l’université Sorbonne Nouvelle-Paris-III (UFR d’études européennes)